Abstracts [Joachim Kühn]

Par le Bison le 5 octobre 2012

Catégorie : 4 étoiles, Jazz & Silence

Seul face à son piano.

Un Joachim Kühn comme je l’aime.

De longues pièces, parfois – souvent – toujours – abstraites.

1994, « Abstracts », Label Bleu.

Mes oreilles se demandent encore où est l’harmonie fluide d’une musique qui s’échappe du carcan jazz. Car si, de prime abords, elle parait déglingué, sans réel schéma ni thématique, la musique gagne en liberté comme guidée par les mains d’un vieux fou atteint doublement des maladies d’Alzheimer et de Parkinson. Façon humoristique de dire qu’avec Joachim Kühn, je ne sais jamais à quoi m’attendre lorsque je démarre une nouvelle galette, pur produit de l’imagination d’un esprit teutonique et déroutant.

Je le prends donc volontiers pour un fou. Mais de sa douce folie émane de la poésie et du rêve. Sa musique part dans tous les sens comme le flot impétueux d’une rivière de montagne après la fonte des neiges. Les notes se bousculent, s’entrechoquent, écument de rage et de passion. Elles s’aventurent au-delà de son lie ne sachant comment atteindre la rive. Elles grondent et bouillonnent avant de se déverser dans une fulgurante cascade imaginaire.

Dans ce disque, Joachim est tout seul. Pas le temps donc pour une temporisation, pour reprendre son souffle, pour laisser place à l’intimité que peut procurer un homme nu face à son piano. Ma précédente écoute était avec son compatriote Michael Wollny, ce dernier jouant le rôle du jeune garde-fou veillant pieusement sur son ainé. Là, point de limite, le piano est totalement débridé annonçant une accumulation de notes tout aussi désarticulées que déroutantes. Ce disque ne conviendra donc pas à toutes les oreilles. Il faut juste éventuellement être soi-même légèrement déglingué pour apprécier à sa juste valeur ce flot intrépide de notes formant une harmonie presque abstraite.

Un commentaire
  1. 6 octobre 2012 , 9 h 32 min - phil prend la parole ( permalien )

    c’est que cher Bibison tu es rentre plus loin que la seule ecoute des notes de musique. Tu es dans l’interiorite. Les notes tel des koans s’entrechoquent te bousculent, te liberent, te retiennent, te relachent tout est dans ta finesse d’ecoute et ta part emotionnelle. Cela te permet de te laisser aller juste avec un leger controle qui te rappelle de toujours avoir une presence, un ancrage au sol …
    bonne ecoute !

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