M [Joseph Losey]

Par le Bison le 23 octobre 2012

Séance Cinéma-Club au Ranch sans nom. Votre bien-aimé bison se prépare à une petite séquence souvenir de M le Maudit, chef d’œuvre des années trente de Fritz Lang. 1931 pour être précis. Il l’avait vu il y a deçà une grande décennie, mais une piqure de rappel pour ce genre de film ne pourra le nuire. Il s’imagine savourer déjà sa Paulaner, à la mousse bien blanche, une constellation de gouttelettes de condensation s’épanchant sur le bord du verre, le regard porté sur une terrasse de Düsseldorf.

La ville sombre dans la terreur et l’hystérie collective. Un serial-killer, le genre fétichiste des chaussures, bien avant l’heure sévit et s’en prend à des enfants en les attirant avec sucreries et ballons. La police est dépassée, les avis de recherche et appels à témoins sont lancés, les récompenses promises. Le soupçon est partout, les dénonciations calomnieuses sont nombreuses, le plus souvent injustifiées. Le voisin est coupable, à n’en pas douter, il a cet air vicieux et sadique de tueur d’enfants. Oui monsieur, il se promène avec une fillette qui pleure… Les cadavres continuent, la police intensifie les recherches, multiplient les rafles à tout-va et mets en péril le travail de la pègre locale. Cette dernière, avec son formidable réseau de petites frappes, bookmakers et autres dealers, part également à la recherche du meurtrier, qui sera enfin reconnu par un aveugle vendeur de ballons…

Etc, etc… pas la peine de raconter tout le film, non plus. Sauf que…

Sauf que dès le générique le bison est gravement perturbé. Il ne reconnait pas Düsseldorf, ni même Berlin ou toute autre grande cité de l’Allemagne d’avant-guerre. Non, il est bien aux States, à L.A. plus précisément. Point de Fritz Lang au générique, mais M a encore frappé ! Le bison, installé dans son canapé,  ne regarde pas le célèbre M. le Maudit mais son remake de 1951, signé Joseph Losey. Peu importe, après tout, l’histoire est la même, totalement fidèle au film original. Il troquera sa bière munichoise contre un whisky américain. Et puis tout d’un coup, cela lui revient en mémoire – le flash fulgurant qui crépita dans sa tête. Il s’est souvenu qu’un jour l’ami Eeguab avait parlé de ce film de Joseph LoseyM comme Méconnu. Il n’avait pas fait encore le rapprochement…

« La plupart des scènes sont très proches des originales. Et l’on retrouve les grandes figures du magistral opus langien. La mère qui attend Elsie, même prénom, l’aveugle et ses ballons, même si on n’y entend pas Peer Gynt, les figures de la pègre bien sûr très « américaines » qui tiennent un tout petit peu moins de la Cour des Miracles que leurs homologues allemands. Certes le personnage de l’avocat alcoolique et pathétique manque de réserve, certes le monde interlope est plus proche de Hammett que l’entre deux guerres en Allemagne mais c’est bien le moins pour un film qui se revendique tout à fait américain. »

Que penser donc d’un tel remake avec le célèbre Perry Mason et homme de fer, alias Raymond Burr ? Outre le fait que son dernier visionnage du Lang date de plus d’une décennie, ce remake lui ressemble étonnement. L’intérêt ? Ma foi, quel intérêt ont les amerloques à faire des remakes des grands films étrangers. Et puis après tout, est-ce que l’Amérique du maccartisme ne ressemble-t-elle pas à l’Allemagne pré-nazie ? La pègre américaine me semble plus présente dans ce film, dans lequel le bison comprend mieux son implication dans cette affaire, le procès populaire qui s’en suit avec comme Grand Jury la masse ouvrière prête à lyncher le pauvre type allongé par terre, moitié fou, moitié schizophrène, totalement perturbé.

Le bison voulait revoir le chef d’œuvre de Fritz Lang, M. le Maudit. Il vu son remake américain M de Joseph Losey. Et malgré tout, il ne regrette en rien son malencontreuse erreur de réalisateur. Car si M est un remake, il est d’excellente facture et se regarde tout aussi bien que son original. Une scène l’a même marqué. Pourchassé, le psychopathe court dans les rues de L.A. et ayant réussi à semer ses poursuivants mafieux, il s’assoit à la terrasse d’un bar et commande un whisky. Le garçon entre en scène et demande : « Bourbon or Rye ? » Voilà l’Amérique que le Bison aime !

9 commentaires
  1. 24 octobre 2012 , 7 h 42 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Merci cher ami des plaines pour cette citation.J’ai découvert ce film récemment et l’estime beaucoup.Le film de Lang restant bien entendu un sommet.A la tienne et bonne journée,je n’aurais rien contre une petite bière mais un peu plus tard.

    • 24 octobre 2012 , 20 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le M de Fritz reste quand même l’original, une petite merveille, un indispensable du patrimoine mondial cinématographique…

      Pas très matinal pour la bière ?!

  2. 24 octobre 2012 , 8 h 08 min - phil prend la parole ( permalien )

    Et t’as la version francaise ?

    • 24 octobre 2012 , 22 h 34 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Trois bourbons et tu deviens bilingue…

  3. 25 octobre 2012 , 11 h 05 min - phil prend la parole ( permalien )

    euhhhh la tu t’avances un peu ou tu as oublie dans les detours de ta memoire l’interet que j’ai pour ces langues !
    je les aime plutot douce, chaude, humide, titillante et plutot silencieuse !

  4. 22 juin 2015 , 18 h 39 min - Princécranoir prend la parole ( permalien )

    Hey toi, dis-moi que tu M ! (fallait Losey). Quelques whiskys aidant, on se pétrirait même la terre glaise tout en s’astiquant le lacet en regardant ces trucs de pervers ! Quant aux ballons, j’ai toujours préférés ceux de rouge à ceux que l’on remplit d’air.

    • 22 juin 2015 , 20 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      S’astiquer le lacet… Tu parles de ton expérience personnelle… Moi je m’astique plutôt le « boute » ! mais je te suis pour les ballons de rouge ou de blanc même, je ne suis pas raciste…

  5. 22 juin 2015 , 22 h 44 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Je ne connais pas ce film, ni la nouvelle, ni l’ancienne version. L’extrait est très prenant quand la mère regarde l’horloge… l’angoisse est palpable !

    Et puis c’est le genre de film qu’il faut regarder en V.O pour l’ambiance.
    Ambiance très Hitchcockienne je trouve …

    Le Boute …. tiens je ne connaissais pas cet expression ^^

    • 22 juin 2015 , 23 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      La corde si tu préfères, mais en version maritime ! C’est quand même plus flatteur qu’un lacet…

      Mme n’a pas vu encore le M de Fritz Lang, mais comment est-ce possible…

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