Mille Femmes Blanches [Jim Fergus]

Par le Bison le 7 avril 2013

Nom de code : FBI, « Femmes Blanches pour les Indiens ».

Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller…

Tel est le nom que porta ce programme secret, décidé entre le président des États-Unis d’Amérique Ulysse Grant et le grand chef cheyenne Little Wolf.

Nous sommes en 1874 dans les grandes plaines de l’Ouest américain encore sauvage. Little Wolf, grand chef cheyenne doit rencontrer le président Grant pour lui proposer cet étrange deal. Little Wolf voit en ce marché le moyen de survivre pour son peuple aux abois. En échange de milles femmes blanches, le chef propose 1000 chevaux, pur-sang bien évidemment, plus quelques broutilles. Little Wolf entend ainsi renouveler son cheptel. Il espère surtout que, grâce à l’apport de ces milles femmes, fertiles et fécondes, le peuple cheyenne pourra survivre encore quelques années supplémentaires. Il souhaite également pourvoir se rapprocher du peuple blanc et ainsi mieux se comprendre pour vivre en harmonie avec ces blancs qui se sont déjà incruster sur les terres de ses ancêtres. Mission Top Secret (mais pas Impossible) : on pourrait penser qu’un peuple civilisé comme le peuple Blanc soit offusqué d’un tel marché, de voir considérer ses femmes blanches comme de simples marchandises, comme un simple troupeau de femelles américaines.

Franchement, vu la façon dont j’ai été traitée par les gens dits « civilisés », il me tarde finalement d’aller vivre chez les sauvages.

Mais, en secret, dans les coulisses du pouvoir, c’est tout autre chose. Des tractations sont menées et si officiellement le projet est trouvé ridicule, officieusement, l’échange va bien avoir lieu. Les américains veulent agrandir leur territoire et chasser encore plus les indiens de chez-eux et récupérer ainsi le plus rapidement possible leurs terres riches en or. Sauf qu’il fut difficile de « recruter » mille femmes blanches pour les envoyer « chez les sauvages ». Alors l’état a puisé dans les prisons et les asiles de fou pour en retenir un premier lot en échange de leur liberté.

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« J’avais eu beau m’envelopper d’une couverture, je sentis en sortant la morsure du vent sur mes joues. Nous avons monté le camp au détour d’une mince rivière, bordée de hautes plaines nues. Un paysage désolé, sans intérêt ni rien pour stopper le vent dont les rafales fondent des crêtes lointaines pour assaillir notre petit groupe de tentes collées les unes aux autres, si fragiles et si vulnérables. Nous sommes bien minuscules comparés à la puissance des éléments ! Il n’y a rien d’étonnant à ce que ces gens soient si superstitieux face à eux. Ni qu’ils s’efforcent de gagner les bonnes grâces des dieux des quatre points cardinaux, du ciel et de la terre, sans compter les esprits des animaux sauvages et du temps, car nous vivons à leur merci. Dans cette optique, les Blancs bâtissent leurs forts et leurs maisons, leurs entrepôts et leurs églises comme autant de remparts peu convaincants devant l’immensité d’une Terre qu’ils sont incapables d’aimer, d’un vide qu’ils tentent vainement de combler. »

Milles femmes blanches ou les carnets de May Dodd. Il s’agit en fait de retracer la fin d’un peuple à travers une voix, celle de May Dodd, une femme qui a fait partie du premier volet d’échange, une femme injustement internée en asile psychiatrique par ses parents simplement parce qu’elle aimait la mauvaise personne. Tout au long de son périple, elle consignera dans un journal intime ses impressions, ses sentiments, sa nouvelle vie à la fois passionnante, émouvante et d’une profonde tristesse. Elle deviendra réellement amoureuse de son peuple d’adoption et connaissant parfaitement l’âme des Blancs, elle saura très tôt que le peuple indien vit ses derniers moments de liberté et de vie. Elle se rend compte que les plus sauvages et les plus barbares ne sont certainement pas ces indiens, décrits comme un sous-peuple, mais bien son peuple d’origine, les Blancs arrogants et supérieurs.

Jim Harrison parle de ce livre comme « (…) un roman splendide, puissant et engagé. »

Personnellement, cette phrase m’aurait suffit amplement pour me convaincre d’entreprendre une telle lecture. Mais s’il reste encore quelques sceptiques, je vous propose encore un nouvel extrait… Tavernier, une eau-de-feu !

« Ce soir la lune est cachée, le vent a repoussé les nuages et la voûte céleste brille au-dessus de moi. Je regarde, accroupie, les milliards d’étoiles et de planètes et, curieusement, ma propre insignifiance ne me fait plus peur comme autrefois. Elle me parait au contraire rassurante, puisque j’ai maintenant le sentiment d’être également un élément, si minuscule soit-il, de l’univers complet et parfait… Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller… »

Échange 1000 bouteilles de rye et poussière contre mille femmes blanches ;)

Hugh !

Et nous revoilà en marche… Nos chevaux trottant partent retrouver la plaine, où le Peuple suit le Bison, lequel suit l’herbe verte qui, elle, naît de la Terre.

Mille Femmes Blanches, une transaction sous la contrainte !


10 commentaires
  1. 7 avril 2013 , 18 h 08 min - manU prend la parole ( permalien )

    1000 ?
    Essaie déjà d’en contenter une seule correctement !!!…

    • 7 avril 2013 , 19 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Hou la la, l’ami…
      Moi je veux les 1000 bouteilles de whisky !
      C’est beaucoup moins d’emmerdes !

  2. 7 avril 2013 , 18 h 36 min - valentyne prend la parole ( permalien )

    Je suis totalement convaincue par ton avis ….
    Et si en plus il y a des bisons et des chevaux…….

    • 7 avril 2013 , 20 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il y a plus de chevaux que de bisons…
      Les chevaux sont élevés, les bisons massacrés !
      Mais la lecture fut convaincante…

  3. 7 avril 2013 , 18 h 58 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Non, non, non, je ne succomberai pas à la tentation ! Pourtant, il a l’air bien intéressant, ce livre…

    • 7 avril 2013 , 20 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Si, si, si, tu peux succomber. Un auteur à découvrir, si ce n’est déjà fait… Ces ‘Mille Femmes Blanches’ fut son premier roman. Depuis d’autres ont suivi… Pas encore moi, parce que je ne veux pas trop succomber à la tentation.

  4. 7 avril 2013 , 22 h 38 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Un livre formidable et un bon disque.Le Bison est à la hauteur,au garrot et au galop.

    • 8 avril 2013 , 19 h 51 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pour le disque, je ne connais que mal le groupe. Mais quand on parle Indiens, j’imagine en premier lieu le rock de Blackfoot, No Reservations.

  5. 10 avril 2013 , 8 h 23 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Je ne connais ce livre que de nom. Je ne savais pas de quoi ça parlait.
    Merci pour ta participation et à bientôt.

    • 10 avril 2013 , 13 h 55 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      L’histoire est simple : peut-on échanger des Pouliches contre des Pur Sang ?

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