Naufrages [Akira Yoshimura]

Par le Bison le 13 août 2012

Catégorie : 5 étoiles, Asie

L’espérance de tout un village de pécheurs face à la perdition des bateaux croisant au large de leurs côtes : faut-il souhaiter qu’ils s’échouent ? et si ces accidents étaient provoqués ? La survie de ce village dépend-t-elle de la mort de quelques marins ?
- Tu sais pourquoi on cuit le sel sur la plage ?
L’œil de Kichizo était tourné vers lui.
Isaku savait que la quantité de sel récoltée, nécessaire à la consommation du village pendant un an, était répartie équitablement entre les familles. Il pensa que si Kichizo lui posait cette question, c’était pour savoir s’il connaissait l’autre raison.
- C’est pour faire venir les bateaux, n’est-ce pas ? répondit-il en le regardant.

Premiers feuillets d’un auteur japonais qui m’aura profondément marqué. Depuis ces Naufrages, d’autres découvertes ont été effectuées avec cet auteur, d’autres sont encore en attente. Mais je ne suis pas ressorti indemne d’une telle épreuve aussi intense, et aussi cruelle. Il y a des romans qui marquent et laissent une empreinte indélébile.

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Dans un Japon encore primitif, Akira Yoshimura me fait découvrir la survie d’un village de pécheurs. A travers le regard d’Isaku, jeune garçon de 9 ans à qui le village demande trop tôt de devenir adulte, je partage et participe à la vie de ce village. Les couleurs de la forêt, les senteurs des embruns et les odeurs du poisson séché me prenne au cœur. Le désespoir de ces villageois ou, par moment leur joie intense, me touche énormément surtout devant la cruauté que la survie d’un tel village peut entraîner.

Un roman magnifique, d’une intensité remarquable, une œuvre majeure à conseiller, et même pour les lecteurs qui ne sont pas passionnés par le Japon et aussi pour ceux qui ont envie de découvrir un Japon différent, méconnu, en dehors des temples de Kyoto ou de l’atmosphère urbaine de Tokyo. Car cet œuvre est intemporelle. Elle ne se situe pas dans le temps ni dans la durée. Le témoignage relève presque plus de l’étude ethnographique que du divertissement romanesque. Je me sens happé par ce village, je vois ce petit garçon survivre, je longe le rivage en observant cette mer déchaînée et ces bateaux, au loin.

Pour tout vous dire, cela fait plusieurs années que j’ai lu ce roman. Mais j’en garde un tel souvenir que les images sont restées ancrées dans ma mémoire, d’une telle force que j’ai encore les idées claires pour vous en jeter deux-trois mots, que j’ai encore envie de vous inviter à ce voyage ‘exotique’ vers un autre temps, un autre lieu pour un moment intense et  inoubliable.

Les maquereaux ne s’étaient pas vendus, la pêche au poulpe n’avait pas beaucoup donné, et ils n’avaient pas ramassé de grandes quantités de coquillages, aussi l’arrivée providentielle du bateau mettrait-elle les villageois à l’abri du besoin pour deux ou trois ans peut-être. Ils allaient pouvoir vivre quelques temps tranquilles, et personne ne serait obligé de se vendre.

Sublime mais aussi Triste et Cruel.

Il commençait à comprendre. Il avait été longtemps persuadé que la cuisson du sel était une cérémonie pour que les bateaux en difficulté viennent s’échouer sur la plage, et il se rendait compte maintenant que c’était surtout un moyen de provoquer un naufrage.

Le Grenier de Choco : Cruelle et noire, l’histoire souligne les extrémités auxquelles la misère et la faim peuvent nous conduire, et transforme le simple récit en une réflexion philosophique.

A déguster sans modération avec un Nikka.

17 commentaires
  1. 13 août 2012 , 12 h 23 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    Bonjour Le Bison, il a été présenté par quelques participants pour le challenge Dragon 2012 et je l’avais noté. Ton avis met encore un plus à ce roman. Bonne semaine.

    • 13 août 2012 , 18 h 45 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      un Indispensable de la littérature japonaise contemporaine !

  2. 13 août 2012 , 15 h 57 min - Choco prend la parole ( permalien )

    Oh, c’est bien gentil de me citer ! :)
    Tout comme toi, j’en garde un souvenir fort de ce roman ! De toute façon, Yoshimura m’enchante et me touche à chaque fois, même si ses thèmes de prédilection ne sont pas d’une gaieté folle.

    • 13 août 2012 , 18 h 47 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est aussi la dureté de ses thèmes qui font ses romans si marquants.

  3. 13 août 2012 , 22 h 23 min - manU prend la parole ( permalien )

    Ce livre est déjà dans mes souhaits sur Pochetroc mais dis-moi, le Nikka c’est obligatoire pendant la lecture ?

    • 14 août 2012 , 19 h 10 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Indispensable et obligatoire, surtout APRÈS la lecture…

  4. 14 août 2012 , 10 h 07 min - phil prend la parole ( permalien )

    Nikka, indispensable ! ou un Yoichi a la rigueur ! Car on n’en ressort pas indemne et lire avec un bon petit verre, ca devient un bon plaisir de quadra !
    Avec ou 100 verres on plonge dans le monde d’Akira. Et pourtant si on regarde bien, c’est une ecriture simple, les mots, les phrases sont simples, mais on tombe sous le charme. C’est taille, cisele comme un diamant. Ca nous emporte, on lit, on voit, on sent, on vit.
    Suis tombe dedans en lisant le convoi de l’eau … c’est sans alcool !

    • 14 août 2012 , 19 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quel poète, celui-là…

      Un livre sur l’eau ? Pas trop indigeste… Pour le coup tu as du te rattraper après la lecture !

  5. 14 août 2012 , 15 h 13 min - Chinouk prend la parole ( permalien )

    C’est aussi avec Naufrage que j’ai découvert Akira Yoshimura et des que je le peux je conseil ce sublime livre. Un livre qui m’a énormément marquée par ce beauté et sa cruauté ! Naufrage est pour moi dans le top 10 de mes livres préférés ! a lire de toute urgence.

    • 14 août 2012 , 19 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je crois qu’il a effectivement de bonnes chances de se retrouver dans mes préférés de la littérature japonaise… (trop difficile à définir un top 10, mais c’est le genre de bouquin qu’on a du mal à oublier)

  6. 14 août 2012 , 15 h 52 min - phil prend la parole ( permalien )

    En meme temps y’a naufrage quand meme alors y’a pas le feu au lac pour celui qui ne manque pas de piment, euhhh de sel !
    Et je parie que le prochain d’Akira c’est la jeune fille suppliciee ?

    • 14 août 2012 , 19 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Oui je recycle mes vieux bouquins au Ranch sans nom avant de me plonger dans un inédit à la rentrée (je ne l’ai pas amené en vacances). Et après tout c’est de ta faute ! C’est toi qui a parlé en premier de Akira Yoshimura !

  7. 14 août 2012 , 20 h 24 min - phil prend la parole ( permalien )

    ben en meme temps l’oublier lui … on peut pas mince, il est comme ogawa, murakami … Et ton choix eclectique meme dans un ranch poussiereux se doit au moins d’en avoir un non ? Apres le tremblement de terre, le deluge …

  8. 14 août 2012 , 20 h 36 min - phil prend la parole ( permalien )

    Pour le convoi de l’eau, faut que tu y lises, le texte coule, froid, limpide, y’a du silence zen contemplatif, de la douleur cachee, de la tristesse.Ces pages humides vont une fois de plus te mettre en ebullition ! Donc soiree sans alcool c’est la part des anges !

  9. 16 août 2012 , 19 h 22 min - Chinouk prend la parole ( permalien )

    Pour le convoi de l’eau je suis du même avec que phil ! j’aime.

    • 16 août 2012 , 21 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      mais tout le monde est avec Phil.
      C’est le maître spirituel du blog.
      Sans lui, il n’y aurait pas de Bison.

  10. 17 août 2012 , 8 h 17 min - phil prend la parole ( permalien )

    arretes arretes !
    tu sais ce que l’on dit
    si tu vois un maître, tues-le !
    le Bison est le Bison
    et c’est a lui-meme qu’il se le doit
    vas brouter …..
    euh ….. oh pi fais ce que tu as envie, tant qu’il y a plaisir !

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