Last Exit to Brooklyn [Hubert Selby Jr]

Par le Bison le 5 janvier 2013

« (Georgette dansait tout autour de la pièce en fredonnant des chansons, vêtue d’un slip de soie et d’un soutien-gorge rembourré, et un type était assis nu, au bord du lit, de la sueur roulait sur son corps luisant, il touchait la soie quand Georgette passait près de lui, il jouait avec ses parties génitales, se léchait les lèvres, de la salive lui tombant de la bouche ; puis elle ôta son slip et il le saisit, enfouit son visage dedans et tomba sur le lit en gémissant en se vautrant…) »

Je vais t’avouer un truc perso, dont je ne suis pas vraiment fier. Non, ce n’est pas moi ce type, surtout quand on sait ce qu’est Georgette. Je ne juge pas, je n’ai pas d’apriori. Non, mais je voulais me confesser car j’en éprouve subitement le besoin. Malgré mon grand âge, je viens d’être dépuceler. Non pas par Georgette. Je ne juge pas, je n’ai pas d’apriori. Mais par Hubert Selby Jr. Je peux dire qu’il y a un avant et un après. C’est le genre qui marque une vie entière. Je ferai le parallèle avec Charles Henri Bukowski. Lui aussi, il m’avait à sa façon dépuceler sans que je m’y attende, il y a quelques années. J’ai eu du mal à m’en remettre. D’ailleurs, m’en suis-je totalement remis. Je crois que j’en garde encore quelques sérieuses séquelles de nos différentes rencontres. Car, je l’avais fait plusieurs fois avec lui. Le plaisir, le plaisir, la soumission et le plaisir. Tant de poésie dans ce monde de brute qui m’a submergé d’émotion et de jouissance.

« Vinnie et Mary ne seraient pas encore mariés s’ils ne s’étaient pas rencontrés. Mais finalement, cela s’était produit, alors qu’il avait 40 ans et elle 35, ils se marièrent  et les deux familles s’en réjouirent. Dès qu’ils furent seuls la première nuit, Vinnie entraîna Mary au lit et se jeta sur elle, secouant le lit, la commode l’image de la Saint Vierge au-dessus du lit, jusqu’à ce que la fatigue empêche Mary de bouger et qu’il ne lui reste plus qu’à rester étendue sur le dos en gémissant et en LUI CRIANT D’ARRETER. Mais Vinnie continua de plus belle, en bavant et en CRIANT QU’ELLE ÉTAIT SA FEMME ET ILS CONTINUERENT A BONDIR SUR LE LIT (la Saint Vierge tremblait) A BAISER, BAISER, BAISER ET A CRIER. Cinq ans plus tard, ils avaient deux gosses et continuaient à crier. »

Donc, tu oublies l’espace d’un instant ma vie, celle de Bukowski et tu plonges dans celle de Hubert Selby Jr. Sa vie, ses écrits, les deux ensemble. « Last Exit to Brooklyn » est donc mon premier et unique, jusqu’à présent. Je te l’ai dit : mon dépucelage. Donc autant commencer avec son premier. Les années soixante. A cette époque, j’écoutais peut-être Charlie Parker. Donc au passage, je vous propose un morceau de choix.

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Bird, il en est beaucoup question dans ce roman. Du be-pop, du sexe et de la drogue. De perdition aussi. Car dans ces rues sombres de Brooklyn, j’y croise plus de paumés que de dingues. Des putes et des tantes, des marins ivres et des ouvriers perdus. Le livre est dérangeant, pas pour la crudité de ses mots, mais plus pour l’affichage de cette société américaine faite de laissés-pour-compte et de marginaux. Une société de plus en plus violente, dans les actes mais aussi dans l’esprit de ces quelques pauvres types.

« Mary habilla le bébé et le mit dans son berceau. Harry l’entendait qui arrangeait le berceau. Il entendit le bébé qui tétait son biberon. Les muscles et les nerfs d’Harry se crispèrent et il frémit. Il aurait voulu pouvoir attraper ces bruits et les lui foutre dans le cul. Attraper ce bon dieu de môme et le lui refourrer dans le vagin. »

Mais que ne serait la violence sans un brin d’humour, parce que cette violence n’est jamais gratuite, qu’elle s’impose là, à la face du monde, à la face de ta face. Et heureusement que par moment mon esprit s’échappe avec quelques situations cocasses. Cela apporte quelques moments de légèreté où mon esprit peut vagabonder librement dans une chambre d’hôtel.

« Alberta baissa les yeux et rit. Tu as encore tes chaussures et tes chaussettes noires. Harry cligna des yeux. Il était debout les jambes écartées, le pénis dressé devant lui, nu à l’exception de ses chaussures et de ses chaussettes noires. Alberta rit puis elle lui enleva ses chaussures et ses chaussettes. Viens cher amour. Elle l’attrapa par le pénis et le conduisit dans la chambre. »

Donc la prochaine fois, penses à enlever tes chaussettes, cela enlèvera ton ridicule. Car forcément, Harry c’est toi, c’est moi, c’est le mâle perdu qui va dans une piaule miteuse avec une fille qui s’appelle Alberta ou Georgette. Toi, tu te poses sur le lit, tu ne sais pas quoi faire, avec ton truc qui pendouille entre les jambes, et qui se redresse quand tu la vois sortir de la porte des chiottes. Cette nana qui te plait tant et qu’enfin tu t’apprêtes à lui faire la fête. Oui, la lecture est aussi festive, pleine d’entrain, de bonheur et de jouissance. Tu éjacules et tu sens cette satisfaction sortir de toi. Tu n’as pas honte, le bonheur est aussi simple qu’un petit jet. Oui, quand on  découvre Hubert Selby Jr, le désir est là à chaque page, à chaque coin corné à force de tourner frénétiquement les feuillets, lentement, puis de plus en plus vite, les mains collantes, mélange de sueur, de bière et de sperme. Ta tête explose.

« Mais que devait-elle faire ? Bien sûr elle n’avait jamais même laissé entrevoir la vérité aux autres filles, elle était vierge. Elle avait parlé avec quelques unes des filles là-bas chez elle et elles lui avaient dit comment s’y prendre, l’avertissant de ne jamais l’enlever de sa bouche quand ça venait parce que tu pourrais en prendre partout et même dans les yeux et tu sais, chérie, on peut devenir aveugle, et de toute façon c’est le moment où tout explose et tu n’auras pas envie de l’enlever… »

Mais voilà, ce roman est spécial. Il n’est pas fait pour toutes les têtes, ni même tous les esprits. Il y a cette violence, parfois extrême, un brin choquante qui ne satisfera pas les âmes les plus pures. Il faut avoir un esprit malsain, comme toi qui furète sur ma chronique, ou comme moi qui se délecte des malheurs d’autrui, qui jouit de plaisirs littéraires même les plus disgracieux. Oui, je t’ai percé à jour : si tu es encore là, c’est que tu es encore plus tordu que moi et peut-être que si tu n’as pas cliquer sur le bouton arrêter de ton ordinateur, c’est que secrètement tu attends la grande tirade de Hubert Selby Jr, celle qui te fera frémir toute la nuit et que je garde pour la fin, celle qui te fera commandé dès demain matin une dernière sortie pour le paradis, the « Last Exit to Brooklyn ».

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« …les 10 ou 15 types saouls entraînèrent Tralala jusqu’à la voiture abandonnée sur le terrain vague de la 57ème rue, ils lui arrachèrent ses vêtements, la poussèrent à l’intérieur et quelques types se battirent pour savoir qui serait le premier et finalement il se forma une sorte de file d’attente chacun criant et riant et quelqu’un cria aux gars du bout d’aller chercher de la bière et ils partirent et rapportèrent des boites de bière qu’on passa à la ronde et les gars de chez le Grec s’amenèrent et quelques-uns des gars du quartier vinrent tout autour pour regarder et Tralala gueulait et leur fourrait ses seins en pleine figure et des boites de bière circulaient, on jetait les boites vides et des gars quittaient la bagnole et retournaient dans la file, buvaient quelques bières et attendaient que leur tour revienne et d’autres gars arrivèrent de chez Willies et un coup de téléphone passé à la base amena d’autres soldats et on rapporta de la bière de chez Willies et Tralala buvait de la bière pendant qu’elle se faisait baiser et quelqu’un demanda si on comptait les points et un autre cria personne ne sait compter aussi loin et le dos de Tralala était rayé de crasse et de sueur et ses chevilles la démangeaient à cause de la sueur et de la saleté sur les égratignures qu’elle s’était faites sur les marches et de la bière et de la sueur dégoulinaient des visages sur le sien, mais elle continuait à brailler qu’elle avait les plus gros nichons du monde et quelqu’un répondit bien sûr ma poule que c’est vrai et d’autres s’amenèrent, 40, peut-être 50, et ils la baisaient et retournaient dans la file, buvaient une bière et braillaient et riaient et quelqu’un cria que la voiture puait le cul, aussi on sortit Tralala et le siège et elle était étendue nue sur le siège et leurs ombres cachaient ses boutons et ses cicatrices et elle buvait, faisant sauter ses seins avec sa main libre et quelqu’un lui fourra la boite de bière dans la bouche et ils se marrèrent tous et Tralala jura et cracha un petit bout de dent et quelqu’un recommença et ils rirent et braillèrent et le suivant lui monta dessus et elle eut les lèvres fendues et le sang lui coula sur le menton et quelqu’un lui épongea le menton avec un mouchoir imbibé de bière et on lui tendit une autre bière et elle but et brailla encore au sujet de ses nichons et elle eut une autre dent cassée et la blessure de ses lèvres s’agrandit et tout le monde rit et elle but encore et bientôt elle fut complètement KO, ils lui donnèrent quelques gifles et elle grogna puis tourna la tête mais ils ne purent la réveiller aussi ils continuèrent à la baiser, elle inconsciente sur le siège de la voiture… »


15 commentaires
  1. 5 janvier 2013 , 19 h 59 min - manU prend la parole ( permalien )

    Mince, j’ai lu jusqu’à la fin…

    • 5 janvier 2013 , 21 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Te voilà perdu, mon pauvre ami !
      Perdu et bientôt une lecture pour dévergonder ton image de scrapbooker ! ;)

  2. 6 janvier 2013 , 18 h 03 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Mince, dévergondée et irrécupérable que je suis, j’ai tout lu, je suis même venue ici spécialement pour lire la suite…

    C’est grave ? Oui ? tant mieux !

    Tiens donc, je vois qu’il y a des noms connus sur cette page ! Les plus dévoyés de Babelio se retrouvent au même abreuvoir.

    • 6 janvier 2013 , 18 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Mince, dévergondée et irrécupérable que je suis, j’ai tout lu, je suis même venue ici spécialement pour lire la suite…

      C’est que je sais attirer le client quand il s’agit de sexe et de dépravation !

  3. 6 janvier 2013 , 18 h 27 min - manU prend la parole ( permalien )

    Dévoyés ? Qui ça ? Où ça ? :D
    Comme on se retrouve belette2911 ! ^^

    • 6 janvier 2013 , 18 h 50 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Allez, ça te changera de tes activités de scrapbooking…

  4. 6 janvier 2013 , 18 h 30 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Je dirai un quatuor d’irrécupérable….

    La grande tirade, deux fois je l’ai lu….

    Tu as dit plus tordu que toi ? Je ne pense pas encore, mais si c’est le cas …ben merde …j’assume !

    • 6 janvier 2013 , 18 h 51 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Bienvenue l’ami du 26.
      Deux fois ? Je t’autorise à la lire une troisième fois…
      Moi je ne m’en lasse pas. C’est comme un Grand Cru !

  5. 6 janvier 2013 , 21 h 00 min - manU prend la parole ( permalien )

    Rholala, ça devient mal fréquenté par ici…. :D

    • 6 janvier 2013 , 21 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je n’y suis pour rien.
      C’est juste ma bonne âme : j’accueille tous les dépravé(e)s, les dévergondé(e)s et les dévoyé(e)s de la websphère.
      Le ranch sans nom, un lieu pour tou(te)s les paumé(e)s et les obsédé(e)s…

    • 6 janvier 2013 , 23 h 12 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Toi tu files, Bison a dit interdit au moins de 40 ans :D

      Va lire ton scrapbooking..houps c’est moi qui l’ai ;)

    • 7 janvier 2013 , 8 h 45 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Age minimum requis, sinon je ne réponds de rien…

  6. 8 janvier 2013 , 16 h 45 min - phil prend la parole ( permalien )

    et beh ! y’a plus tordu que moi c trop cool
    et calmez vous, moi suis descendu parcequ’y avait du HFT au menu dabord et toc !

    • 8 janvier 2013 , 17 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il faut bien que je t’allèche un peu…
      Y’a pas de samouraïs ni de geishas, alors j’ai du aller chercher un autre mot clef qui titille ton esprit (et autre chose ;) ) pour que tu viennes prendre ton pied avec Georgette, Mary ou Tralala…

  7. 8 janvier 2013 , 18 h 28 min - phil prend la parole ( permalien )

    j’en connais une de georgette, c’est une ecrivain(e)? du coin qui a fait un livre, le roman de georgette mais c pas pareil, loin de la !

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