La Dette [Mike Nicol]

Par le Bison le 30 avril 2013

Catégorie : 3 étoiles, Afrique

« Juste après vingt-trois heures trente, il quitta le Stag’s Head avec une bouteille de Jack Daniel’s et se dirigea vers le Club Catastrophe dont Paulo enthousiaste avait si souvent fait l’éloge. De sombre et silencieuse, la ville se transforma au fur et à mesure qu’il changeait de quartier : bouchons, voitures de police, gamins, niveau sonore de plus en plus élevé. »

Cap au Cap. Les townships et les plages. La pluie, la boue et le soleil qui sèche. Il n’est pas courant de s’envoler pour l’Afrique du Sud. J’ai tant à voir, les manchots sur les plages qui dandinent jusqu’au centre-ville, les lions, les éléphants, les rhinocéros, les BIG Five comme on dit au Parc Kruger. Dans le passé, je m’étais déjà aventuré dans le veld, ce bush sud-africain maculé de poussière et de drame, « au cœur de ce pays » avec J.M. Coetzee.

« En politique, dit le Dr Kiambu, on a toujours des ennemis. Certains d’entre eux vont vouloir vous tuer. Moi-même, en ce qui concerne les dictateurs, je trouve que c’est une bonne chose. L’élimination. C’est ce qui devrait arriver au Zimbabwe, non ? Ils auraient du descendre Mugabe il y a longtemps.

Il aligna une série de single malt sur le bar : Glenmorangie. Speyburn. Ben Nevis. Laphroaig.

Laphroaig, le seul que reconnut Mace.

- Vous seriez d’accord avec moi, pour Mugabe ? Un si bon dirigeant, au début. Mais il gagne de l’argent, il a du pouvoir, une nouvelle et jeune épouse, qu’est-ce qui va arrêter un homme quand il a ces choses-là ? »

De drames, il en sera question aussi avec Mike Nicol. Et d’une Dette. Une ombre noire surgit, un pistolet à la main et je reçu un coup violent sur la tête. Assommé, la tempe baignant dans son sang, je tente de reprendre mes esprits. Je me souviens d’une boite de nuit, d’un trafic de drogue, de ventes d’armes en Angola, d’un kidnapping, d’agressions anodines et de meurtres sanglants. Le Cap. Pas terrible comme destination de vacances. Même dans un hôtel cinq étoiles, je risque ma peau. Je prends un verre, au bar de l’hôtel, une femme s’avance, belle et mystérieuse. Elle a du chien, et un truc à cacher. Elle tire les ficelles mais pour qui, et dans quel but ?


« Quinze minutes plus tard, il entrait au Stag’s Head, la manche droite de sa veste pleine de sang. La serveuse le vit arriver, mima un petit verre du pouce et de l’index et lui versa un Bushmills single malt quand Ludo hocha la tête.

- Un dernier pour la nuit, dit-elle en poussant vers lui le verre au goût de paradis.

- Un grand merci, répondit-il – elle jeta un coup d’œil à son bras.

- Je viens de me faire agresser, dit-il. Un pansement m’arrangerait bien. Et une autre de ces bouteilles. »

Je me retrouve embourbé dans un polar sombre, seul dans le noir. Il a essayé de m’embrouiller avec cette succession de trafics, d’affaires louches et de règlements de compte. Mais il ne m’aura pas comme ça. Je ne suis pas un novice, une petite frappe parachuté en Afrique du Sud. Non, j’ai eu moi aussi un passé louche : j’ai lu Deon Meyer. Le maître en matière de polar sud-africain. Lui, il m’a embrouillé vraiment. J’avais tenu deux épisodes, sans grand attrait. Je n’y reviendrai probablement pas. Forcément, je me dois de comparer. Mike Nicol est le renouveau du genre au pays de Mandela et débute avec « La Dette » ce qui sera une future trilogie. Alors, j’ai tenu bon, jusqu’au bout. Je ne me suis pas embourbé, ni même égaré dans la ville. J’ai beaucoup bu, et reçu des coups en contrepartie. Mais certains passages sont réellement prenants. Il a une belle plume, certainement d’un oiseau exotique des parcs nationaux. Je ne dis pas non aux tomes suivants, comme je ne dirais pas non à un autre verre de whisky.

« Dans le bar, il se fit servir une pression avec une goutte de Jack à coté, et emporta les deux jusqu’à un banc derrière les joueurs de billard. Il posa la bière et le whisky sur des sous-verres en liège, mit son paquet de Camel, un Zippo et son téléphone portable à coté. Les joueurs de billard ne lui prêtèrent aucune attention. Ludo sirota sa bière : à Isabella. Penser à elle provoquait une douleur sourde dans sa poitrine. Il alluma une cigarette, aspira la fumée, la retint dans ses poumons jusqu’à dix, la rejeta par le nez. Et merde ! Avala la moitié du whisky, fit descendre avec la bière. Il se laissa aller en arrière, les yeux clos. Le problème, se dit Ludo, c’est qu’il ne se rappela pas s’être senti aussi mal. Jamais. Il s’était senti mieux dans de pires situations. Comme s’il n’avait plus le goût à ça. Comme si ça ne servait plus à rien. Rentre chez toi, espèce d’amateur, rentre chez toi. Prends le prochain avion. Il commanda une autre bière avec un whisky. »

Une musique, boum boum boum, techno de discothèques, explosions terroristes, coup de feu, règlements de compte. Un polar qui fait du bruit, qui manie les rebondissements. Besoin de me concentrer, de prendre un dernier verre pour faire passer ce mal de crâne. J’ai été trop imprudent. Je pensais pouvoir partir dans le township sans protection rapprochée. J’aurais du faire appel de suite à Mace et Pylon, deux « voyous » du cru qui traficotent et font surtout du business, commandé par le plus offrant, ou par « la Dette ».  Je me retrouve avec des diamants et un compte aux iles Caïmans (je suis paré pour faire de la politique à mon retour en France). Mais l’aventure ne fait que commencer. 530 pages pour une immersion au Cap, deux tomes à suivre. Bientôt, peut-être. Parce que contrairement à Meyer, Nicol m’a, par moment, harponné à mon bouquin… et à mon verre de scotch !

« La samedi soir, Ludo se prit une cuite. Il commença par le minibar. Éclusa quatre Chivas allongés à l’eau, avant de s’enfiler les cognacs secs. Quand le soleil disparut derrière Signal Hill, il pleurait. Ludo était incapable de se rappeler la dernière fois qu’il avait pleuré. Debout devant la fenêtre qui donnait sur les cimes des arbres, le coucher de soleil se réfléchissait dans les hautes fenêtres, il pleura. Son visage se froissa. Il se mit à sangloter. De profonds sanglots déchirants. Et gémit. Un gémissement qui lui venait du cœur. Lui faisait mal dans la poitrine comme s’il avait reçu un violent coup de poing.

- Oh, merde, disait-il en haletant. Oh merde, oh merde, oh merde. »

La Dette, un polar sud-africain qui te fera boire quelques bons verres de single malt sans oublier quelques bouteilles de Jack Daniel’s.

Est-ce pour cela que la nuit tombée, j’y retourne avec plaisir, comme un alcoolique non anonyme, juste pour reprendre un nouveau verre.

« On, off. On, off. La vie était meilleure avec un pistolet. La vie serait encore meilleure avec une gorgée de whisky, l’intervalle depuis le dernier se creusant plus qu’il ne le devrait. »

Une opération Masse Critique du site Babelio

en collaboration avec les éditions Ombres Noires,

et Courrier International.

4 commentaires
  1. 30 avril 2013 , 13 h 41 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Je note ce bouquin mais vu les étoiles tu ne sembles pas avoir été conquis ? …

    Johnny Clegg, génial, je l’ai vu à un concert, l’Afrique à Pantin (de mémoire) tous les ans il y avait un concert avec deux scènes où se relayaient les artistes, une nuit entière de musique et à danser jusqu’à plus soif, que de bons souvenirs, et l’un d’eux a fini avec un invité : Higelin (piano) et Diabolo (harmonica) comme ça en duo, final improvisé qui a duré jusqu’au petit matin, c’était grandiose. Ce concert fait partie de mes meilleurs souvenirs avec Brassens, Barbara et Thiéfaine bon Higelin aussi (nouveau CD d’ailleurs de lui pour les amateurs)

    • 30 avril 2013 , 19 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je note ce bouquin mais vu les étoiles tu ne sembles pas avoir été conquis ? …

      Détrompe-toi.
      En fait, j’en aurais mis 3.5 étoiles. Ca les vaut et c’est déjà pas mal. Cela signifie un bon bouquin. Y’a des passages vraiment intéressants, d’autres plus embrouillés.
      Mais c’est un bon polar.
      Mais bon qui dit polar, dit – pour moi – 4 étoiles max.
      Je garde les 5 étoiles pour les livres que j’ai vraiment envie de relire, ou re-relire. Or un polar pur et dur n’a pas pour but d’être relu. (Mais ce n’est que l’avis d’un bison bourru)
      Et comme c’est le premier tome d’une trilogie, si je tombe sur le second roman, je ne cracherai pas dessus. Bien au contraire, je me servirai une double dose de Jack Daniel’s avant de m’y atteler…

      Johnny Clegg, génial, je l’ai vu à un concert…

      Johnny Clegg, je ne l’avais pas entendu depuis ces années 90 avant de me remettre à ces bouquins sud-africains et de me refaire une petite écoute sur Deezxx…

  2. 2 mai 2013 , 21 h 03 min - manU prend la parole ( permalien )

    « la nuit tombée, j’y retourne avec plaisir, comme un alcoolique non anonyme, juste pour reprendre un nouveau verre. »

    La prise de conscience est un premier pas vers la guérison… :D

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