Le Printemps de la Liberté [Camara Nangala]

Par le Bison le 18 septembre 2012

Catégorie : 4 étoiles, Afrique

Wonouplet, jeune étudiante en anglais, appartient à une nouvelle génération de femmes africaines. Elle aspire tout naturellement à plus de libertés, de choix et d’actions. Loin d’être une douce utopie, ses aspirations ne semblent guider que par l’obtention simple de droits purement légitimes, dont le plus grand : celui de choisir son homme et de l’aimer sans subir les pressions masculines et sociales d’un monde africain dont les traditions misogynes sont encore trop lourdement ancrées dans les esprits des anciens et surtout des profiteurs.

Il est vrai que l’empreinte de l’éléphant dans la boue sert de nid au crapaud !

De retour chez elle, pendant les vacances scolaires, elle croise dans un taxi brousse, un homme au regard taciturne et à la barbe hypnotisante, Pessa, poète et passionné de jazz. D’ailleurs ne serait-ce pas une de ses œuvres, considérée comme subversive par le pouvoir en place, qui circule clandestinement dans les chambres du campus universitaire ? Une passion va lentement naître de cette rencontre, et l’univers de Wonouplet va basculer vers un activisme de plus en plus engagé.

« Le printemps de la liberté » sera le roman destiné aux amoureux de l’Afrique, à celles et ceux qui veulent plonger dans les pistes rouges de latérite, qui veulent voyager en dehors des sentiers battus de l’Afrique noire, loin des grands hôtels 5 étoiles destinés aux touristes ou aux nombreuses maitresses des gouvernants et autres potentats du pouvoir. Le roman se veut engagé et dénonce sèchement la corruption (oups lapsus de mon clavier), je voulais dire les erreurs malencontreuses de gestion (c’est ainsi qu’est appelée la chose dans ce pays). Sous l’histoire d’amour qui au fil des pages va unir nos deux protagonistes Pessa et Wonouplet, le roman deviendra le parfait manifeste d’une jeunesse en devenir. La poésie, le jazz et la liberté se rencontrent pour refaire ce monde imparfait qu’ont créé les puissants despotes et leurs sbires à leurs gloires éphémères. Le message est clair : la jeunesse a trop souffert de ces oppresseurs qui les « gouvernent » et les méprisent. Il est temps de relever fièrement la tête et d’arrêter tout compris avec ceux qui détruisent à petits feux leur si beau pays, pur joyau naturel qui doit, tout en conservant certaines de ses traditions ancestrales, poursuivre la marche en avant d’un avenir libre, pour le bien de la patrie et de l’humanité.

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« Un air musical – qui convie au recueillement – flotte au salon. Les haut-parleurs distillent les morceaux choisis de Louis Armstrong. Pessa invite Wonouplet à s’installer en face de lui. Sans plus lui accorder la moindre attention, il s’enferme dans une attitude de concentration quasi mystique. Il écoute de toutes ses fibres, de tout son être.
Wonouplet a souvent entendu les titres d’anthologie de celui que les mordus du jazz appellent avec affection et déférence le pape Louis Ier. Mais, jamais elle n’a été autant pénétrée, autant chavirée par sa puissance d’évocation du martyre de ses frères de race noire. Le calme et le silence des lieux, le petit côté mystérieux de la maison, l’attitude recueillie de Pessa sont autant de facteurs qui contribuent à caresser sa fibre essentielle, à flatter généreusement son âme, à la plonger dans une sorte de nirvana.
Et comme des gouttes de cristal pur, tombent les premières notes de Nobody knows the trouble I’ve seen. Un fluide étrange et mielleux envahit Wonouplet. Elle est prise de part en part par cette musique extraordinaire avec laquelle elle fait corps. Et toutes ses fibres participent de la même vibration qui insuffle un baume merveilleux dans les profondeurs les plus intimes, les plus insondables, de son âme. Elle est foudroyée. Littéralement.
Pessa lève sur elle un regard embué de larmes. Le fleuve de l’émotion entre en crue en elle. Pessa ne dit pas un mot mais ils se sont compris. La magie des notes de musique, la voix de Louis Armstrong, imposante et savoureuse, l’évocation de la plus grande tragédie de l’humanité ont opéré en lui une métamorphose plurielle. »

Et comme des gouttes de cristal pur, tombent les premières notes de Nobody knows the trouble I’ve seen… Louis Armstrong !

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« La voix rocailleuse de John Lee Hooker monte des confins des mouroirs pour nègres qui firent jadis la fortune du Sud profond des États-Unis. Au milieu des décombres de voitures accablées par l’insulte du temps, elle chante l’amour et l’espérance. Elle rallume la flamme de l’espoir. L’espoir d’une aube nouvelle. L’aube tant attendue. Les doigts rugueux de John Lee Hooker courant sur les cordes de sa guitare sèche – dans la pure tradition des antiques chanteurs de blues, ces vagabonds de l’amour – font vibrer les carcasses calcinées des automobiles qui jonchent le vieux sud.
Dès l’aube de sa vie, l’univers du virtuose de la guitare qu’est John Lee Hooker – comme celui de nombre de ses frères nègres de ce pays qui se targue d’incarner la liberté – fut bâti de misère, de privations, de coups de fouet, de coups de pied au cul, de pendaisons, d’assassinats, de survie tragique au quotidien. Sa guitare – acquise au prix de tant de sacrifices – lui a offert la voix royale de l’élévation sublime ainsi qu’à ses frères qui chantent et dansent leur saoul pour oublier, pour conjurer le mauvais sort, pour déjouer les machinations démoniaques du Blue Devil. De là, l’élan fantastique du blues.
La voix traînante de John Lee Hooker semble repousser obstinément le flux ravageur du désespoir, de la mort lente. Chaque chanson est une opportunité de jeter dans le combat pour la vie toute sa dévotion, tout son dévolu, comme si l’apocalypse était pour l’instant d’après. Cette voix a quelque chose d’obstiné, de résolu, d’absolu ; quelque chose de renversant, de bouleversant ; quelque chose qui prend d’assaut, et le corps, et l’esprit, et qui les pétrit rythmiquement dans le spleen. Elle exprime la misère, la souffrance, l’humiliation, la solitude de l’homme d’ébène qui endure la plus tragique destinée de tous les temps. »

La voix rocailleuse de John Lee Hooker sur Love Blues !

Blue Devil… Les écoutes musicales de Pessa ont quelque chose de démoniaques, le genre à vous prendre les tripes, à vous les entortiller dans tous les sens pour vous faire cracher la bile de vos émotions.
« Le printemps de la liberté », un roman pour les passionnés d’Afrique noire et de jazz et de blues…

Et si on poursuivait la découverte du blues de Camara Nangala :

« Ah, Sonny Boy Williamson ! Quel souffle prodigieux dans ce petit corps d’ébène ! Son harmonica pousse sa longue, très longue complainte ; tantôt craintive, douce, caressante, veloutée ; tantôt capricieuse, chevrotante, nerveuse, survoltée. Et qui s’échappe par étirements successifs comme un envol d’aigles royaux. Il chante : Don’t lose your eyes, let your conscience be your guide, I dont know why, I never do wrong, Stop crying. C’est la douceur du blues authentique quand apparait dans le ciel des plantations de tabac, de coton et de cannes à sucre le Blue Devil. L’élan de l’espoir et de l’amour au cœur de la tragédie de l’esclavage. »

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Sonny Boy Williamson et son harmonica : Stop Crying !

Pour ceux qui veulent marcher sur la terre ocre en écoutant les racines du blues…

14 commentaires
  1. 19 septembre 2012 , 7 h 45 min - Myrtille prend la parole ( permalien )

    Très tentant comme lecture, hop, dans mon pense-bête ^_^

    • 19 septembre 2012 , 9 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Du jazz, de l’amour et de la poussière…
      Que demander de plus ?
      Du Blues…

  2. 19 septembre 2012 , 10 h 09 min - phil prend la parole ( permalien )

    et des choix d’extraits pleins d’erotisme, de jouissance !
    c’est pas du pain qu’on demande, c’est encore du plaisir !

    • 19 septembre 2012 , 10 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quand on cause Afrique, on pense jouissance. Cela va de paires, mon cher !

  3. 19 septembre 2012 , 15 h 01 min - phil prend la parole ( permalien )

    je fais un impaire si je dis que la tu parles avec ta paire ???

    • 19 septembre 2012 , 15 h 22 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Une belle paire et voilà que je m’y perds…
      avec délectation.

  4. 19 septembre 2012 , 15 h 28 min - phil prend la parole ( permalien )

    pair et manque, en manque …
    met ton imper y pleut ici
    euhhh c koi ce breuvage sur la photo ??

    • 19 septembre 2012 , 15 h 45 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      euhhh c koi ce breuvage sur la photo ??

      Bruichladdish, vieilli et embouteillé sur l’île d’Islay.
      Je me rend compte que la photo est trompeuse (peut-être l’arrière-fond du bouquin conjugué au manque de luminosité) mais le nectar est théoriquement plus jaune que ce orange foncé.

      Une édition limitée de 2001 pour symboliser le ‘renouveau’ de la distillerie mais qui ne restera pas gravée dans ma mémoire. Bon mais sans plus.

  5. 19 septembre 2012 , 16 h 04 min - phil prend la parole ( permalien )

    trop clinquant !
    la suivante …

  6. 20 septembre 2012 , 8 h 38 min - Nymphette prend la parole ( permalien )

    Tiens donc, voilà une découverte matinale fort réjouissante! Je note ce titre sans plus attendre!

    • 20 septembre 2012 , 10 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il est vrai que j’ai tendance à me complaire dans la littérature japonaise ou ‘montanesque‘… Donc, pour une fois que je pars en Afrique…

  7. 20 septembre 2012 , 10 h 25 min - phil prend la parole ( permalien )

    Monsieur se complet dans la litterature japonaise mais il part dans un ranch de l’autre cote pfffffff !
    Mets tes Tabi ou Zori à tes sabots Bibison et retrouve la voie !

    • 20 septembre 2012 , 10 h 44 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      un zori au sabot droit, une santiag sur le sabot gauche
      Hakama et Katana dans le dos
      et stetson sur la tête…

  8. 20 septembre 2012 , 10 h 50 min - phil prend la parole ( permalien )

    et gros cigare dans le naseau ?

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