La Marche de Mina [Yoko Ogawa]

Par le Bison le 23 avril 2013

Catégorie : 5 étoiles, Asie

Cela faisait quelques temps que je ne m’étais pas plongé dans un très bon Ogawa. Au même titre que Murakami Haruki, Ogawa Yoko fait partie de mes fétiches de la littérature japonaise contemporaine. Je suis donc difficile avec l’auteur et n’hésite pas à faire la fine bouche lorsque l’émotion n’est pas tout à fait au rendez-vous, comme dans « Triste Revanche » ou « Les Paupières ». En revanche, « La Lecture des Otages » m’avait de nouveau emballé. Et hop dans le sac. Je sors donc de ma besace un nouveau roman de Ogawa (en attendant ma retraite pour relire ses anciens), « La Marche de Mina ».

Je te conte le début : après le décès de son père, et alors que sa mère doit s’éloigner pour parfaire sa formation professionnelle, la petite Tomoko est envoyé pour un an chez son oncle et sa tante. Tomoko a douze ans ; à Kobe, son oncle l’attend sur le quai de la gare. Il la serre dans ses bras et la conduit jusqu’à la très belle demeure familiale. Pour Tomoko, tout est ici singulièrement différent. Son cousin Ryuichi passe ses études en Suisse et chaque missive de sa part apparait comme l’évènement de la journée. Sa cousine Mina passe ses journées dans les livres, collectionne les boîtes d’allumettes illustrées sur lesquelles elle écrit des histoires minuscules ; un hippopotame nain vit dans le jardin, son oncle a des cheveux châtains, il dirige une usine de boisson gazeuse et la grand-mère se prénomme Rosa.

Bienvenue dans les années soixante-dix.

« La beauté de Ryuichi, était différente de celle, comme un lac transparent, de Mina et de mon oncle. Elle était bien plus passionnée, beaucoup plus puissante, comme un continent. En réalité, ses yeux comme ses cheveux n’étaient pas marron, mais d’un noir sans mélange. D’une couleur qui faisait penser à de l’obsidienne extraite des profondeurs de la terre. »

Cela devrait te suffire. De toute façon, il ne s’y passe pas grand-chose d’autres. Pour moi ce roman présente un éloge de la lenteur et du quotidien presque banal (exception faite de l’hippopotame nain venu du Liberia). Et pourtant, je m’y sens bien, entre ces pages. Je pourrais les lire pendant des heures et des minutes, sans m’en lasser, et même le relire. Car, j’y perçois quelque chose de plus entre les mots. Un brin de nostalgie, une touche de mélancolie. De la langueur se distille dans cette bouteille de boisson gazeuse. Mina est malade, mais elle ne s’apitoie pas sur son sort. Non, elle se crée des histoires, elle s’invente des instants magiques de bonheur furtif juste en regardant des boites d’allumettes. Chacun son truc. Moi je pouvais faire pareil, en regardant un sous-bock ou l’étiquette d’une bouteille de bière. Chacun sa collection, chacun son univers. L’auteure m’avait également habitué à suivre des matchs entiers de base-ball. Ce soir, j’ai eu le droit à la retransmission en quasi simultanée du tournoi de volley au J.O. de Munich, 1972 et suivre ainsi les performances de l’équipe du Japon. Chacun son truc, chacun son sport ou sa musique.

Ah, l’histoire, j’allais oublier de t’en parler, parce que je ne trouve rien à dire. Il n’y a rien, et c’est justement ces moments de rien – en fait, ce n’est pas du rien, mais juste du quotidien – qui apporte ces instants de manque qui m’ont fait tourner les pages frénétiquement pour découvrir la suite, et la fin. Une cousine malade, un livreur qui livre des bouteilles et qui donne des boites d’allumettes, un oncle absent qui semble avoir une seconde vie, une tante qui fume trop et qui se cache pour boire du whisky, une grand-mère d’origine allemande et un hippopotame nain. Quel rôle pour ce drôle d’animal de compagnie ? C’est toute une histoire qu’il faudra aller rechercher dans le passé, dans les racines familiales de cet oncle et du grand-père.

« La marche de Mina » est à nouveau un roman magnifique et subtil qui parle de générations, du regard de l’autre et de l’étranger, qui te plonge dans la nostalgie d’une autre époque et qui t’accrochera même par sa lenteur et son inaction. Et avec un bel hommage aux Belles Endormies de Yasunari Kawabata.

J’ai adoré, et toi ?

11 commentaires
  1. 24 avril 2013 , 11 h 01 min - phil prend la parole ( permalien )

    il te reste a faire un lien avec ton precedent billet …

    • 24 avril 2013 , 19 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Voilà, c’est fait !
      Merci Bibi, j’avais déjà oublié !
      Heureusement qu’il y en a au moins un qui suit, et même s’il squatte le fond de l’amphithéâtre…

    • 25 avril 2013 , 17 h 56 min - phil prend la parole ( permalien )

      c’est quand meme pas de ma faute si toutes les places de devant etaient prises

  2. 25 avril 2013 , 9 h 48 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Tu dis que lorsque c’est un auteur fétiche tu es plus difficile, marrant parce qu’il me semble que pour ma part c’est le contraire.
    Un moins bon passe mieux car autour il y a eu des titres qui m’ont marqué et/ou bcp plu……iiiiiiiiiiii8è- (message du chat qui passait…)

    • 25 avril 2013 , 10 h 59 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Hey le chat !
      Pas touche à ma blonde.
      C’est pas du p’tit lait !

    • 25 avril 2013 , 17 h 59 min - phil prend la parole ( permalien )

      je serais de l’avis de Bibison aussi.
      Quand on aime, on loupe pas. On devient meme parfois tres (trop) dur ou intransigeant.
      On le dit pas assez mais on aime quand meme et parfois plus !
      « Ma blonde » pourra confirmer ! abe

  3. 25 avril 2013 , 18 h 03 min - phil prend la parole ( permalien )

    ahhh parceque le billet d’avant c’etait pour les belles endormies ! ! !
    ben mince alors je devais faire la sieste j’ai pas tout saisi la !
    c la faute de l’auteur du billet tout ca, il n’a pas fait comme d’hab alors ca perturbe. Meme si il y avait 2 livres en couvertures. Les belles n’etaient pas dessus pourtant le livre oui !
    On va se risquer a lui dire que le billet des belles n’etait pas le mieux qu’il est fait. Ben oui on devient difficile lol !
    Auteur fetiche du ranch, faut assumer ta place Bibison !

    • 25 avril 2013 , 19 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      On va se risquer a lui dire que le billet des belles n’etait pas le mieux qu’il est fait.

      Pourtant, j’y avais mis du cœur…
      Et puis je me suis endormi auprès de mes belles…

    • 25 avril 2013 , 19 h 17 min - phil prend la parole ( permalien )

      ben ca va !
      t es toujours dans les bons plans toi !

  4. 10 mai 2013 , 10 h 32 min - phil prend la parole ( permalien )

    Quand je revois cette couverture je repense aux premieres impressions que j’avais. Elle parle de Pochiko l’hippopotame et l’on y voit un hyppocampe ! Tu vois des le depart le questionnement avant meme de lire plus en amont ce roman !

    Alors quand tu dis qu’il n’y a rien je suis pas d’accord. tu y parles de l’eloge de la lenteur oui c vrai et c ‘est deja pas rien avec ce style qui te laisse bercer et ecouler a travers ces pages. C’est comme si tu es une feuille tombee dans une riviere et que le leger courant t’emporte …
    Et y a plus.
    Y’a bien evidement, de la chaleur, de la tendresse humaine dans ces pages et beaucoup de secrets. Que fait et qui est le pere de Mina? son frère ? …
    A travers Tomoko, j’y vois la fin de l’enfance, le passage vers l’age « de raison » et du renouveau au Japon.
    Tomoko ouvre son esprit dans cette famille, ce que fait l’auteure avec le notre.

    • 12 mai 2013 , 11 h 45 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Alors quand tu dis qu’il n’y a rien je suis pas d’accord. tu y parles de l’éloge de la lenteur oui c vrai et c ‘est déjà pas rien avec ce style qui te laisse bercer et écouler a travers ces pages. C’est comme si tu es une feuille tombée dans une rivière et que le léger courant t’emporte …

      C’est un rien qui est beau, un rien qui est humain, un rien très poétique, un rien qui te sombre dans un rêve où dorment des hippocampes et des hippopotames…
      En fait, dans le rien, il n’y a pas de gars qui se prennent des cuites, qui gerbent tripes et boyaux, qui dorment dans le caniveau avec une seringue plantée dans le bras, et une pute endormie à ses pieds…
      Bref, c’est de la belle littérature avec de l’humanité et du rêve.

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