Rhum Express [Hunter S. Thompson]

Par le Bison le 4 juin 2013

« - Exactement ! On est venus ici pour se bourrer, pour prendre du bon temps et pour… se laisser aller ! »

EXACTEMENT ! Belle entrée en matière. Il y a des livres où je me sens bien. Parce que parfois, il faut savoir se laisser aller, se lâcher. Il est temps de se servir un verre de rhum et d’ouvrir ce bouquin de Hunter S. Thompson. En plus, c’est facile, une chemise froissée, un bermuda et des claquettes, direction l’aéroport pour atterrir quelques heures plus tard à San Juan, Porto Rico. Là-bas, Paul Kemp m’attend avec sa bouteille de rhum. Lui est un grand journaliste, officieusement New-York Times, officiellement San Juan Daily News, un journal minable et sans envergure pour les amerloques un peu paumés de l’île. « Rhum Express », Porto Rico le paradis.

« Soudain, elle m’a attrapé et m’a attire sur elle tout en s’allongeant sur le dos.

- Fais-moi l’amour, a-t-elle commandé d’un ton catégorique.

Avec un petit rire, je me suis penché pour lui mordre un sein. Elle s’est mise à geindre et à m’empoigner par les cheveux. […] L’odeur de son corps m’excitait énormément. Je l’ai attrapée sauvagement par les fesses et je l’ai manœuvrée d’avant en arrière. Brusquement, elle s’est mise à hurler. J’ai d’abord cru que je lui faisais mal avant de me rendre compte qu’elle était en train d’éprouver un orgasme intense. Elle en a eu plusieurs, chacun dans une tempête de cris, et puis j’ai senti que j’explosais lentement en elle, moi aussi. »

Que dire de plus de ce livre. A boire sans modération. J’ai oublié combien de verres de rhum j’ai pu boire avec Paul Kemp et ses acolytes. Combien de hamburgers bien gras pour accompagner ces verres de rhum ? Une île paradisiaque, des plages de sable blanc mais surtout des verres de rhum presqu’à volonté tout au long de la journée et de la nuit. Que dire de plus d’un pays où les glaçons sont plus chers que le verre de rhum qui les accompagnent.

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Du rhum, des femmes et des verres de rhum. En prime, le carnaval, un rythme endiablé où les gens dansent, et boivent, et se laissent aller. Je suis tout proche du bonheur et de la béatitude. Une lecture loin d’être saine qui dresse le portrait de quelques paumés expatriés sur une terre paradisiaque. Tu penses boire du rhum à chaque page ? Et tu auras raison ! Sauf que ce n’est pas tout, je ne peux pas résumer ce livre à ce simple fait. Il y a bien plus : la recherche des glaçons. Tout aussi important, bien plus chers et bien plus rares, les glaçons sont les Saint Graal de ces journalistes. Mais à travers ces personnages, peu enviables, l’auteur y distille ses notes de cynisme, ce parfum de supériorité américaine, ces effluves d’impérialisme.

Mais je comprends parfaitement Paul Kemp. Je me mets à sa place, presque à l’envier. Je débarque sur une île, sans rien qu’une chemise froissée, l’envie de faire du pognon et de prendre du bon temps. Bon, pour le pognon, c’est raté. Mais question bon temps, entre les chaudes nanas, et les bars miteux, il y a de quoi faire. Quoique au rayon nana, il n’y a en qu’une qui vaille le coup, la belle Chenault que j’ai croisé à l’aéroport avec Kemp.

« - Aucune nana avec un peu de cervelle ne viendrait vivre ici. Sauf celles qui sont encore vierges. Vierges hystériques. – Il a pointé un doigt menaçant sur moi. – Retiens bien ce que je te dis, Kemp : dans ce trou, tu finiras pédé. Ce bled transformerait n’importe quel mec en grande folle. »

Tu aimes ou pas. Après tout, tu n’es pas forcément alcoolique et tu n’apprécies peut-être pas autant le rhum. Dans ce cas-là, tu ne comprendras pas ce roman, aux consonances fortement autobiographiques, Paul Kemp étant l’alter-ego de Hunter S. Thompson, fondées sur des souvenirs de l’auteur lors de son passage sur l’île.

« C’était le genre de ville dans lequel vous vous preniez facilement pour Humphrey Bogart : vous arriviez dans un petit zinc cahotant, vous vous retrouviez comme par magie sur un balcon dominant tous les environs, vous preniez un siège et vous vous mettez à picoler en attendant que quoi que ce soit se passe. Je sentais une distance terrible entre moi et la réalité. »

Il est tant de tourner la dernière page. Sans gerber, du coup…

« J’ai accepté un autre rhum. »

…pour finir la route.

Et à noter que ce livre a été adapté au cinéma (pas vu, pas très bonne critique par rapport à l’excellence du bouquin) par Johnny Depp.

Challenge la Littérature fait son Cinéma de Kabaret Kulturel

« Rhum Express » où l’art de boire une bouteille de Rhum par page.

« - Euh, ça te dérange, si je me soûle tout nu ? »

14 commentaires
  1. 4 juin 2013 , 20 h 28 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    J’aime le rhum mais noyé dans le coca… ça marche ? ;)

    Très beau billet, ça y est je suis à Porto Ricco, enfin pour le moment je suis dans mon salon en train de me déchainer sur J. L Ponty.

    Excellent choix ça faisait une éternité que je n’avais écouté du Ponty. Ca me fait penser à Didier Lockwood, même période non ? On ne les entend plus d’ailleurs !

    • 4 juin 2013 , 22 h 26 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’aime le rhum mais noyé dans le coca… ça marche ?

      le coca c’est moins cher que les glaçons, alors ça peut être une solution. Mais pas sûr que tu te fasses draguer par des porto-ricains si t’affiche ostensiblement l’impérialisme américain… ;)

      ça faisait une éternité que je n’avais écouté du Ponty. Ca me fait penser à Didier Lockwood, même période non ?

      Même période, je pense. En tout cas, j’associe aussi les deux ensemble. Comme toi, cela faisait une éternité. J’écoute plus, mais j’écoutais pas mal dans le temps.
      Ponty se fait peut-être plus discret mais Lockwood, qui a joué avec les plus grands, Magma, est toujours en ‘activité’ et est présent dans les nombreux festivals estivaux.

  2. 5 juin 2013 , 11 h 38 min - phil prend la parole ( permalien )

    il est beau ton rhum !
    tu as depasser la dose prescrite ou bien ?

    • 5 juin 2013 , 14 h 20 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’avais fini la bouteille avant de finir le bouquin…

    • 5 juin 2013 , 15 h 27 min - phil prend la parole ( permalien )

      Ben a l’epoque, j’aurai pas oser te laisser rediger le TP après avoir fini les bouteilles !

    • 5 juin 2013 , 16 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Fallait oser, peut-être que cela aurait été mieux…
      En tout cas pas pire !

  3. 5 juin 2013 , 15 h 12 min - Pasdel prend la parole ( permalien )

    Beau rhum ou belle critique, on ne sait plus.
    Ou les deux certainement!

  4. 5 juin 2013 , 20 h 26 min - manU prend la parole ( permalien )

    « Du rhum, des femmes et d’la bière nom de Dieu… » ;D

    • 5 juin 2013 , 22 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      nom de Dieu ! Il me manquait le dernier élément pour compléter le triptyque de ce tableau.
      Merci. J’arrivais plus en m’en souvenir… Le rhum, les femmes et la tête qui tourne…

  5. 6 juin 2013 , 14 h 56 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Moi, j’aime pas les rhumes ! On mouche tout le temps et on a le nez bouché. Donc, tu peux finir la bouteille, si tu veux.

    J’aime bien les extraits, je te l’avais déjà dit sur Babelio. Un soupçon de sexe trempé dans… heu, je vais m’arrêter là, moi, ça vaut mieux.

    L’image tirée du film pour le challenge de Will… la fille est à bonne hauteur… ok, je sors !

    • 6 juin 2013 , 19 h 52 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      la fille est à bonne hauteur

      Ceci n’engage que l’avis d’une belette. Je décline toute responsabilité sur des dérives sexuelles littéraires.

      sexe trempé dans…

      Si c’est dans un verre de rhum, ça risque de piquer !

  6. 13 juin 2013 , 15 h 05 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je crains que notre Belette n’ait pas vu la dimension christique de cette image… ^^
    Et puis James Dean, je ne crois pas que c’est Liz Taylor qu’il aurait voulu à genoux devant lui…
    OK, je sors…

    • 13 juin 2013 , 17 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      la dimension christique de cette image

      Mais l’un n’empêche pas l’autre.
      Oh mon Dieu !
      Que le vent de l’Enfer souffle sur mes grandes plaines.

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