La Montagne [H.D. Thoreau - E. Reclus]

Par le Bison le 25 février 2013

« Concord, le 19 juillet 1842.

Vers l’Ouest et ses confins,

S’inclinent les aiguilles des pins.

Été comme hiver, nos regards s’étaient posés sur la ligne brumeuse que dessinent les montagnes à l’horizon, dont la grandeur est exagérée par la distance et l’indistinction ; aussi se prêtent-elles de même aux interprétations de toutes les allusions faites par les poètes et les voyageurs – que ce soit lors de nos matinées printanières assis sur les sommets de l’Olympe en compagnie d’Homère, ou lors de nos errances dans les collines de l’Étrurie et de la Thessalie avec Virgile et ses pairs… »

Ainsi démarre ma promenade vers les sommets avec Henri-David Thoreau. Entre philosophie et poésie, Thoreau m’accompagnera à chaque lacet de ce versant de La Montagne. La première fois que j’ai découvert Thoreau, ce fut grâce à Christopher McCandless, alias Alex Supertramp. Si, souviens-toi, le jeune qui est parti seul avec son baluchon vers les plaines enneigées de l’Alaska. « Toujours plus loin. Toujours plus au Nord. Toujours plus seul ». Into the Wild. Depuis que j’ai croisé la route de ce gamin, j’ai été impressionné par sa fraîcheur et son insouciance. Il avait un livre de chevet signé Thoreau.

Je me souviens aussi de Rick Bass. Venu du Sud, il s’installe dans le Nord et passe l’hiver au plus près de la nature enneigée. Ses journées sont rythmées par les coups de hache. Rick l’écrivain se prend pour un bucheron, coupe du bois et coupe du bois sur 200 pages. Une belle expérience, d’autant plus que lorsqu’il ne coupe plus de bois, il se réchauffe les mains et m’écrit quelques citations de H-D. Thoreau. Un hiver avec Rick et Henri-David. Winter.

Il fallait donc qu’un jour je découvre également cet auteur. Voilà chose faite, avec une nouvelle inédite « une marche au Wachusett ». Un court récit qui raconte l’ascension du Mont Wachusett, Massachusetts.

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Concis, mais pour rendre l’objet du délice encore plus beau, il est présenté avec sa version originale. Peut-être qu’un jour, je serai capable de lire en V.O. et saisir toute la poésie linguistique de Thoreau. Mais à mon niveau, la traduction me convient parfaitement. Une lecture que j’ai appréciée par ses images et son rendu visuel. Pour tout te dire, j’avais le sentiment d’y être là-bas, dans le Massachusetts. Avant, je te parle d’une époque où j’étais jeune, lorsque je partais en montagne et dévaler les pistes noires avec ma vieille paire de ski d’un autre âge, je prenais une bière comme trophée pour la boire au sommet et admirer le panorama. Maintenant, je prendrais ce bouquin que je relierai en contemplant le paysage avec les mots de Thoreau. (Message personnelle : je ne sais pas si le cowboy aux yeux bleus lit encore mes conneries, je lui dédicace cette chronique car ce livre, bien que court, pourrait faire du plus bel effet dans sa bibliothèque ou son sac-à-dos).

« Il existe, cependant, une consolation pour le voyageur le plus rompu sur cette route poussiéreuse ; le chemin décrit par ses pieds est si parfaitement symbolique de la vie humaine – tantôt gravissant des collines, tantôt descendant des vallées. Quand il est au sommet, il voit les cieux et l’horizon, et quand il est dans la vallée, il lève encore ses yeux vers les hauteurs. Il parcourt toujours ses vieilles leçons, et, aussi las et rompu qu’il soit par la route, son expérience reste sincère. »

Mais ce n’est pas tout. L’histoire ne s’arrête pas au Mont Wachusett. Tiens puisque je suis au sommet, il me fallait une bière synonyme de montagne. J’ai choisi donc une bière blanche des hautes montagnes alpines, la Fripouille. Une bière blanche, quelques bonnes plantes des Alpes, l’eau pure et glacée s’écoulant du Mont Blanc, et je me prendrai pour un surfeur des neiges dévalant à tout berzingue les pentes enneigées du Wachusett.

« Enfin, nous avons vu le soleil se lever sur la mer, et briller sur le Massachusetts ; dès lors l’atmosphère se clarifia de plus en plus jusqu’au moment de notre départ, et nous avons commencé à prendre conscience de l’étendue de la vue, et de combien la terre, par sa largeur même, offrait une réponse au ciel, et les villages blancs un pendant aux constellations du ciel. »

C’est beau une montagne, la nuit…

Mais ce n’est pas tout. A peine 60 pages, mais quel beau contenu entre cette belle couverture noire et cartonnée, des feuilles au grammage si épais qu’elles ne s’envoleront pas face à la brise des sommets. Oui, ce livre est plus qu’un bouquin. C’est un écrin précieux que le marcheur vénèrera tout au long de sa route vers la découverte de la nature et de soi-même. Après Thoreau, c’est donc au tour d’Élisée Reclus. Géographe de formation, sa vie citadine l’ennuie, plus même. Cela sent la déprime. La montagne deviendra pour lui un refuge, un endroit intime où il pourra se ressourcer. En fait, j’ai le droit aux deux premiers chapitres de son livre, « Histoire d’une Montagne », paru aux éditions Actes Sud. J’en aurais voulu encore plus. J’aurais voulu l’accompagner plus longtemps sur la découverte de cette nouvelle voie dans sa vie. Oui, cela m’a un peu frustré. Seulement deux chapitres. Trop court, trop rapide.

« Si, dès mes premiers pas dans la montagne, j’avais éprouvé un sentiment de joie, c’est que j’étais entré dans la solitude et que des rochers, des forêts, tout un monde nouveau se dressait entre moi et le passé ; mais, un beau jour, je compris qu’une nouvelle passion s’était glissée dans mon âme. J’aimais la montagne pour elle-même. J’aimais sa face calme et superbe éclairée par le soleil quand nous étions déjà dans l’ombre. J’aimais ses fortes épaules chargées des glaces aux reflets d’azur, ses flancs où les pâturages  alternent avec les forêts et les éboulis ; ses racines puissantes s’étalant au loin comme celles d’un arbre immense, et toutes séparées par des vallons avec leurs rivelets, leurs cascades, leurs lacs et leurs prairies ; j’aimais tout de la montagne, jusqu’à la mousse jaune ou verte qui croît sur le rocher, jusqu’à la pierre qui brille au milieu du gazon. »

É. Reclus a pu lire Thoreau. L’inverse est improbable.

Et tous deux n’ont pas manqué de lire Rousseau.

Une opération Masse Critique du site Babelio

en collaboration avec L’Atelier de l’agneau.

24 commentaires
  1. 26 février 2013 , 7 h 42 min - Myrtille prend la parole ( permalien )

    En voilà une belle lecture, ça fait pas mal de temps que je veux lire Thoreau, je choisirais peut-être celui-ci ! La montagne, c’est aussi de très beaux souvenirs d’enfance pour moi… Je voulais d’ailleurs être bergère dans les vallées des Alpes… J’ai finalement choisie une toute autre vie !

    • 26 février 2013 , 9 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Bergère dans les vallées des Alpes et manger des myrtilles sauvages. Je pense que le ‘métier’ a bien changé depuis… Ça existe encore ?

      Du coup, lire Thoreau mais ne pas oublier non plus Élisée Reclus…

  2. 26 février 2013 , 16 h 37 min - phil prend la parole ( permalien )

    avec la neige qu’est tombe, meme tes vieux skis feraient l’affaire pour descendre les pentes.
    quand a mettre ce livre dans le sac … suis pas trop fan ! un sac on compte au gramme pres alors … et quand on est en montagne, on est en montagne, on est en contemplation directe.
    le livre c pour une fois rentrer chez soi se refaire vibrer le coeur, histoire de se dire qu’on vit encore …
    et oui tu peux tjs prendre un tit verre de genepy ou d’hysope ou de gentiane t’inquiete !

    • 26 février 2013 , 17 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Dans le sac, je n’ai pas la place de prendre un verre. Tout est compté, au gramme près. Je prends donc directement la bouteille !

  3. 27 février 2013 , 22 h 43 min - manU prend la parole ( permalien )

    Le Bison qui voulait devenir Thoreau, tout un symbole…

    • 28 février 2013 , 9 h 05 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il m’a fallu du temps pour la comprendre ;)
      Je ne dois pas être bien réveillé…
      J’aurais du rajouter une goutte dans mon café…

    • 28 février 2013 , 9 h 11 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Ah bon ! Moi je l’ai comprise au quart de tour Ptdrrr
      Elle est trop bonne ,)

    • 28 février 2013 , 10 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu dois être plus ‘connecté’ manU…
      Mais oui, elle est excellente…

    • 28 février 2013 , 11 h 55 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      OooOhhhh ouiiiiii !

      C’est simple, manU, je le kiff grave :D

    • 28 février 2013 , 20 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Voilà… C’est pas mon cas ;)

  4. 2 mars 2013 , 10 h 04 min - Laure prend la parole ( permalien )

    Deux chouchous dans une belle enveloppe, ce livre a belle allure vue de loin
    De près, tu confirmes

    Je ne lis pas en ce moment
    C’est une maladie peut être
    Je ne suis pas une lectrice folle. Il faut qu’un livre me soit indispensable pour que je le finisse. Il faut qu’il tricote et détricote mon cerveau et m’envoie en l’air, me refasse, me retorde dans de nouveaux coins. Ce n’est pas donné à tout le monde. Heureusement, tu me diras, sinon, où allons nous !? ( Mouhaha!)

    J’aime bcp Rick Bass, son livre chez Gallmeister Le Livre de Yaak. j’ai acheté Platte River, un recueil de 3 histoires de lui mais une seule est à la hauteur. Même si tout se lit avec sourire. Je reste amoureuse du Livre de Yaak. Qui se lit à haute voix au lit, et se relit. (Ah ! L’ours !!)

    • 2 mars 2013 , 12 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ce livre a belle allure vue de loin
      De près, tu confirmes

      Même si il est assez fin, plutôt léger, sans beaucoup de pages, il s’agit d’un « beau » livre du plus bel effet dans ma bibliothèque.
      Une toute petite maison d’édition de Gironde, un beau texte de Thoreau, en français et en anglais. Oui, une belle et fière allure à coté des Rick Bass.

      J’aime bcp Rick Bass, son livre chez Gallmeister Le Livre de Yaak. j’ai acheté Platte River, un recueil de 3 histoires de lui mais une seule est à la hauteur. Même si tout se lit avec sourire.

      Je n’ai pas encore eu l’honneur de découvrir la région du Yaak. Par contre, j’ai le Platte River qui m’attend et que je n’ai pas encore lu… Je verrais si celui-là, je le lirai à voix haute…

  5. 2 mars 2013 , 15 h 53 min - Laure prend la parole ( permalien )

    Tu aimeras la vallée de Yaak
    Dis moi, peut être peux tu me conseiller
    j’ai écrit un petit livre ( 90 pages A5) qui mêle poésie, peintures ( 10, une par chapitre) et récit d’un « dément voyage »
    six années au pays de la démence sénile (de ma mère)
    Je m’en suis offert une vingtaine, imprimés, pour les amis, qui voudraient que je tente en maison d’édition pour une plus large diffusion.
    Qui pourrait-être intéressé ? Je me demande.

    • 2 mars 2013 , 22 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      en fait, je ne sais pas quoi répondre.

      Je te lis souvent. C’est très beau et très profond. J’interviens très peu, parce qu’il y a beaucoup de choses très personnelles, et trop fortes en émotion pour que je rajoute une connerie à écrire…

      Je me suis inscrits chez toi parce que j’aimais bien ce que tu écrivais, j’appréciais comment tu présentais tes peintures.

      Après, je me sentais parfois mal à l’aise face à ce que tu écrivais, trop personnel je me demandais ce que je faisais là si je n’étais pas un voyeur. Que pouvais-je faire derrière mon écran à lire le drame au quotidien d’une inconnue. Mais je trouvais tes textes souvent justes et humains. Peut-être que ton expérience peut aider, certainement elle émouvra…

  6. 4 mars 2013 , 10 h 13 min - Laure prend la parole ( permalien )

    Tu es bon diplomate, toi.
    Effectivement tu es abonné à mon blog très perso celui sur lequel je ne me gêne pas, j’écris tout ce que je n’écris pas sur d’autres ( dont latortuelegere où je mets mes essais de dessins). Ah ha ha ! C’est un genre de carnet de bord et de grand brouillon.
    (Le contenu de mon petit livre n’a jamais été publié sur mes blogs mais je vois bien ce que tu veux dire….sans doute es tu tombé aussi sur les textes liés à la mort de ma soeur, que j’ai d’ailleurs tous supprimés)
    Bon, heureusement j’écris sur divers contenus…et d’ailleurs ce sont mes textes du style « chronique du jardin », qui plaisent le plus. Yé

    • 4 mars 2013 , 13 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Effectivement tu es abonné à mon blog très perso celui sur lequel je ne me gêne pas, j’écris tout ce que je n’écris pas sur d’autres ( dont latortuelegere où je mets mes essais de dessins). Ah ha ha !

      Ah ben voilà. Si on me dit pas, moi je suis perdu… Tu avais du poster quelques unes de tes œuvres sur le blog perso, mais j’ignorai l’existence d’un second, d’un troisième voir d’un septième blogs.

      sans doute es tu tombé aussi sur les textes liés à la mort de ma sœur, que j’ai d’ailleurs tous supprimés

      Effectivement, c’était cette période où je me sentais un peu mal à l’aise de continuer à te lire…
      En attendant, je note la tortue légère !

    • 9 mars 2013 , 5 h 14 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

      Bonjour Laure, Je te réponds ici en espérant que tu lises ce message. J’ai été voir tes blogs, passionnée par la peinture j’avais envie de découvrir ton univers et j’ai été sous le charme de celles-ci mais aussi des mots, de ton regard sur ce qui nous entoure. Et puis chapeau pour langage papiers couleurs, j’ai trouvé l’idée, le travail magnifique, forte émotion, une bouffée d’air pur. J’ai également pensé à F. Verdier en voyant les crêtes se dessiner sur tes récents travaux. Je viendrai régulièrement te rendre visite.
      Merci à toi Bison pour cette belle « rencontre ».

    • 9 mars 2013 , 11 h 44 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      j’aime beaucoup aussi… Et maintenant que je connais le bon site pour présenter ses travaux…

  7. 5 mars 2013 , 11 h 26 min - phil prend la parole ( permalien )

    fini les vastes plaines, bientot le bison parque dans son petit enclos puis peut etre bondage … ca sent la viande au buffalo ca !

    • 5 mars 2013 , 13 h 39 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      un T-bone de Bison grillé sur le BBQ… ça fait rêver !

  8. 9 mars 2013 , 10 h 31 min - phil prend la parole ( permalien )

    C’est drole les billets, Bibison nous fait connaitre ainsi le monde de Laure ….
    J’ai vu un peu de ta peinture et je trouve qu’il en ressort une certaine fragilite dans des traits de force (enfin je me comprend !)
    Il faudrait que tu essaies le Sumi-e a moins que ce ne soit deja fait ?!

  9. 9 mars 2013 , 10 h 41 min - phil prend la parole ( permalien )

    pour trouver un editeur voici une adresse rhone-alpine.
    une personne du coin y a fait editer un de ces livres qui sont a lire du reste …
    Corinne Bouvet de Maisonneuve.

    http://les-passionnes-de-bouquins.vpweb.fr/Nous-contacter.html

    voila !
    a toi de jouer !

  10. 14 mars 2013 , 10 h 19 min - Laure prend la parole ( permalien )

    Bon ben ça c’est sympa
    je n’étais pas revenue suivre les comm sur ce billet
    Happy me happy you

  11. 14 mars 2013 , 10 h 24 min - phil prend la parole ( permalien )

    http://www.youtube.com/watch?v=aRAaKoKOieA

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