Small Talk At 125th And Lenox [Gil Scott-Heron]

Par le Bison le 5 août 2013

Black music and black Power.

Il fait chaud dans les rues de Harlem. Je me ballade, la démarche chaloupée comme un orang-outang en rut. Je regarde autour de moi ces belles et grosses femelles noires qui s’éventent avec un carton de fortune. Il fait chaud, la sueur perle de leur peau luisante. Quelques clins d’œil par-ci, quelques cris sauvages par-là, la rue est brulante et bruyante. J’arpente LA zone, les grilles des devantures sont fermées, les magasins portes closes depuis des années. Quelques sex-shops qui subsistent, autour desquels gravitent quelques putes arpentant le bitume, et quelques dealers arpentant ce même trottoir. Je suis pour la paix des ménages alors je me fournis chez les deux. Brother. Tu m’accostes, tu me donnes ma dose, tu me chantes ta litanie sur la pourriture du pouvoir, sur la Black attitude des Black americans. Brother, je t’écoute, je ne te comprends pas, mais je sens la musique de ton corps, le sens de tes mots. Les murs à l’abandon sont couverts de graffitis. Cela me rassure quelque part. J’ai vu un jour une maxime que j’encadrerais bien sur le mur de ma piaule : « un mur nu est signe d’un peuple qui se tait. » Pareille pour la musique. Elle est là pour t’engager, pour réveiller ta conscience.

« Small Talk At 125th And Lenox ». La révolution musicale est en marche. 1970, la guerre du Vietnam fait rage. Elle tue tes semblables, brother. Et tu as envie sacrément de te révolter de dire ta haine contre le système et contre ce pouvoir. Fuck off and Kiss my ass. Gill Scott-Heron est l’un des derniers poètes, un révolutionnaire à sa manière qui déverse son discours engagé et politisé à travers quelques chansons à la musique minimaliste. Quelques congas et une voix suffisent à mettre l’ambiance, à chauffer la rue, la salle, mon salon. Je lève mon poing en signe de respect, en signe de soutien. Ton piano, ta voix, ton flot et cette chaleur qui m’envahit. Je veux une femme noire, la chevaucher, et lui susurrer à l’oreille cette litanie musicale. Je lui scande mon amour pendant le coït animal. Elle hurle encore plus fort. Trop de passion, trop de déchainement. Gil Scott-Heron a ce pouvoir, celui qui anime les foules d’un sentiment de rage en leur criant ASSEZ ! Enough ! Elle m’applaudit. Ma performance ou l’engagement de cette icône noire. Car Gil Scott-Heron est une figure emblématique de la musique noire. Dans le Hip-hop, puis dans le rap, mais aussi dans le jazz. La révolution passe par lui !

Gil Scott-Heron, A New Black Poet.

« Small Talk At 125th And Lenox », un album direct qui te ferait brûler n’importe quelles banlieues socialement défavorisées, un album sec en forme d’uppercut contre le gouvernement en place, un album tranchant en forme de poing levé en soutien aux Black Panthers.

« Small Talk At 125th And Lenox » ou l’art de la musique noire revendicative.

8 commentaires
  1. 6 août 2013 , 20 h 00 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Là, c’est pas ma tasse de thé point de vue musique…

    • 7 août 2013 , 9 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      T’as essayé de mettre une pointe de whisky avec le thé. Tu changeras d’opinion sur le sujet. Cet album a aussi son contexte historique et plus on l’écoute, plus on perçoit cette rage intérieure, cette force des mots, la puissance des congas qui te frappent…
      Mais essaies le rhum dans le thé, ça fonctionne aussi très bien !

  2. 6 août 2013 , 23 h 29 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Ce n’est pas ma tasse de thé non plus mais je suis très curieuse des choix du_bison :) c’est intéressant et je fais de belles découvertes.

    Le billet est parfait c’est fort et cette phrase :

    « Tu m’accostes, tu me donnes ma dose, tu me chantes ta litanie sur la pourriture du pouvoir, sur la Black attitude des Black americans. » J’adore tout simplement..

    • 7 août 2013 , 9 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le billet est parfait c’est fort

      A l’inverse de la belette, tu as mis trop de whisky dans ta tasse de thé ;)

    • 7 août 2013 , 15 h 06 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      C’était pas du Whisky mdr… ;)

    • 7 août 2013 , 15 h 22 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      pardon, de la tequila…

  3. 8 novembre 2014 , 19 h 41 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Je relis ton billet et idem sans lire mon com je signe et contresigne… Je m’arrête de nouveau sur cette phrase :

    « Tu m’accostes, tu me donnes ma dose, tu me chantes ta litanie sur la pourriture du pouvoir, sur la Black attitude des Black americans. »

    Trop de puissancité dans cette phrase !
    ;-)

    « …Ta litanie sur la pourriture du pouvoir » J’ADOOOOORE

    • 8 novembre 2014 , 20 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      « …Ta litanie sur la pourriture du pouvoir » J’ADOOOOORE

      Putain, c’est de moi, ça ? Je me demande à ce que j’ai pu carburer ce soir-là ?

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