Contes de la folie ordinaire [Charles Bukowski]

Par le Bison le 8 octobre 2012

C’est en débouchant une bouteille de Lalande de Pomerol 2007 que j’ai eu l’irrésistible envie de me replonger dans les contes de la folie ordinaire de Charles Bukowski. Ne cherchez pas de rapport entre les deux faits, il n’y en a aucun. Juste un éclair dans mon esprit au moment de verser le liquide rouge dans mon verre.

Pour s’en sortir dans une nouvelle, il faut du cul, beaucoup de cul, si possible.

Voici donc bien l’adage d’un vieux sage ! Ce Bukowski, quel divin et exquis visionnaire ! Quel stupéfiant talent ! Et surtout quelle sublime réflexion ! Du cul, du cul, du cul, le meilleur remède pour débrider une nouvelle. Il n’y a que ça de vrai dans la vie. Et pourquoi s’en priver, puisque c’est ce qui intéresse, ce qui fait débat, ce qui passionne le plus les simples immortels que nous sommes. D’ailleurs, le titre original de ce recueil de nouvelles n’est-il pas : Erections, ejaculations, exhibitions and general tales of ordinary madness. Et de la fesse, vous en aurez à profusion : de la belle ronde à la grosse flasque, de la douce et délectable jeunette à la vieille flétrie et défraîchie. Tous les goûts sont dans la nature, et Bukowski, en grand professionnel et amateur de la « chose », se fera un plaisir, une ambition, un devoir de toutes les essayer, de toutes les caresser voir d’y pénétrer avec sa fameuse tige violacée. Alors, n’ayez pas de honte à lire de la belle fesse, du moment que vous ne vous mettez pas à léchouiller les pages (surtout en public, ça fait désordre dans le métro ou sur un banc public).

En surimpression sur le papier, il y avait une bite à pattes, une ENORME bite à pattes. C’était l’histoire d’un copain que j’avais enculé par erreur, pendant une cuite, en le prenant pour une copine. Il m’avait fallu deux semaines pour virer le copain de chez moi, et l’histoire était vraie.
M. Washington a demandé :
« Vous appelez ça écrire ?

- Je ne connais rien à l’écriture. Mais je trouvais que c’était une histoire amusante. Vous trouvez que ça manque d’humour ?

- Mais cette… cette illustration en travers de la page ?

- La bite à pattes ?

- Oui.

- Le dessin n’est pas de moi. »

Et chaque nouvelle (à l’essence essentiellement autobiographique) de Hank, surnom de Charles Bukowski,  s’enfonce plus profondément dans le délire. Je JUBILE devant autant de drôlerie cocasse, devant les petits malheurs et bonheurs de ce bon vivant. La vie est si courte, le bonheur si fragile qu’il faut en profiter à chaque instant. On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve, alors pourquoi préparer des plans, pourquoi planifier un futur incertain, baissons simplement nos pantalons et baisons juste ensemble ici et maintenant.

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L’imagination de Hank, bien que tournée essentiellement vers le sexe et l’alcool (surtout à la vue des extraits choisis ici pour illustrer sa prose), sait aussi se faire contestataire. Elle est là pour représenter la mauvaise conscience de l’Amérique blanche et ses petits travers. Elle peut s’assimiler à l‘icône de la déchéance humaine dans ce pays épris de libertés et de pouvoirs. Hank râle, Hank conteste, Hank milite, Hank se retrouve du coté des exclus, mais surtout n’allez pas cracher ces mots sur le devant de sa tombe, parce qu’avant tout HANK S’EN FOUT ROYALEMENT !

Chez André, par contre, Wendy gardait les pieds au sol, ce qui permettait de l’invention : rotation, harponnage, plus lent, plus vite, variations…
Tout a une fin. Avec mon pantalon qui se prenait dans les chaussures, la position n’était pas idéale. Je me suis retiré. Je n’ai pas vu où Wendy a atterri, je n’en ai pas eu le temps : juste comme je me baissais pour remonter mes fringues, le type, le gamin, est venu m’enfoncer son doigt dans le cul, le majeur droit, bien raide et bien profond. J’ai gueulé, je me suis retourné et je lui ai balancé mon poing sur les lèvres. Le gamin a valsé. J’ai donc remis mon pantalon, mon caleçon, et je suis revenu m’asseoir, devant le vin et les bières, l’œil mauvais, sans un mot.

Je suis prêt à faire de ce Hank, mon nouveau héros. Par moment, j’aurais envie, moi aussi, d’avoir le courage ou la simplicité d’esprit de tout laisser tomber (y compris mon plan épargne logement, mon plan épargne retraite, mon plan épargne entreprise, enfin tout ce qui comprend le mot « plan »), d’envoyer CHIER tout le monde (petits chefs, grands cons ou petits connards prétentieux, voyageurs inconnus et sans intérêt de la ligne 13…). J’aurais envie de me contenter d’une journée en tête à tête avec mes fidèles amis, un disque de Tom Waits et mes compagnons d’armes Jack et Daniel avec comme unique pensée le néant et comme simple tenue vestimentaire mon caleçon fétiche et sans chaussette.

Vivre l’instant présent, procurer du bonheur autour de soi (surtout aux petites dames, aux vieilles et aux grosses) ou se procurer simplement du bonheur pour assouvir son sentiment de bien-être à chaque minute de cette petite vie, pour atteindre la pleine quiétude de son âme… Ne serait-ce pas le début des préceptes bouddhiques, la recherche d’un nirvana terrestre ? Et si Bukowski représentait le moine zen moderne ? Je vais en faire bondir certains devant la crudité de ses écrits, peut-être même en choquer d’autres, mais à mes yeux Bukowski est un gars qui mérite respect. Son talent indéniable, sans compromis, est présent à chaque page pour nous conter sa vie, LA VIE. Cette vie, faite de petites folies « ordinaires », me montre à quel point le bonheur est souvent difficile à accéder, mais aussi parfois, juste à portée de main, à portée de verre. Les contes de la folie ordinaire fut mon premier Hank. A cet égard, il a marqué indélébilement mon esprit. Jamais avant, mon esprit n’avait tant jubilé devant les quelques bons mots d’un tel écrivain, d’un grand poète.

J’ai trouvé une bouteille chez moi et je l’ai vidée, plus quatre cannettes de bière, et j’ai gratté mon premier papier. Ça parlait d’une pute de cent cinquante kilos que j’avais baisée dans le temps à Philadelphie. Ça faisait une bonne chronique. J’ai corrigé les fautes de frappe, une branlette, et au dodo…

6 commentaires
  1. 9 octobre 2012 , 11 h 13 min - phil prend la parole ( permalien )

    Apres les malheurs de Sophie, y’a ceux de Hank !
    ou apres Diogene, Chogyam Trungpa en voila un autre de Maitre et c Mister Hank ?
    Et dis moi sur ton caleçon fétiche y’a Homere dessus ou c’est une copie de Reiser ??

    • 9 octobre 2012 , 22 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et dis moi sur ton caleçon fétiche y’a Homere dessus ou c’est une copie de Reiser ??

      Chaussettes, cravate et caleçon d’Homer ! Je suis fidèle, j’ai la panoplie complète !

  2. 9 octobre 2012 , 22 h 29 min - manU prend la parole ( permalien )

    Tiens, j’ai servi un Lalande de Pomerol 2008 à mes invités dimanche soir…
    Bon, sinon, suite à la lecture de ton billet, j’ai commencé la lecture de ce livre.
    A la tienne !

    • 9 octobre 2012 , 22 h 40 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      j’espère que tes invités n’ont pas tout bu et que tu as laissé un fond pour Hank !

  3. 10 octobre 2012 , 10 h 03 min - Hahasiah prend la parole ( permalien )

    Moi je reste fidèle à mon « petit » Médoc 1998 (siroté ce week-end avec une babeliote bretonne (non, l’un n’empêche pas l’autre!) qui aime aussi le jus de raisin…5 fruits et légumes par jour qu’il disait…Ok!C’est parti: raisin rouge, raisin blanc, glace à l’armagnac et aux pruneaux (avec le pruneau ça fait 3) et comme il nous manquait deux rations…on a recommencé : raisin rouge, raisin blanc) :)
    Du coup, entre deux verres, nous avons eu une petite pensée pour toi…Si, si c’est vrai!

    A ta santé le Bison!

    • 10 octobre 2012 , 14 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Waouh, si même en Bretagne, on pense à moi… avec en plus un ‘petit’ Medoc dans le pif !

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