The Ambassador [Mads Brügger]

Par le Bison le 9 août 2013

Imagine que tu t’achètes le prestigieux titre d’ambassadeur. Juste pour voir, juste pour déconner, juste pour découvrir du pays ou faire des affaires. Si, si, avec de l’imagination et internet, tu peux tout acheter, même le fait d’être ambassadeur, disons, du Libéria. Donc, tu prépares ta valise, sors tes lunettes bling bling, et t’envoles pour le Liberia avec le prestigieux titre d’ambassadeur officiel. Une fois sur place, tu obtiens lettres de créance du premier ministre ou de la présidente, et tu repars donc en mission officielle pour la République Centrafricaine.

Une mission, tu dis ? Oui, tu y vas pour construire une usine de fabrication d’allumettes, pour développer ce pays et intégrer la population pygmée à ce projet d’envergure internationale. Je te rappelle que tu es d’origine blanche et danoise et qu’en tant qu’occidental non francophone, il est de ton devoir d’aider la population africaine. Accessoirement, et en version ‘off’, il y a quelques mines de diamants qui t’intéresseraient et la voie diplomatique serait idéale pour ramener dans ton caleçon quelques spécimens clinquants et brillants.

Sur place, tu te lies avec le pouvoir en place. Rien de plus facile, tu as le grand sésame en ton pouvoir : cette lettre de créance officielle mais surtout de nombreuses « enveloppes du bonheur ». Tu vois ce dont je veux parler, dans un pays où l’empereur Bokassa est encore idolâtré, où la corruption est monnaie courante et où la France a placé ses pions depuis quelques années pour garder une mainmise sur quelques mines de diamants, de fer, de nickel et de tout autre minerai ayant une quelconque valeur marchande. D’ailleurs le nouveau général, commandant en chef de la République (drôle de nom) de Centrafrique, François Bozizé n’a-t-il pas accéder au pouvoir par le coup de pouce et le soutien de l’armée française.

Tu penses que le scénario de ce film manque totalement de réalisme, qu’il dépasse l’entendement général et que de ce fait, il se perdra totalement en crédibilité. Tu as raison. Ça ne ferait pas un bon film.

Mais par contre, « The Ambassador » serait un excellent documentaire, dénonçant et nauséabond. Mads Brügger n’en est pas à son coup d’essai. Ce danois sait se mettre en danger pour pénétrer les derniers territoires interdits du journalisme. Dans la peau de cet ambassadeur totalement bling bling, le costume crème, les bottes d’équitation, le gros cigare dans la bouche et les lunettes d’aviateurs, ce mi-journaliste, mi-cinéaste m’a procuré quelques frissons d’émoi, d’horreur et de désillusion. Voilà un mi-film, mi-documentaire qui ne me permettra pas de retrouver la foi envers le pouvoir politique et nos dirigeants. Lorsque le pouvoir est en jeu, lorsque l’appât du gain devient plus fort que tout, le monde devient vite puant et écœurant, pour ne pas reprendre le terme de nauséabond.

« J’ai trouvé un lien sur Internet vers une entreprise qui vend des titres de diplomates dans les pays du Tiers-monde à des occidentaux qui recherchent un peu de panache et de prestige »

Je ne crois pas que ce documentaire n’ait trouvé de diffusion à sa sortie en salle. Je me demande bien pourquoi. L’infiltration en eaux boueuses dans le canal Françafrique ne serait-elle pas assez de bons gouts dans notre contrée ? – Je dis ça, mais il est rare que j’aille voir des documentaires en salle, essentiellement compte-tenu au tarif d’une séance ; si j’avais un abonnement mensuel je n’aurais pas hésité à aller le voir, ne serait-ce que pour soutenir ce genre de journalisme qui ne se contente pas de champagne et petits fours organisés auprès des réceptions de l’Ambassade. Au printemps 2013, le président Bozizé a été renversé par un coup d’état, et depuis…

« The Ambassador » [2011] ou l’art de s’acheter un titre d’ambassadeur bling bling.

4 commentaires
  1. 11 août 2013 , 8 h 06 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    « The ambassador », connaissais pas du tout. Voilà un docu film qui sent bon le journalisme d’enquête ! Sur le net, on achète tout, je pourrais me faire diplômer de n’importe quelle unif pour n’importe quelles études… toutes les contrefaçons sont sur le net.

    Excellente critique, comme d’hab !

    PS : au fait, tu les insères comment, tes étoiles, parce que moi, malgré mes fouilles du Net, j’ai rien réussi à faire de mieux que des collages d’images d’étoiles… j’ai un peu honte, là !

    • 11 août 2013 , 20 h 48 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      En fait pour les étoiles, j’ai honte. Ce sont juste des images que j’ai chouravées sur le net de façon totalement illégale et sans consentement… Je ne suis pas très fier sur ce coup-là…

      Sur le net, on achète tout, je pourrais me faire diplômer de n’importe quelle unif pour n’importe quelles études…

      Moi je me suis acheté le titre de propriété d’un Ranch sans nom et celui de membre honoraire de la confrérie des bisons libres et alcooliques.

  2. 18 août 2013 , 22 h 26 min - Violette prend la parole ( permalien )

    ça pourrait me plaire !

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