De Flammes et d’Argile [Mark Spragg]

Par le Bison le 22 octobre 2012

Au nord les grands espaces du Montana. A l’Est, les grands espaces du Dakota Sud. A l’Ouest, les grands espaces de l’Idaho, Yellowstone et le Grand Teton (j’adore ce nom). Le Bison pose sa bouse et ses valises à Ishawooa, Wyoming dans un ranch sans nom. Les grands espaces, les chevaux, la verdure et le soleil qui se couche au-delà des montagnes, et l’eau qui coule, d’une froideur et d’une pureté immaculées. Là-bas, quelques âmes se côtoient, leurs histoires s’entremêlent. Ils s’aiment, ils se respectent, ils ne laissent pas indifférents. C’est le passé qui leur a appris cette solidarité, entre solitaires des grands Espaces et du Wyoming. Kenneth, un gamin amoureux des grands espaces, partagé entre son paternel et le vieux Einar qui lui a appris à aimer la terre où il vit. Griff, la jeune femme passionnée de sculpture, prête à renoncer à ses études pour rester auprès de son grand-père. Paul, compagnon et ami de Griff qui s’apprête à partir pour une ONG en Afrique de l’Ouest. Le shérif Carlson qui découvre un cadavre dans un laboratoire clandestin de méthamphétamine, pendant que sa femme Jean s’adonne aux plaisirs du bourbon et du gin du réveil au couchée d’un soleil plus que rougeoyant. Kenneth est envoyé pour des « vacances » à découvrir la vie citadine de son vrai père, Griff se pose des questions sur son couple tout en s’occupant de son grand-père, le shérif souffre d’une dégénérescence irréversible, Jean boit toujours… Et les chevaux paissent tranquillement dans le corral.

« Il jeta une poignée de glaçons dans un verre et découpa un citron vert en quartiers.

Puis il prit dans une armoire la bouteille de tequila, ôta le bouchon en verre et plaça le goulot sous son nez. Rose, cannelle, vanille. A trois cents dollars la bouteille, il en était venu à y percevoir une sorte de parfum exotique. La glace craqua lorsqu’il remplit le verre. Herradura Seleccion Suprema. Il aimait prononcer ce nom à haute voix. »

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Le Bison se prendrait à rêver d’une scène tirée directement d’un film de Robert Redford. Il ne murmure pas encore à l’oreille des chevaux, mais ce soir, ne l’appelez-plus « le Bison ». Il est Robert Redford en toute modestie et simplicité. C’est ce qui ressort de ces âmes humaines. De la simplicité, du bonheur, des drames certes comme dans toutes les vies mais compensés par cette solidarité, ce lien invisible qui unit tous ceux qui gravitent autour du ranch sans nom, qui relie les générations. La vie est belle dans un ranch du Wyoming. Elle est rude, à l’image de son climat, mais elle apporte un tel sentiment de sérénité et de bien-être. Tenez, je crois que le « Bison Bob » aimerait même y être enterré pour retrouver la paix éternelle.

« Il savait d’expérience que la violence arrive quand elle en a envie et qu’elle vous trouve si elle vous veut, exactement comme la foudre. C’est la femme fragile à laquelle on ne prête pas attention, qui garde son verre de vin entre ses mains jusqu’au moment où elle répand le contenu et vient planter un couteau à viande dans la nouvelle épouse de son ex-mari, c’est le grand garçon désolé sorti des champs pétrolifères qui a pété les plombs lors d’une bagarre, ou encore la boucherie toute fraîche d’un accident de voiture, et ce soir ce ne pourrait être rien du tout. »

Je sais que vous vous demandez ce que peut faire le shérif Carlson de son cadavre. Après tout, ici, cela n’a guère d’importance. Nous sommes dans un roman de Mark Spragg, et l’enquête ou la résolution de l’affaire n’a pas lieu d’être. Je ne dirai pas que tout le monde s’en fout royalement de ce gosse cramé, mais l’histoire est ailleurs, la vérité aussi. A Ishawooa, l’humain prédomine avec ses aspérités, ses peurs, ses rancunes. A Ishawooa, l’humain n’est qu’une aiguillette perdue au milieu d’une immense botte de foin, elle-même encore plus perdue au milieu de cet Ouest sauvage. Le cosmos n’existe pas là-bas, il se résume à ces montagnes, ces plaines et ces rivières à l’eau glacée qui procure tant de bien lorsqu’on y plonge torse nu.

A Ishawooa, le « Bison Bob » n’a pas perdu son temps car il a vécu de grands moments d’émotions et découvert ainsi des gens de valeurs qui aiment la Terre, qui partagent ce sentiment d’appartenir à une peuplade à part au milieu des grands espaces et une femme qui boit presque plus que lui. Ce « De Flammes et d’Argile » a marqué son esprit et l’envie de découvrir les deux premiers tomes de cette trilogie s’est vite fait ressentir. D’ailleurs, il parait que Robert Redford, le grand, le beau, le blond, a interprété le rôle d’Einar dans un précédent opus « Une vie inachevée », film de Lasse Hällstrom.

« Dans le couloir, il versa le reste des glaçons dans sa bouche. En l’entendant fermer à nouveau le robinet, il avala un filet de glace fondue/ Il se sentait aussi vide qu’à dix-neuf ans, quand sa mère était partie et qu’il avait trouvé son père mort dans l’écurie, vêtu de son unique costume, le pistolet sur les genoux, la cervelle explosée, projetée sur l’étai vertical et sur la poutre usée sur le côté de la stalle. Il comprenait comment une telle chose pouvait arriver. »

Le « Bison Bob » tient également à remercier, dans le cadre de l’opération ‘masse critique’, le site Babelio et les éditions Gallmeister pour la confiance qu’ils ont mis entre ses sabots et ses yeux afin de découvrir ce dernier roman de Mark Spragg.

3 commentaires
  1. 23 octobre 2012 , 11 h 51 min - phil prend la parole ( permalien )

    C sur que si tu vas du cote de Yellowstone tu seras protege !
    Et tu auras toute l’herbe et des gisements d’eau qu’il te faudra !

    • 23 octobre 2012 , 16 h 46 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      le Bison ne boit jamais d’eau pure. Ça rouille ses vieilles articulations !

  2. 23 octobre 2012 , 18 h 43 min - phil prend la parole ( permalien )

    pourtant c avec la meilleure eau que l’on fait les meilleures bieres ou les meilleurs whisky …

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