La vierge froide et autres racontars [Jørn Riel]

Par le Bison le 25 octobre 2012

Catégorie : 2 étoiles, Europe

« Monsieur Joenson chanta les louanges du vin et de la viande. Il rota régulièrement et presque sans bruit, ce qui impressionna beaucoup William. »

Au menu, eau-de-vie distillation maison, ragout de phoque et steak d’ours. Il me faut un truc qui colle à l’estomac pour supporter les fraiches matinées du Groenland. Bon, au pire si j’ai froid, je mettrai mon Damart au lieu d’exhiber mon torse nu histoire d’afficher mon superbe tatouage, style dragon qui crache du feu et étire ses ailes sur toute la largeur de mon dos aux muscles saillants.

Je me demande pourquoi je suis parti là-bas sur la glace.

Besoin de rencontrer des hommes, des vrais, des bourrus et des bourrés.

Besoin de se retrouver avec soi-même, de s’isoler et de faire le point sur sa propre expérience, sur ses rêves et espérances d’un monde devenu trop lointain.

Besoin de vivre des aventures extraordinaires sur la calotte glaciaire, de côtoyer des types à l’esprit loufoque dans une ambiance presque surréaliste.

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« Après le café, allongés, ils laissèrent le schnaps leur réchauffer le sang dans tout le corps et prirent plaisir au magnifique spectacle. La glace étincelait et flamboyait dans la lumière du soleil ; la grande coulée de glace, par laquelle ils étaient montés, mouillait comme un long coup de langue la vallée couverte d’herbe. Ils voyaient les sommets des montagnes de la côte, pointus comme des alênes, et la mer qui était verte et ressemblait plutôt à une prairie de printemps. »

Au final, je me suis un peu ennuyé sur la banquise. J’y ai rencontré des hommes et des hommes que des hommes. J’y ai vécu des histoires drôles, parfois poilantes, d’autres nostalgiques, légèrement burlesques. J’y ai bu, beaucoup bu, du schnaps et de l’eau-de-vie maison qui tient chaud et qui éloigne les velléités de civilisation. Oui avant de m’embarquer sur le bateau, j’espérai rencontrer Paul-Emile Victor, je croyais me marrer comme avec ce vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire et qui se fit la malle et qui venait d’un pays presque aussi frigorifié que celui-là. Je voulais faire le point sur la solitude des hommes, et découvrir à la manière d’un Brautigan le quotidien totalement banal de ces hommes. Il m’a manqué quelque chose : pas du schnaps, indispensable à la survie, mais des femmes. Il y a bien un coq, un cochon, certains s’en contentent même. Dur de s’imaginer une vie sans femme (je n’imagine pas une vie sans schnaps non plus, mais au moins le schnaps je peux le distiller, alors que la femme ne reste que rêve et chimère).

« La femme devient en Arctique une entité lointaine et imaginaire, à laquelle on ne fait allusion qu’avec des tournures vagues et prudentes. Il est extrêmement rare d’y entendre parler de cette créature d’une manière grossière ou obscène. »

Même avec cette absence du sexe faible, je penserai que les gars se lâcheraient, qu’ils se la joueraient dans l’érotisme de leur rêve, peut-être même que des femmes de petite vertu avaient pris le même bateau que moi pour ces hautes latitudes… Mais non, même la vierge froide ne m’est pas accessible. Je n’ai pas les moyens de me l’offrir…

Malgré tout, je remettrais ma chapka en peau de phoque, mes chaussettes en poil d’ours, juste pour vivre quelques nouvelles de ces vieux trappeurs et comprendre leur solitude et m’immiscer dans leur esprit plaisantin (et aussi parce que j’ai un second volet de ces racontars signé Jørn Riel). Juste pour rêver de beignets aux pommes lorsque allongé sur la glace je regarderai la lumière du soleil qui s’apprête à s’éteindre pendant 6 mois…

« - Emma, tiens, c’est comme si elle était faite rien qu’avec des beignets aux pommes. Les fesses, les seins, les joues et tout et tout. Rien que des beignets, mon garçon. Et au milieu de toute cette pâtisserie, deux yeux bleu ciel et une moue rouge. »

10 commentaires
  1. 25 octobre 2012 , 16 h 16 min - phil prend la parole ( permalien )

    C’est ca la solitude du froid
    Kiki devient tout rikiki,
    Alors les femmes sont parties …
    Alors tu bois !

    • 25 octobre 2012 , 16 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Triste vie que ces hommes du Grand Nord. Heureusement qu’il me reste ma bouteille de Gordon’s !

  2. 25 octobre 2012 , 19 h 15 min - phil prend la parole ( permalien )

    oui je vois ca ! tu as du schweps ??

    • 25 octobre 2012 , 19 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      seulement pour aromatiser ma fin de Gordon’s…

  3. 26 octobre 2012 , 9 h 45 min - phil prend la parole ( permalien )

    je ne me rappele plus le gout que ca a … ca fait tellement longtemps …

  4. 26 octobre 2012 , 20 h 25 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Ah,ces racontars du Nord,j’adore.J’en ai lu,je crois,quatre ou cinq recueils,.J’aime bien ces Pieds Nickelés,enfin ces Raquettes Nickelées.

    • 28 octobre 2012 , 17 h 52 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ces gars du Grand Nord ne m’ont pas convaincus, et leurs histoires pas franchement (fraîchement) emballées…

  5. 9 novembre 2012 , 16 h 17 min - Laure prend la parole ( permalien )

    Quel est donc le titre de ce superbe bouquin de Riel ( dans le Gd Nord, pas en Papouaisie) que j’aime tant ? celui avec un petit fils et sa gd mère ,? tu vois…

    • 9 novembre 2012 , 20 h 22 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’aurais tendance à dire ‘Le Jour Avant le Lendemain‘, l’histoire d’une vieille Ninioq et de son petit-mioche Manik, tous deux partis sur l’île de Neqe encore plus au Nord pour faire sécher le poiscaille…

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