Onze Jours [Donald Harstad]

Par le Bison le 15 mai 2013

« J’avais la sensation que mon acidité gastrique était en train de bouffer mon gilet pare-balles. »

Onze jours.

Le temps pour écrire une chronique de qualité.

Le temps pour boire ma caisse de Grimbergen Réserve 8.5.

Le temps pour lire ce polar signé Donald Harstad, seconde incursion dans ce trou perdu du fin fond de l’Iowa.

Onze jours. Il a fallu onze jours pour résoudre cette étrange et sombre affaire.

Je ne te présente plus le shérif adjoint Carl Houseman. Tu as croisé sa route un certain 5 octobre, 23h33. Souviens-toi… A cette époque, je m’étais entretenu avec lui d’un surprenant cas de vampirisme en pleine campagne. Ici, tu ranges les chauves-souris et tu ressors ton attirail dédié au culte satanique. Croix de bois, croix de fer, va de retro satanas et heavymetal à fond dans les baffles.

He, oui, même dans le trou du cul de l’Iowa, le heavymetal produit ses détraqués. A moins que cela soit les sectes qui affaiblissent le cerveau humain. Moi, cela ne va pas m’empêcher de te diffuser un truc qui te fera un bien fou, un petit Black Sabbath.

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« Que voulez-vous savoir au juste, à propos des cultes sataniques ?

- Faites nous un petit exposé. On vous posera des questions à mesure.

Il commença par nous dire que toutes les Eglises chrétiennes admettaient l’existence de Satan, sous une forme ou sous une autre. Qu’elles acceptaient le concept du mal, et que Satan en était la personnification. Selon lui, il n’était pas étonnant que sociopathes ou inadaptés soient attirés par les pratiques satanistes. […]

Il aborda, ensuite, l’Eglise de Satan, Anton Lavey et autres cercles sataniques basés à San Francisco. Leur approche était insidieuse, car ils se gardaient de promouvoir ouvertement la violence, mais y conduisaient de mille façons subtiles.

- C’est le b.a.-ba de leur doctrine. Ils encouragent certains comportements, puis à mots couverts, en rejettent la responsabilité.

- C’est typiquement satanique ?

- Oui, Carl, absolument.

Il poursuivit, décrivant leur influence sur la jeunesse, flétrissant au passage le hard rock, la musique heavymetal et autres instruments d’anesthésie cérébrale, qui conduisent certains jeunes au suicide. »

Tu t’imagines dans l’Iowa en plein mois de mai ? Les routes sont encore toutes gelées, des congères de neige d’un mètre de haut et des températures assurément négatives. Ne quoi te refroidir avant de te plonger dans cette lecture. Tu penses que ton travail de shérif adjoint consiste à remplir des constats d’accidents, pick-up contre renne, à remplir des constats d’adultères, homme avec ourse, à remplir des constats d’ébriété public, tête contre choppe de bière et tabouret cassé. Que nenni ! L’Iowa n’est pas aussi reposant, sinon cela serait presque un bout de terre paradisiaque, retiré du monde bouillonnant de l’urbanisme démesuré. Ici, on découpe des cadavres, on tranche langue et testicules qu’on met ensemble dans le mixer pour en faire un délicieux smoothie rouge (sans fruits des bois). Je ne t’ai pas encore parlé du bébé sacrifié et… dévoré ! Oups, j’ai gaffé, l’univers des satans de l’Iowa est impitoyable.

« Phyllis Herkaman elle-même avait été tuée dans la cave, auprès de la machine à laver. Recroquevillée dans le coin sud-ouest, la tête orientée vers le nord, elle baignait dans une mare de sang en cours de coagulation… A la surface de cette mare se formait une pellicule qui se plissait en durcissant. La malheureuse était nue, allongée sur le dos, le sein droit arraché, le téton gauche transpercé par une épingle à chapeau… Menottée dans le dos, attachée par un cordon rouge à une canalisation. Long manche de bois planté dans le vagin. Beaucoup de sang répandu, là encore. Pas d’autres marques particulières mais, au-dessus du corps, accrochée à un tuyau, se balançait une étoile entourée d’un serpent qui se mordait la queue. »

Le début du roman est difficile, même un peu cru (non, je plaide non coupable : ce n’est pas moi qui ai mangé le bébé, même si j’écoute souvent Ozzy Osbourne à fond les écouteurs). Mais ensuite, tu y prends goût. Tu suis le shérif adjoint, ses coéquipiers, l’aide extérieure du FBI (les bouseux de l’Iowa n’ayant pas l’habitude d’affronter des sectes sataniques) avec tous les codes du métier. Tu es dans la place, et tu te gèles le cul dans cet Iowa où l’hiver n’en finit pas. Tu es au cœur du système local, avec ses manques de moyens, son amateurisme, ses limites… et ses habitants étranges. Les bouseux, un monde à part… Et tu n’as pas le temps de bavarder inutilement, l’enquête avance jusqu’au point mort. Tu attends le rebondissement, le petit truc qui va débloquer l’affaire et tu sais que le shérif adjoint va mettre tout son cœur à l’ouvrage, au détriment de sa santé et de sa vie conjugale. Pas facile la vie de shérif adjoint dans un bled paumé de l’Iowa surtout quand tu es assigné à l’équipe de nuit.

Te souviens-tu de tes cours de physique que tu as suivi, sans doute aucun, avec une certaine assiduité. La thermodynamique. A l’époque, tu ne comprenais peut-être pas le concept de l’entropie. Je ne te ferai pas l’affront de te demander la formule dite du Δ lors du passage de l’état initiale A à l’état final B d’équilibre. Je sens que tu avais occulté ce domaine dans les abysses de ta mémoire, mais les formules mathématiques te reviennent déjà en tête. Maintenant le shérif adjoint va t’apporter son point de vue et la mise en pratique de ce principe appliqué à la Police de l’Iowa.

« Au temps déjà lointain de mes études, j’avais suivi des cours de physique. Je n’étais pas particulièrement brillant, mais je me souvenais d’un chapitre consacré au deuxième principe de la thermodynamique. Selon ce principe, les choses ont tendance à aller d’une situation d’ordre vers une situation de désordre. Le désordre, ou « entropie », va toujours en s’accroissant. Toujours. D’une façon ou d’une autre. Et si tu tentes de réduire l’entropie, quelque part, l’énergie que tu auras déployée pour y parvenir augmentera l’entropie, dans un autre secteur. Ou quelque chose dans ce goût-là.

Avec ces quatre meurtres, on était en plaine entropie. »

« Onze jours » où l’art de préparer un smoothie sanglant à base d’organes génitaux humains.

11 commentaires
  1. 15 mai 2013 , 22 h 17 min - manU prend la parole ( permalien )

    Onze jours pour boire ta caisse de Grimbergen Réserve 8.5 !!
    Tu perds la main dis donc !! ^^

    • 15 mai 2013 , 22 h 39 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      A mon âge, faut ménager son foie et surtout le mélange avec le smoothie n’allait pas trop faire la paire…

  2. 16 mai 2013 , 9 h 29 min - phil prend la parole ( permalien )

    Bonne paire mais mauvaise pioche dans ce pays gele !
    Desole mais le heavy metal n’est pas un instrument d’anesthesie cerebrale
    Bien au contraire, si on regarde ce type de musique d’un point de vue clinique puisque on y est la, mais cote chinois, ce serait plus un stimulant pour renforcer notre cote bois (c’est a dire foie, vesicule), le demarrage du Yang qui prend sa source dans le Yin hivernal …
    C donc le reveil, la fougue, la bonne giclee …
    Mais ca va trop stimuler ton pauvre foie ce genre de musique, tu vas etre en exces … de foie …. et du coup … douleurs aux hypocondres, douleurs musculaires, crampes, problemes oculaires, maux de tetes, coleres (meme (et surtout?) interieures), allant meme jusqu’a l’autodevalorisation, l’autodestruction,
    Alors gaffe et prends toi en main, ecoute quelquechose de plus doucereux comme du Céline Dion par exemple (c’est un exemple !)
    Pour le livre je prends note et peut etre y comprendrais-je un peu plus les fameuses lois de l’entropie de cet univers de cingles …

    • 16 mai 2013 , 20 h 10 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      peut etre y comprendrais-je un peu plus les fameuses lois de l’entropie

      Fallait aller en cours au lieu de te biturer à la Suze et jouer au tarot.

      Désolé mais le heavy metal n’est pas un instrument anesthésie cérébrale

      T’es sûr ? Regarde où cela m’a amené !

    • 17 mai 2013 , 13 h 53 min - phil prend la parole ( permalien )

      euhhh tu me rappelles les partenaires du tarot stp …

  3. 16 mai 2013 , 17 h 45 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Sacré Ozzy Osbourne.Croque-t-il toujours un morceau de rat sur scène?Ou est-ce une légende?Point de vue heavy metal j’en suis resté à Def Leppard que mon fils m’imposait en voiture,il y a… longtemps.

    • 16 mai 2013 , 20 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      j’en suis resté à Def Leppard que mon fils m’imposait en voiture,il y a… longtemps.

      J’suis trop vieux… J’ai jamais écouté. Je crois que je connais un gars qui avait des cassettes ou des disques des Def mais j’ai jamais écouté. (ou alors je confonds avec Iron Maiden).
      Mais si le fils de l’ami Eeguab écoutait les Def, je vais devoir m’y mettre aussi ;)

    • 17 mai 2013 , 13 h 57 min - phil prend la parole ( permalien )

      c drole je le connais aussi et oui pour k7 de deff et disque pour les maiden
      qd tu vois l’evolution de la technologie, tu prends un sacre coup !

  4. 16 mai 2013 , 19 h 20 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    J’avais bien reconnu le Phoenix de la Grimbergen. 11 jours d’enquête ?? Même Derrick va plus vite que lui !

    La thermodynamique, je pensais que c’était quand tu avais froid et que tu te serrais un peu plus fort contre le corps de ta moitié et que de ce fait, les corps se réchauffaient et s’échauffaient…

    Voilà pourquoi j’ai planté mon examen de science, à l’époque.

    Je vais demander un smoothie aux organes génitaux de mâles, demain, au snack… Banane/abricot ?

    • 16 mai 2013 , 20 h 20 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      11 jours d’enquête ?? Même Derrick va plus vite que lui !

      Oui, mais n’oublies pas qu’on est dans l’Iowa. Là-bas, même les serrures sont gelées. Alors si tu veux déjà ouvrir ta caisse, faut pisser sur la serrure (technique brevetée Jean-Clause Dusse).
      Et puis après si tu veux boire un verre, faut prendre le temps d’enlever ta paire de gants, enlever tes snowboots, ta chapka, dégeler la moustache,etc… Tout se fait plus lentement…

      Voilà pourquoi j’ai planté mon examen de science, à l’époque.

      T’avais pas les bons manuels !

      Je vais demander un smoothie aux organes génitaux de mâles

      Fait gaffe à la fraîcheur ! Qu’ils ne te servent pas ceux d’un vieux grabataires… C’est comme pour les vitamines, passé un certain âge, elles disparaissent. Le bien-fait vient donc de la jeunesse.

    • 17 mai 2013 , 13 h 52 min - phil prend la parole ( permalien )

      et si plus de vitamines alors plus de jus et plus de jus, alors te reste un somnifere meme si tu dors a cote d’une belle et jolie femme c ca ???

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