Still Walking [Kore-Eda Hirokazu]

Par le Bison le 20 février 2013

Un couple, la trentaine, un petit garçon, la dizaine. Une colline à grimper sous le soleil, derrière soi la mer. Dès ces premières images, je reconnais l’histoire. Je ne m’en souvenais plus, mais il m’a fallu juste quelques secondes pour retrouver mes esprits et sentir la suite venir. Oui, j’avais déjà vu ce film. Tant pis, je continue de regarder comme hypnotiser par des images au naturel.

Mais peut-être que tu ne l’as jamais vu, alors rien que pour toi, je te refais le script : Une journée d’été à Yokohama. Une famille se retrouve pour commémorer la mort tragique du frère aîné, décédé quinze ans plus tôt en tentant de sauver un enfant de la noyade. Rien n’a bougé dans la spacieuse maison des parents, réconfortante comme le festin préparé par la mère pour ses enfants et ses petits-enfants. Mais pourtant, au fil des ans, chacun a imperceptiblement changé… Avec un soupçon d’humour, de chagrin et de mélancolie, Kore-Eda Hirokazu nous donne à voir une famille comme toutes les autres, unie par l’amour, les ressentiments et les secrets.

Donc, je regarde de nouveau ces images d’un Japon contemporain, à quelques encablures de la grande ville. L’air y est paisible, le silence magnifié par le vol d’un papillon jaune – une âme réincarnée ? – la vie de tous les jours. Dans ce décor, banal, la vie d’une famille, recomposée, les rapports entre les anciens, les parents, et les plus jeunes, les enfants. Les souvenirs sont lourds, tristes et amers. Comme toutes les familles, il y a de l’amour, mais aussi beaucoup d’incompréhension entre les générations, surtout dans un pays comme le Japon où les traditions sont encore lourdement ancrées dans la mémoire.

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J’aime ce film. Il n’est pas triste, il est juste mélancolique. Il est humain, il parle des traditions, de la famille et de ses rapports. Un drame soit ça rapproche, soit ça déchire. Ici, la deuxième solution prend le dessus. L’ainé aurait du prendre la suite du père, célèbre médecin du quartier. Plus personne pour reprendre ‘sa’ clinique. De là, nait tout ce malaise entre le père et le second fils. De là, les rapports ont changés. Et de l’amertume en ressort.

Ce fils, le ‘survivant’, Hiroshi Abe, je le redécouvre tout en pudeur. Il m’ouvre la porte de la chambre de son frère laissée presque intacte, des cartons entassés mais un poster de Joy Division y est toujours affichée. Joy Division, l’une des rares musiques des années 80 à subsister encore, sans prendre de rides.

Oui, j’aime ce film, typiquement japonais, qui m’émeut, qui me présente une famille, trois générations, sous le toit de la tradition, légumes à la vapeur, tempuras grillés à souhait. Je prends une bière et une soupe miso. Le radis blanc est râpé. Peut-on le faire sauter ? Je me déchausse et m’incline respectueusement. Je m’assois dans un coin de la pièce, sent les odeurs et ressent cette intimité familiale. J’y éprouve de la compassion, mais aussi de la malice à observer ces gens tourner autour de moi, une coupe de saké et un bol de riz gluant, un verre de thé froid quelques sushis. Oui, je l’aime ce film, et je le regarderai même une troisième fois si l’occasion s’y présente.

Parce que lorsqu’on lit du Haruki Murakami, on regarde aussi Kore-Eda Hirokazu. Même sensibilité.

Je suis rassasié mais parce que les sushis sont fins et dans la plus pure des traditions, j’en reprendrai encore.

Je continue de marcher, un papillon blanc s’envole et la légende continue…

Still Walking [2009].

23 commentaires
  1. 20 février 2013 , 20 h 20 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    J’ai l’impression que je ne l’ai pas vu ce film, je vais essayer de trouver le DVD !
    Bonne soirée.

    • 20 février 2013 , 22 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      une obligation, même pour le Dragon qui sommeille en toi…

  2. 20 février 2013 , 21 h 21 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Casque sur mes oreilles et joy Division qui s’en échappe, je lis ton billet et ta description de la famille japonaise, cette ambiance, cette chaleur m’ont embarqué le temps de ma lecture !

    Merci c’est si joliment dit !

    Euh…tu ne pourrais pas faire un peu plus long ;)

    Pour Joy Division, je ne connais pas, l’introduction me fait passer à Bob Morane d’Indochine lolll

    • 20 février 2013 , 22 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pour Joy Division, je ne connais pas, l’introduction me fait passer à Bob Morane d’Indochine lolll

      C’est pareil, presque en mieux sans faire offense à Nicola Sirkis ;)

      Euh…tu ne pourrais pas faire un peu plus long

      Non.
      C’est comme la cigarette, trop de mélancolie nuit à petits feux.
      Alors comme je suis responsable…

  3. 21 février 2013 , 9 h 46 min - phil prend la parole ( permalien )

    En effet, tres bon choix que celui la !
    Et faire un lien avec Haruki Murakami c vrai, l’un a les mots, l’autre les images, mais c’est une belle description de la gente nippone qui nous laisse en meme temps un espace de reve personnel que l’on peut se permettre d’introduire.
    Alors je pars avec toi, je me dechausse et entre, me mets en seiza et je partage une biru et quelques tempura avec toi si tu le veux bien …

    • 21 février 2013 , 20 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      moi, je ne partage pas ma biru.
      Je t’en donne une autre si tu veux, mais pas touche à ma biru !
      Chacun sa biru, c’est ça la vraie amitié !

  4. 22 février 2013 , 14 h 42 min - phil prend la parole ( permalien )

    ok on se partage le pack !

  5. 8 mars 2013 , 6 h 28 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonjour Le Bison, très beau film à faire découvrir autour de soi. C’est un film qui parle de la famille et de ses rituels, des morts, des vivants, des réussites, des échecs. C’est beau. Bonne journée.

    • 8 mars 2013 , 9 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est beau – ça parle de deuil et de famille – mais ce n’est pas triste non plus. Juste un peu d’amertume, mais cela permet d’entrevoir un peu plus l’esprit japonais et l’importance de ces rituels.

  6. 9 mars 2013 , 5 h 43 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Adoré ce film, il fait partie de mes coups de coeur, ceux qui m’apaisent, me parlent. Sur le deuil ? moui si on veut, je perçois un film sur la vie surtout, le cycle, ce mouvement sans fin, évidemment je préférerai me projeter chez les enfants que ceux qui s’en vont, mais voilà on marche sur son chemin.

  7. 9 mars 2013 , 10 h 21 min - phil prend la parole ( permalien )

    et oui, la vie c’est le changement. La vie, c’est le mouvement.

    • 9 mars 2013 , 11 h 41 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      la vie c’est le battement d’ailes d’un papillon.

  8. 9 mars 2013 , 17 h 06 min - phil prend la parole ( permalien )

    avec la 40taine je dirais meme plus cher Dupont !

  9. 26 mai 2013 , 20 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

    T’as vu, t’as vu ?

    Le prix du Jury du 66e festival de Cannes a été remis dimanche au réalisateur japonais Hirokazu Kore-Eda pour Tel père, tel fils, un film délicat sur la paternité et la filiation.

    Tel père, tel fils raconte l’histoire d’une famille idéale japonaise, qui vole en éclats quand la maternité de l’hôpital apprend aux parents que leur véritable enfant a été échangé à la naissance avec un autre.

  10. 27 mai 2013 , 9 h 47 min - pil prend la parole ( permalien )

    oui j’ai vu !
    et tu as vu Murakami sur france 2 en fin de semaine ?

    • 27 mai 2013 , 9 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      AH non, j’ai pas vu…

    • 28 mai 2013 , 13 h 41 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

      Ah si j’ai vu, j’ai bien aimé le découvrir, je ne l’imaginais pas ainsi, réservé mais je ne l’imaginais pas du tout pour tout dire.
      Curieux, cela vient peut être de ses livres, l’onirisme présent, franchement je ne l’imaginais pas du tout, comme si il n’y avait pas eu d’homme/auteur…

    • 28 mai 2013 , 15 h 03 min - phil prend la parole ( permalien )

      Tu es restee dans le monde a 2 lunes ou bien ?

    • 28 mai 2013 , 19 h 37 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

      Pitêtre … Tu l’imaginais toi ?

    • 29 mai 2013 , 9 h 37 min - phil prend la parole ( permalien )

      moi !!! c deja qui ce moi qui te parle ???
      suis dans un monde, y a-t-il 2 lunes ??? je ne releve pas assez la tete pour voir ca et si je la leve la, le temps est si nuageux que je sais pas si y’a …
      mais ce monde n’est pas reel et plus j’y pense, plus je me dis qu’il n’y a pas de realite.
      on est (on nait) chacun plutot dans son propre monde cognitif
      et on se raconte tous des histoires …

    • 29 mai 2013 , 9 h 54 min - phil prend la parole ( permalien )

      Et pour te repondre, je n’ai pas ete si surpris de sa description. Je le voyais assez introverti, anxieux et sauvage … du reste ces personnages ont cette part d’ombre.
      Mais j’ai ete ravi de savoir qu’il a utilise la passerelle de l’occident pour faire son job. Son travail de scenariste lui a donne une tres belle approche. Il le fait avec talent du reste. Il utilise des concepts de notre societe qu’il transcrit dans une tete pensante encore à la japonaise. C’est apparement ce qui fait sa renommee internationale.
      Enfin je me comprends c deja pas mal !

  11. 28 mai 2013 , 9 h 04 min - phil prend la parole ( permalien )

    grand public jeudi soir france 2 23h je crois.
    mais je comprend, c assez rare de voir apparition dans les medias du phenomene nippon

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