Nouveaux contes de la folie ordinaire [Charles Bukowski]

Par le Bison le 10 octobre 2012

« Cette nouvelle est une fiction. Tout évènement similaire survenu dans la réalité et connu du public n’a absolument pas influencé l’auteur dans le choix de ses personnages. Autrement dit, j’ai laissé courir mon esprit, mon imagination, mes facultés créatrices, en un mot, j’ai tout inventé. Certains verront dans mon récit le fruit de quarante-neuf années passées en compagnie des humains. Je n’ai copié aucun fait, aucune affaire précise, et n’ai pas cherché à blesser, à impliquer ou à condamner ceux de mes frères humains qui vécurent des évènements analogues à l’histoire que voici… »

Portrait type du lecteur assidu de Bukowski. On peut tomber par hasard sur une de ces nouvelles, aimer ou détester, mais lorsqu’on y revient, c’est signe que la plume de Hank nous a harponnés.

Je l’imaginerai volontiers obsédé : obsédé de la femme, de ses grosses cuisses, de son gros cul, de ses nichons en poire ou en pastèque. Je l’imagine toujours prêt à baisser son calebut et à sortir son gros poireau, prêt à enfourner le premier trou à portée de main de queue.

« - Tu n’as pas confiance en moi ?

- Plus que jamais, Dieu sait pourquoi d’ailleurs.

- N’empêche, j’ai baisé ta femme.

- Bah ! Je crois que c’est une bonne chose. Je suis fatigué de la baiser. Tout homme se fatigue de baiser sa propre femme. »

Je l’imaginerai légèrement vulgaire : plaisir du mot qui choque, du mot cru où un chat est appelé un chat et une chatte appelée une chatte. Après tout, Hank parle la rue, parle la vie, il parle comme toi et moi, dans l’intimité d’une soirée arrosée entre potes ou copines.

« Écoute, a dit Jimmy, tu crois pas que tu devrais fermer ton peignoir ?

- Et alors, t’as jamais vu de queue ?

- c’est à cause de tes couilles ! Elles sont grosses, poilues, c’est affreux !

Je n’ai pas fermé mon peignoir. Je n’aime pas qu’on me donne des ordres. »

Je l’imaginerai avec un penchant sur la bouteille. Pas un grand cru classé, non juste un rouge qui tâche, trois packs de bières, ou un whisky. Bon OK, dans ces histoires, Hank boit, certains  diront beaucoup, avec excès même. Mais qu’est-ce que l’excès ? Est-ce que gerber ses tripes le lendemain matin est signe d’excès ? Après tout chacun son transit… Non, Hank boit un peu pour oublier, un peu pour passer le temps, un peu pour s’amuser, un peu pour faire chier les autres, un peu par plaisir, un peu par ennui, un peu pour trouver belle la grosse qui est dans son pieu… Tous ces « peu » mis bout à bout procure une soirée monumentale où au final tu te réveilles le lendemain la gueule dans le cul, la gerbe collée au menton et le proprio venu gueulé sur ce bordel nocturne.

« Qu’il me pique ma femme si ça lui chante, mais pas touche à mon whisky ! »

Je l’imaginerai solitaire. Quand tu lis Bukowski, tu te retranches chez toi, comme dans un monastère grecque, l’ouzo en moins. A ces lectures subversives, les filles te fuient. Elles veulent bien de ce vieux dégueulasse mais pas d’un pauvre ersatz. Alors t’es seul, avec tes livres de Hank, et entre deux lectures, tu bois et tu te branles. Il n’y a pas d’autres alternatives. C’est la déchéance du lecteur de Bukowski.

« Tu sais, quand je suis pas en train de me branler ou de fumer des joints, je lis des livres, des tas de livres. »

Je l’imaginerai obnubilé par le sexe. Car dans la vie, il n’y a que le sexe. Le sexe, la femme de l’autre, le cul de la voisine. Le sexe sans lendemain apporte tant de plaisir. Pas autant que sur un champ de courses, l’adrénaline de la dernière ligne droite quand le bourrin sur lequel vous avez parié le loyer du mois ou la pension alimentaire de l’autre pétasse remonte de la dernière place… à l’avant-dernière place.

« C’est chouette de coucher avec la femme d’autrui mais tu sais qu’un jour tu te feras prendre les fesses à l’air. Ça donne du piquant à l’action. »

Je l’imaginerai facilement en conseiller, fiscal ou familial, le genre de pote toujours prêt à rendre service, à vous soutenir. Hank sera toujours là pour vous prodiguer de bons conseils, pour vous sortir du pétrin et vous aider. Quelques soient les situations les plus improbables, sachez que Hank les a vécu bien avant vous. Il a l’expérience derrière lui et saura remédier à ces difficultés inopportunes pour vous tirer d’affaire. Hank est un sage, un sage expérimenté qui s’est fait un devoir d’aider son prochain. Alors suivez ses bons conseils, ils vous rendront grandement service.

« Une fois, j’ai été obligé de me taper une fille des plus chouettes, Mary, dans les toilettes pour dames d’un garage Standard. C’était difficile de trouver une position (personne n’a envie de s’allonger par terre dans une pissotière), et faire ça debout ne collait pas – très inconfortable. Brusquement, je me suis rappelé une astuce que j’avais apprise dans le chiotte d’un train en traversant l’Utah, avec une petite Indienne pintée au vin rouge. J’ai dit à Mary de passer une jambe par-dessus le lavabo. J’ai fait la même chose et j’ai fourré mon outil là où il était attendu. Ça marchait au poil. Rappelle-toi, ça peut toujours servir un jour. On peut même se faire couler de l’eau chaude sur les couilles, ça fait une sensation de plus. »

Je l’imaginerai poète. Car lire Bukowski revient avant tout à savourer un brin de poésie perdu au milieu d’immondices. Le coup de l’hirondelle blessée dans la neige, ça me troue le cul. Il n’y a que Hank pour faire ressortir une telle beauté, un tel moment d’émotion et d’égarement.

« Je tiens à préciser que j’ai toujours redouté la constipation plus que le cancer. Si je passe un jour sans chier, impossible de faire quoique ce soit, de sortir. Je suis tellement désespéré que j’essaie de me sucer la queue pour me débloquer le système, pour que ça se remette à circuler. Et quand tu essaies de te sucer la queue, tu n’arrives qu’à te tordre horriblement les vertèbres, la nuque, les muscles, toute la carcasse. Tu essaies de bander aussi raide que tu peux et tu te plies en deux comme un type à la torture, les jambes autour du cou et coincées dans les montants du lit, le trou du cul palpitant comme une hirondelle blessée dans la neige, tout noué contre ta panse à bière, les tendons tendus à casser, et le plus dur c’est qu’il ne te manque pas vingt centimètres, ou trente, mais quelques millimètres à peine, entre le bout de ta langue et le bout de ta queue, aussi infranchissables qu’un gouffre de cent kilomètres. Dieu, ou le Diable, savait ce qu’il faisait quand Il nous a conçus. »

Mais avant tout, je l’imaginerai aussi philosophe. Car le vieux hank, comme je l’ai déjà précisé, a de la bouteille. De l’expérience comme on dit en langage religieusement correct. Il sait où il en est, il sait qu’il est un pauvre raté parmi de nombreux autres raté. ET c’est pour cette raison que je l’aime. Parce qu’il donne voix à tous les paumés de l’Amérique, ceux que les Institutions ont mis de côté depuis trop longtemps, ceux qu’on appelle communément les laissés-pour-compte, ceux qui se retrouvent dans les bars, sur les champs de courses ou dans la rue.

« C’était deux braves filles, Tito et Baby. Elles avaient l’air d’avoir dans les soixante ans, mais elles étaient plus près de quarante. Le vin, la vie. Moi, j’en avais vingt-neuf, et on m’en donnait cinquante. Le vin, la vie. »

ET MOI DANS TOUT CA ? Je me reconnais volontiers dans ces quelques signes distinctifs (normal, c’est quand même moi qui ait pondu ces phrases). Je suis tombé presque par hasard sur de premiers textes de Seigneur Bukowski – les contes de la folie ordinaire. Depuis, je suis devenu accroc, je me reconnais en tant que paumé, en tant qu’ivrogne, en tant qu’obsédé. J’apprécie sa philosophie, j’aime sa poésie, et si je ne comprends rien à ses paris sur les courses de chevaux, je suis le premier à reluquer la grosse qu’il est en train de s’enfiler.

ET MAINTENANT OU J’EN SUIS ? J’ai fini mon bouquin de Bukowski, j’ai fini ma bouteille de Gentleman Jack. Que me reste-t-il dans cette vie ?

13 commentaires
  1. 10 octobre 2012 , 23 h 17 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    L’eau ? … et ma pension !!!

    T’as vu le film ? avec certaines nouvelles du premier ?

    • 11 octobre 2012 , 8 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      L’eau ?

      Tu veux me rendre malade… J’en ai suffisamment bu quand j’étais gamin. Ou seulement en accompagnement d’un pastaga.

      et ma pension !!!

      J’y travaille…

      T’as vu le film ?

      Je présume que tu parles du film de Marco Ferreri de 1981… Non, pas vu… Je ne suis pas sûr d’y avoir envie, même. Cependant avec Ornella Muti…

  2. 11 octobre 2012 , 8 h 21 min - Hahasiah prend la parole ( permalien )

    Il te reste des souvenirs impérissables et peut-être même une sacrée gueule de bois…
    Très beau texte…

    • 11 octobre 2012 , 8 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Oui, des souvenirs impérissables, des fou-rires inoubliables et une bouteille vide…

  3. 11 octobre 2012 , 9 h 04 min - chinouk prend la parole ( permalien )

    je n’ai pas encore eu l’occasion de lire
    Bukowski, bien que ce livre était dans mes mains hier, mais je l’ai reposé le préférant a un autre. Ce n’est que partie remise, car il faut que je découvre l’écriture du pote de Kerouac que j’adore !

    • 11 octobre 2012 , 19 h 48 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Dans mon cas, c’est Kerouac que je n’ai jamais lu. J’en ai eu dans les mains, mais j’ai toujours mis au lendemain cette écriture…

  4. 11 octobre 2012 , 10 h 45 min - phil prend la parole ( permalien )

    Que te reste-t-il ???
    Ta liberte de l’esprit qui est dans l’ici, le maintenant. Ta presence. Et a te lire, tu l’es bien present Bison !

    « L’homme vit consciemment pour soi, mais il sert d’instrument inconscient pour la poursuite des buts historiques, communs à toute l’humanité » Tolstoï

    ou preferes tu un Haiku  » La vie est-elle courte il m’a semblé bien long le rêve que j’ai fait. »

    • 11 octobre 2012 , 19 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pas assez d’esprit pour lire Tolstoï…

  5. 12 octobre 2012 , 9 h 54 min - phil prend la parole ( permalien )

    ben laisses toi guider par le flot de la vie et vas paitre tranquillement ton herbes dans les grandes plaines.
    Gaffes toi cependant de l’Indien derriere toi qui pourrait t’enfoncer une fleche dans le cul !

    • 12 octobre 2012 , 10 h 26 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tant que ce n’est qu’une flèche…

  6. 12 octobre 2012 , 13 h 03 min - phil prend la parole ( permalien )

    c ca ou une tite cartouche, la chasse au bon gros javelot devient rare ! ! !

  7. 13 octobre 2012 , 7 h 29 min - manU prend la parole ( permalien )

    Vous voulez qu’on vous laisse les garçons ?… :D

    Très bien ce texte, vraiment.

  8. 13 octobre 2012 , 11 h 16 min - phil prend la parole ( permalien )

    a l’image de l’homme …

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