Sketches of Spain [Miles Davis]

Par le Bison le 3 novembre 2012

Catégorie : 5 étoiles, Jazz & Silence

Olé !

Hola Que Tal ?

Dos cervezas, amigo !

Des années d’étude et voila la seule et unique conversation que je serai capable de tenir avec la niña d’Andalousie. Magnifique fille du Sud au teint bronzé que je croise à la sortie d’une orangeraie. Moi en sueur, sous ce soleil de plomb, elle toujours fraîche, un panier sur la tête d’oranges juteuses et emplies de soleil.

Je décide de lui parler de ce Concierto de Aranjuez, longue pièce qui ouvre le « Sketches of Spain » de Miles Davis – arrangements et compositions de Gil Evans. Je vois partout écrit que c’est l’album le plus ACCESSIBLE du maître, pour celles et ceux qui ne connaissent pas le jazz, justement parce que ce n’est plus du jazz. Non, ce n’est pas du jazz, c’est la tristesse même, et la mélancolie, c’est tout bonnement la VIE ! Bon préambule pour entamer la conversation avec la belle andalouse : lui parler de ce coté obscur et sombre, celui qui illumine les nuits solitaires, celui qui raconte les histoires perdues d’un héros malheureux dans le folklore espagnol.


Car cet album possède une tristesse intrinsèque, presque étouffante. La seconde petite pièce Will o’ the Wisp, avec sa ritournelle presque répétitive m’angoisserai presque. Elle en devient obsédante et me donnerai presque le sentiment de devenir schizophrène. Oui, elle m’effraie, m’énerve, me terrifie, je ne sais pourquoi, son air entêtant s’insère en moi et fait monter gravement les palpitations cardiaques. Heureusement que ses 3 minutes et 45 secondes se font rapides, et je retrouve le calme apaisant, presque serein avec The Pan Piper. J’observe la lune, je fixe les étoiles, la trompette de Miles me fixe dans la nuit, son regard me perce à nu. Elle marque le début des compositions de Gil Evans qui écrira en plus les deux suivantes.

Saeta ne tarde pas. Une fanfare surgit de la nuit. La revolución ? La garde républicaine ? Où est-ce la mort du taureau qui est annoncée ? Une procession religieuse ? Au-delà de ce début en fanfare, la trompette s’élève encore plus haut. Elle se fait déchirante, sombre, particulièrement émouvante. Je l’écoute presque religieusement. Je m’agenouille et prie la vierge noire. Cela faisait un bail que je n’avais pas voyagé en Espagne, et cet album de Miles ne faisait pas partie de mes habitudes d’écoute. Un tort, surtout si cela facilite la rencontre avec la belle andalouse du premier chapitre, si cela permet de me recueillir avec vous savez-qui.

Mais la lune va bientôt se coucher. Les premiers rayons du soleil font leur apparitions et se reflète dans les ondulations capillaires de cette andalouse. Solea rythme ce changement de nuances dans le ciel. C’est à ce moment là que je me dis que j’ai une sacrée chance d’être ici, que je comprends le bonheur que j’ai d’écouter ce fameux « Sketches of Spain » de Miles Davis. Cet album est tout bonnement fantastique, que dis-je fantasmatique, même plus, fantasmagorique. Et dire que pour ces cinquante années d’existence une version collector est apparue agrémentée de nouveaux titres et de versions alternatives, version que je ne vous parlerai pas puisque je me ‘contente’ de la version originale ; Et c’est déjà pas si mal, puisqu’elle est si belle, cette andalouse avec ses oranges et cette trompette de Miles.

Une grande œuvre, indispensable de Miles – comme tant d’autres, celle qui nourrit ses notes de la profondeur d’Âme.

« Sketches of Spain » [1960], pour voir des andalouses à l’âme catalane…

7 commentaires
  1. 4 novembre 2012 , 10 h 25 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Je connais assez mal Miles Davis et je n’hispanise pas tellement.C’est donc en dépit de toute logique que j’aime beaucoup ces ambiances et sa version de Aranjuez qui m’enchante et m’émeut.Pour toi il est évident que la solidarité des bovidés joue à plein avec el toro.

    • 6 novembre 2012 , 13 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Sketches of Spain, pour ceux qui n’aime pas Miles Davis et l’Espagne ! ;)

      C’est un album différent du Miles, même si la sonorité de sa trompette se reconnait aisément, l’ambiance y est tout autre.
      Un indispensable donc du Miles, comme tous les autres Miles !

  2. 6 novembre 2012 , 10 h 43 min - phil prend la parole ( permalien )

    Idem, moi et l’Espagne, les taureaux … c’est bon quand des samurais visitent le pays ! Oui c du beau Miles qu’on a la !
    Mais l’andalouse avec les oranges sur la tete, moi cette image me fait plus penser a une belle afro, bananes sur la tete que tu aurais rencontre avec ton petit pompon sur la tienne …
    y a bon Banania !

    • 6 novembre 2012 , 12 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Idem, moi et l’Espagne, les taureaux …

      Je me ferais bien des rognons de taureaux… Mum !

  3. 28 mars 2014 , 14 h 28 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Ben forcément si tu me prends par les sentiments !!! ^^

    Aranjuez en plus !!!

    « Olé !
    Hola Que Tal ?
    Dos cervezas, amigo !
    Des années d’étude et voila la seule et unique conversation que je serai capable de tenir avec la niña d’Andalousie. »

    Ben voilà je suis là « la niña de andalousia » c’est MOI… Quand je te dis que tu as besoin d’une traductrice !!!

    Estoy aqui Hombre ! ;)

    :)

    • 28 mars 2014 , 14 h 37 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ho la la… Que calor aquí !

    • 28 mars 2014 , 21 h 14 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Je suppose que tu connais le grand pianiste de Jazz Chick Corea qui a fait également un album m’étant l’Espagne à l’honneur :

      « Spain »

      https://www.youtube.com/watch?v=_o2RS8WfcbY

      Una cerbeza por favor el_bisonte tienne se y calor …

Ajouter un commentaire

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS