Un Père en COLERE [Jean-Pierre Hongre]

Par le Bison le 12 mai 2013

Catégorie : 5 étoiles, Europe

Direct. Coup de coude dans la gueule. Coup de poing dans le foie. Coup de latte dans les couilles. Ça fait mal, grave. C’est le sentiment que j’ai eu dès les premières pages. Mal aux tripes, j’avais envie de gerber la bouteille de sky que je m’étais enfilé la veille. Y’a des bouquins comme ça, qui te prennent à la gorge, qui t’agressent et te remuent les boyaux.

« Je m’appelle Stéphane. Je suis père de deux enfants. Il y a quelques jours, ma femme a lancé sa voiture contre un mur. Elle a survécu, égarée dans un coma dont elle n’est toujours pas sortie. Ce sont ses propres enfants qui l’ont poussée à bout. Oui, c’est bien de nos deux enfants qu’il s’agit, même si parfois j’en doute. Deux ingrats, deux égoïstes sans conscience morale. Peut-être sans âme. Une maladie ? Alors c’est une épidémie, car ils sont les enfants de notre époque, le résultat de mon aveuglement, peut-être, mais d’une démission générale aussi.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Je ne sais pas… »

« Un père en colère ». Une colère contre ses enfants, contre la société, contre lui-même. Séparé de sa femme, il a quitté la banlieue de Saugny, pour vivre du coté de la Porte de Clichy (à deux miles de mon ranch). Peut-être même que je l’ai croisé dans une rame de métro, tagguée et puante, les yeux fixés dans le vide en direction du sol jonché de journaux gratuits et autres papiers gras (règle N°1 : ne pas regarder les gens dans les yeux). Il laisse dans cette cité de Saugny, sa femme Nathalie et ses deux enfants, Fred et Lea. Désespoir d’un père qui n’en pouvait plus de cette situation, de cette impasse. Si ses enfants se contentaient comme tous les jeunes de se droguer… Non, les siens, ils dealent en plus. Et avec le deal viennent la violence, physique et verbale, les amis louches et l’absence totale de respect.

« Trois individus sortent d’une BMW, stationnée en double file, le poussent violemment dans l’entrée, et, d’une balayette, l’étendent à terre. Pour Stéphane, c’est une fraction de seconde, un cauchemar instantané dans lequel on se met à le frapper. Combien de temps cela dure-t-il ? Il ne le sait pas, un instant et une éternité à la fois : un instant pour basculer du calme à la brutalité féroce, une éternité dès les premiers coups, dans les côtes et sur le visage, avec des douleurs intenses, une sensation de brûlure insupportable, et le sentiment terrible d’être si vulnérable, totalement dépendant de ces brutes. Il sent la frayeur dans sa chair, la terreur dans son esprit, ce plaisir qu’ils éprouvent à jouir du pouvoir de l’arbitraire. Il jette un hurlement de survie, car il croit entendre ses os craquer sous leurs coups. Eux lui crient qu’ils vont le finir, l’achever, qu’il va mourir comme un chien. L’histoire toute entière des barbaries humaines défile en lui, les femmes battues, les enfants frappés, les innocents torturés, il comprend tout. Il vient d’entrer dans la vaste et silencieuse famille des victimes. Celle dont on parle abstraitement, celle qu’on évite, par superstition, par peur de la main noire, de la contagion, peur de la tristesse, du désenchantement. Après tout, ces trois-là, ils ont sûrement une bonne raison de le taper… »

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Le coma de sa femme, suite à un accident de voiture – accident ou suicide ou est la différence, sa vie basculera. A sa manière, il va se rebeller, ouvrir son blog, la colère d’un père, et vider son sac. Sa thérapie sera ses mots postés sur la toile. Des mots qui ne s’effaceront plus et qui transformeront sa vie. Jusqu’à le dépasser lui-même. Le danger d’un blog à qui les conséquences peuvent rapidement dérapées jusqu’au point de rupture.

Un bouquin qui fait mal. Parce qu’il est ancré dans notre réalité. Parce qu’il montre les problèmes de notre société. Parce qu’il aborde des thèmes dérangeants. Parce qu’il touche au sacré, la famille, et que de là se déverse des flots de haine alors qu’on aimerait juste quelques gouttes d’amour. Un bouquin coup de poing qui ne me laissera pas indemne.

« Droit comme un i, il marche une bonne demi-heure le long de la route jusqu’à une épicerie pakistanaise. De retour, il débouche la première bouteille de whisky, qu’il boit en quelques minutes. Une heure plus tard, il vomit brutalement, recouvrant la moquette et la carrelage de la salle de bains. Sans rien nettoyer, il s’installe avec son stock à côté de la cuvette des toilettes, et toute la nuit, il se force ainsi à boire, les yeux rougis, l’estomac en feu, vomissant du sang à l’aube, le corps trempé, grelottant. »

« Un père en colère » où l’art de se faire tabasser en règle dans une banlieue pas rose, une banlieue morose.

Une opération Masse Critique du site Babelio

en collaboration avec les éditions Max Milo.

12 commentaires
  1. 12 mai 2013 , 22 h 41 min - manU prend la parole ( permalien )

    Il m’a l’air pas mal du tout ce bouquin.

    • 13 mai 2013 , 9 h 10 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Certains diront que le livre est rempli de clichés, mais la vie n’est-elle pas faite de clichés…

  2. 12 mai 2013 , 22 h 58 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Je l’ai vu passer 3,4 fois cette semaine ce livre…Très tentant….Pas trop amoché par les coups de poing ? j’ai mal pour toi…:(

    Au fait, pies, pigeons et détritus….J’ai bien visé ta ville hein ? mdr Je le sais j’ai habité le 9.3, c’était toi dans le métro, je savais bien ;)

    Je suis trop forte…….;)

    • 13 mai 2013 , 9 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je l’ai vu passer 3,4 fois cette semaine ce livre…Très tentant….Pas trop amoché par les coups de poing ?

      Aussi amoché qu’un lendemain de cuite, la bouche pâteuse en moins.

      c’était toi dans le métro, je savais bien

      Je suis toujours dans le métro. Pourquoi ne t’ai-je pas reconnu ?

    • 13 mai 2013 , 22 h 01 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Tu ne regardes que les blondes à forte poitrine ;) ….

    • 13 mai 2013 , 22 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est faux ! Les brunes aussi… Je ne suis pas difficile…

      La prochaine fois, tu pourras taper sur les castagnettes pour que je lève les yeux ?

  3. 14 mai 2013 , 12 h 33 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Je ne sais pas jouer des castagnettes, en revanche je sais chanter……
    Du Janis Joplin ça te vas…… ;)

    • 14 mai 2013 , 20 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Summertime, time, time,
      Child, the living’s easy.
      Fish are jumping out
      And the cotton, Lord,
      Cotton’s high, Lord, so high.

    • 14 mai 2013 , 20 h 47 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Non celle là plus classique ;)

      Just remember, in the winter
      Far beneath the bitter snows
      Lie the seed, that with the sun’s love
      In the spring, becomes The Rose

      :D

  4. 14 mai 2013 , 19 h 03 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Et bien… Quel livre cela a dû être ! Il me fait froid dans le dos lorsque je lis ta critique.

    Jusqu’où irons certains enfants ?? Mais les parents ne sont-ils pas un peu responsable ? N’ont-ils pas démissionné à un moment, laissé passer certaines choses ?

    Attention, je ne juge pas, ce n’est pas mon job, mais je sais que « on récolte ce que l’on sème ». Bon, je vais arrêter de m’acharner sur ce pauvre papa dont la femme s’est suicidée (presque).

    Hé les keufs hé les meufs, dans le RER… La banlieue c’est pas rose, la banlieue c’est morose… alors prends-toi en main, c’est ton destin !

    Ma jeunesse !

    Le métro chez nous, ça va encore, on voit les mêmes têtes et on se dit bonjour, on se parle, à force de se voir. Je lis et les autres regardent l’évolution de ma lecture. On s’amuse bien, le matin.

    • 14 mai 2013 , 20 h 22 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Mais les parents ne sont-ils pas un peu responsable ? N’ont-ils pas démissionné à un moment, laissé passer certaines choses ?

      Clairement, le type se sent le premier responsable. Il parle effectivement de démission. Mais il n’est pas le seul à être condamnable…

      Le métro chez nous, ça va encore, on voit les mêmes têtes et on se dit bonjour, on se parle, à force de se voir.

      Jamais dis bonjour ! Une honte, ne trouve pas. Je me contente juste de m’assoir – si je peux – ou de me mettre dans un coin, de me boucher le nez et de sortir un (bon) bouquin.
      En résumé, je ne connais pas mon voisin. Bon OK, j’avoue, des fois, lorsque le bouquin est moins passionnante, je zyeute les cuisses de ma voisine, ou sa poitrine ou son sourire… ;) Et lorsqu’elle se lève… je replonge dans mon bouquin ;)

  5. 15 mai 2013 , 11 h 57 min - phil prend la parole ( permalien )

    une sacre faune votre pays

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