l’Homme qui avait perdu son Nom [Thomas McGuane]

Par le Bison le 9 septembre 2012

Un troupeau sombre de bisons à l’expression insouciante regardait la route derrière cinq fils de fer barbelés.

C’est au pied des montagnes Absaroka que Thomas McGuane me raconte ses histoires de ranch, de passions et de paysages idylliques, dans un Montana aux couleurs chatoyantes.

« La route était déserte. Les nuages qui s’allongeaient jusqu’à l’horizon, pesaient de toute leur majesté sur le paysage. Joe débordait d’une folle impression de liberté, enfin libre de manger dans un fast-food, enfin libre de coucher avec une inconnue. Au lieu de résoudre ses problèmes, il était devenu quelqu’un sans problèmes, une espèce de fantôme. »

J’aime l’écriture de cet auteur ; elle me fait voyager, elle m’embarque dans un Montana sauvage aux teintes emprises de nostalgie, elle me confère un sentiment de liberté, de grands espaces, elle m’emmène dans un musée à ciel ouvert où chaque détail de la vie quotidienne se voit comme une peinture. Dès que Tom se met à décrire ses alentours, j’ai le sentiment de me retrouver face à une toile et en spectateur privilégié assiste au vernissage de son exposition intitulé ‘vision du ranch sans nom’.

« Le temps tourna progressivement à l’orage ; le conflit entre l’hiver et le printemps engendra d’immenses cascades de lumières qui donnèrent à Joe l’impression de léviter chaque fois qu’il entrait dans de vastes zones d’ombre, ou qu’ils les quittait. Les camions de la sécurité routière de l’État paraissaient embrasés d’une fabuleuse lumière jaune. Les messages brutaux des panneaux routiers se ruaient vers lui en un éclat sauvage. Sur les voies de chemin de fer, les cheminots étaient éclairés comme des acteurs sur une scène de Broadway. Une bourrasque surgit soudain de ce décor mouvant pour se dresser devant lui comme le roi mort dans un opéra. Un camion de ferme déglingué passa, un smoking accroché à la vitre arrière. Il y avait des tatous écrasés sur la chaussée. »

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De quoi traite ce roman de Tom McGuane ? J’aurais tendance à dire que je m’en balance. Je ne lis pas du McGuane pour son histoire mais pour son décor, son ambiance, sa chaleur. Il ne se passe pas une page sans que je me dise ‘j’y suis’. Enfin. Dans un Montana où pour une fois il n’est pas question de pêche à la mouche mais plutôt de ranch en perdition, de cow-boys gestionnaires, de banquiers et de crises financières. Il ne se passe pas une page où mon esprit me dit ‘j’y reste’ car c’est le genre de lecture qu’il se plait à faire durer et à échafauder des délires sur quelques bisons paraissant tranquillement en attendant l’heure de se retrouver découper en T-Bone et griller sur le barbecue.

« Il passa près d’un petit bayou où un jeune homme en bermuda de surfer couvert de publicités pour des marques de bière surveillait un bouchon sur le miroir de l’eau. Ce spectacle anodin recelait à ses yeux un grand mystère. Il y eut un splendide paysage liquide près de la rivière Pascagoula, strié de courbes argentées visible jusqu’à très loin à travers les salicornes, tandis que la route le traversait en décrivant de larges virages bas. Il s’arrêta pour regarder des pêcheurs décharger des bateaux pleins de crabes. Il descendit à pied et s’assit sur un pilier brisé. Une femme tendait à un vieux pêcheur une pinte de whisky dans un sac en papier.
- Si tu me bats encore comme le week-end dernier, lui dit-elle, je t’achète plus d’ce machin-là. »

Les mots sentent le terroir, respirent le vieux whisky, parfument de poussière râpeuse mon stetson. Peu m’importe s’ils font éloge de lenteur et d’inaction. Peu m’importe s’il ne s’y passe pratiquement rien là-bas, hormis des choses anodines du quotidien qui ne méritent même pas d’être mentionnées ici. Juste une pinte de whisky à boire, juste un soutien-gorge à dégrafer, cela me suffit amplement. Car c’est ça la vie sauvage dans un ranch du Montana : des instants de passions et d’autres, expectatives.

« Ellen défit l’agrafe métallique de son soutien-gorge et ses seins jaillirent au grand jour. La main de Joe remontait lentement le long du buste de la jeune fille pour les englober, ou bien il les déballa avec grand soin. C’étaient deux pleines poignées de chair aux mamelons gracieux et menus. [...] Peu importait la position adoptée par Ellen, ils pointaient fièrement. S’il les massait doucement, ils reprenaient leur forme parfaite dès qu’ils les lâchaient. S’il les poussait sur le côté avant de retirer brusquement les mains, ils retournaient aussitôt à leur position initiale. Ils étaient pour ainsi dire tout neufs, et Ellen sous-entendait sans la moindre ambiguïté qu’ils étaient si splendides que tout espoir d’autre chose en devenait caduc. »

Une couverture signée Andrew WyethLe monde de Christina (1948)

14 commentaires
  1. 10 septembre 2012 , 18 h 51 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Rien à dire, j’adore tes photos de présentation de livres !

    • 10 septembre 2012 , 20 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Moi aussi !
      Mais j’aime surtout boire toutes ces bouteilles présentées !

  2. 10 septembre 2012 , 19 h 30 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Je ne connaissais pas ces Oeufs et saucisse du grand Tom.Mais je les partage avec toi volontiers,ce piano,cette basse.Thomas McGuane:je n’ai lu qu’Outsider mais je vais y penser.

    • 10 septembre 2012 , 20 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je ne connaissais pas ces Oeufs et saucisse du grand Tom.

      Le meilleur petit-dej !
      Au réveil en tête-à-tête avec Tom

      Thomas McGuane:je n’ai lu qu’Outsider mais je vais y penser.

      Je vais certainement pas tardé à replonger dedans (Outsider ou un autre – j’en ai plusieurs en réserve dont celui-là) car cette homme qui a perdu son nom (titre original : Keep The Change) m’a vraiment emballé.
      Je ne devrais pas le dire mais plus que La source chaude

  3. 10 septembre 2012 , 21 h 22 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Hier à la publication de ton billet, je t’ai répondu mais dans l’instant, j’ai oublié de cliquer sur « envoyer »…
    Donc je redis en un mot, merci pour l’indication de l’auteur pour la couverture !

    Et elle me ramène à un goût, je préfère les paysages sans personnage qu’avec, ce que l’on voit sur la couverture, c’est une affaire de goût, de sensibilité, comme si les personnages avaient plus leur place dans les livres, les films qu’en peinture…

    • 10 septembre 2012 , 22 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’ai été surpris quand j’ai été voir de quoi l’œuvre originale était faite, sachant que la couverture n’était qu’un détail.
      J’étais loin de m’imaginer que le détail n’était vraiment qu’un infime détail et que le contexte central était cette nana (même pas nue) allongée dans les champs à l’opposé de la ferme.

  4. 14 septembre 2012 , 8 h 51 min - chinouk prend la parole ( permalien )

    Il va vraiment falloir que je sorte cet auteur de ma PAL !!

    • 14 septembre 2012 , 18 h 39 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Moi, je ne dis rien mais j’en pense pas moins !

  5. 14 septembre 2012 , 11 h 44 min - Myrtille prend la parole ( permalien )

    Bon ben un auteur de plus que j’ai envie de lire, je ne connaissais que de nom… Ma PAL va en prendre encore un coup ^_^

    • 14 septembre 2012 , 18 h 40 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Moi, je ne dis rien mais j’en pense pas moins !

      En plus, j’aime bien les vieilles couvertures de 10/18… ça donne un cachet supplémentaire, ça sent l’herbe fraiche et la bouse de bisons…

  6. 14 septembre 2012 , 19 h 40 min - chinouk prend la parole ( permalien )

    Moi je l’ai trouvé chez Cristian bourgeois (à la vitesse de l’herbe, c’est vrai que les couv 10/18 sont belles, mais je m’impose la même règle d’achat qu’avec Kerouac : lire le livre qui attend dans la Pal avant d’en acheter un autre.

    • 2 août 2013 , 14 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      dès que je trouve d’occas, j’achète… On ne sait jamais, peut-être ne le reverrais-je jamais.
      C’est comme si je voyais une bière dans le magasin, et que je ne l’achète pas sous le prétexte futile que j’en ai une autre dans le frigo.
      C’est comme si je voyais une blonde me faire de l’œil, et que je n’y accorde pas un regard sous le prétexte encore plus futile qu’une brune me tient déjà le bras…

  7. 2 août 2013 , 14 h 12 min - Guillome prend la parole ( permalien )

    bien envie de me replonger dans de la « nature writing »…tu donnes envie!

    • 2 août 2013 , 14 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ça fait du bien, de temps en temps un peu de ‘nature writing’. ça redonne foi en l’âme humaine, ça repose et ça ressource…

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