Comme le Fleuve qui Coule [Paulo Coelho]

Par le Bison le 27 août 2012

Je ne mets pas tous les bouquins de Paulo au même niveau. Si certains sont capables de m’apporter quelques arguments positifs pour poursuivre dans cette vie, j’ai envie de les relire. Si d’autres au contraire, à force de ’taper’ sur l’aspect moralisateur, me lasse, je préfère tourner la dernière page et filer me boire une bière au premier troquet du coin. Car avec Paulo, il est toujours question du Bien et du Mal, de faire ses propres choix pour construire sa légende personnelle. Mais, l’écriture est parfois différente. Elle peut être imagée et les idées passent nettement mieux. Elle peut être crue, et c’est l’indigestion assurée.

« Comme le fleuve qui coule » n’est pas un roman, mais un recueil de 101 textes, très courts, écrits entre 1998 et 2005. Sachant que chacun de ses textes n’est pas anodin, cela signifie que dans chaque récit, il y a une morale d’exposée. Donc, lire la centaine de textes dans la foulée devient une lecture presque forcée où l’auteur nous assène à chaque page sa vision du Bien et de son Dieu. J’aime bien quand Paulo nous raconte en mots basiques sa spiritualité, lorsqu’il s’intéresse à d’autres religions tel le bouddhisme. Il y fait souvent référence notamment lorsqu’il évoque sa troisième passion (après l’écriture et sa femme) le tir à l’arc. Et là, j’ai passé de grands moments à me voir moi aussi face à une cible, à sentir la corde frémir, et à fusionner mon esprit avec l’arc, les flèches et cette cible. Je respire et je ne fais qu’un avec l’environnement.

« Que nous le voulions ou non, l’ange de la mort nous attend. »

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Car si je devais résumer ces 101 textes en une phrase, cela donnerait « Profiter de l’instant présent pour vivre ». Vous me direz, cela parait tellement logique qu’il ne faut pas attendre qu’un type se prénommant Paulo vienne me l’écrire pour appliquer cette devise. Elle devrait faire partie dans chacun d’entre nous. Mais dans une vie 100% citadine, j’ai tendance à laisser de côté cette phrase et en oublie l’essentiel : vivre.

« Je ne fais rien, et je fais la chose la plus importante dans la vie d’un homme : j’écoute ce que j’avais besoin d’entendre de moi-même. »

Pour tout vous dire, en ce moment, je suis sous mon hamac, bercé entre deux majestueux tilleuls. Les oiseaux pépient d’interrogation à mon égard ; moi, je regarde les feuilles bougées, j’écoute Stan Getz, je savoure ma Divine. Ce n’est pas le plus beau des arbres, ni même le meilleur disque, encore moins la meilleure bière, mais à cet instant, je suis là, présent, je respire, je vie, je me fonds dans ce paysage visuel, sonore et olfactif. Je suis bien. Je suis Paulo.

« De même qu’un homme se débarrasse des vêtements usés et se met à porter des vêtements neufs, l’âme se débarrasse du vieux corps et assume le corps neuf.
Mais elle est indestructible ; les épées ne peuvent la couper, le feu ne la brûle pas, l’eau ne la mouille pas, le vent ne l’assèche jamais. Elle est au-delà de la puissance de tous ces éléments »

Pour tout vous dire, il y a deux heures, j’étais sur mon Gitane VTC à parcourir les routes et chemins de Dordogne, à admirer le paysage qui m’entourait, les fougères qui envahissaient la route. J’essayais de retrouver le nom scientifique de ces fougères mais j’ai oublié – je me fais vieux, ma mémoire fait des siennes ou alors je n’ai pas été assidu à mes cours de biologie végétale. Je laisse de coté les leptosporanges et respire le bon air de la campagne, ce doux fumet de bouses de vaches en alternance avec celui des crottins de chèvres. Je respire une nouvelle fois, prenant les rayons du soleil à travers les aérations de mon casque et je pense à cette Divine que j’ai mis au frais quelques instants plutôt, Divine Idylle qui coule dans mon esprit et me fait oublier la côte à la sortie du prochain virage. J’avance plus, je suis sur place, Satanée Divine qu’il faut que je chasse de mon esprit si je veux continuer à rouler… Je pense à cette anglaise en maillot de bain au bord de la piscine que j’ai dépassé au virage précédent, comme dans un remake du film de Jaques Deray, Divine Idylle.  Je suis scotché sur le bitume, Satanée bikini qu’il faut que je chasse de mon esprit si je veux continuer à rouler…Il faut que j’arrête de penser à elle et à ce fleuve qui coule en moi et que je traverserai lors du prochain pont… Une chose est sûre, les fougères, la bière, les bikinis et le fleuve qui coule ne me font pas avancer dans les côtes.

Devant moi il y avait deux routes
J’ai choisi la route la moins fréquentée
Et cela a fait toute la différence

En fait, ce recueil ne devrait pas être lu d’une traite. J’aurais dû piocher un texte par-ci par-là, à différents moments de la journée ou de ma vie. J’aurais capté plus facilement l’essence de ses paroles, j’aurais certainement mieux apprécié l’ensemble de ces historiettes. Mais quand je repense à cette promenade estivale, que je revois ce vallon éclairé par un alignement de maïs puis par des rangées de tournesols, je me dis que l’essence de ce livre se retrouve dans ce paysage.

2 commentaires
  1. 28 août 2012 , 10 h 22 min - phil prend la parole ( permalien )

    A mon avis tu ne roules pas assez vite car tu es submerger par tes pensees !
    Divine biere, divin bikini, divine anglaise … mais dans l’instant, l’instant seulement, apres c devant sur ta route qu’il faut voir sans retourner ton regard (meme interieur), suis la route et tu verras … et sens le plaisir qu’on tes cuisses d’affronter la montee apres le virage ….

    • 31 août 2012 , 22 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le grondement sourd au loin, le temps vire à l’orage. Mêmes fougères, bières ni plus ni moins mauvaises au frigo, personne allongé au bord de la piscine. Même virage, même côte… Cela me parait plus facile à grimper. J’en conclus que ce ne sont ni les fougères, ni la bière qui distraient mon esprit. Peut-être le bikini ? allez savoir…

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