Opium [Maxence Fermine]

Par le Bison le 17 août 2012

Catégorie : 4 étoiles, Europe

Opium. Un livre aussi court que son titre, aussi enchanteur qu’un conte pour enfant, aussi mouvementé qu’une fabuleuse aventure d’Indiana Jones à travers la jungle luxuriante, aussi sensuel que le bruissement d’un kimono de soie sur la peau blanche d’une belle asiatique.

L’évocation de cette soie n’est pas anodine. J’ai ressenti cette même sensation de voyage vers un autre temps qu’en lisant « Soie » d’Alessandro Barrico. Il y’a cette même ambiance charnelle, mélange de charme et de folie que dans cet autre court opus. Et question voyage, l’auteur, Maxence Fermine, m’avait déjà envoyé à l’autre bout de la planète, Chicago pour Billard Blues et le Japon avec les inoubliables haïkus de « Neige ».

« Le lendemain, il prit la route de la manufacture. Il travaillait avec passion et silence, choisissant les feuilles d’après leurs senteurs, comme un nez sélectionne les fragrances qui formeront un parfum. C’était comme composer un bouquet de fleurs odorantes pour la femme qu’on attend depuis des années. Quelque chose de magique, de sensuel et de troublant. »

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Je pars donc à la découverte du thé, de ses feuilles vertes ramassées par quelques jeunes vierges des montagnes reculées de Chine. Le fantasme se distille dans cette forêt luxuriante. Je prends une tasse de ce thé bien fumant, et mon esprit s’évade. Il y a quelque chose de magique, de sensuel et de troublant dans ces mots, des arbustes, des feuilles, des fleurs et quelques nymphettes dans une chaleur moite et humide. Une tasse de thé anglais ne vaudra peut-être pas un pur malt d’Écosse mais je vois mal quelques frêles et jeunes filles remuer le moût d’une grosse cuve alors que ramasser délicatement les fleurs à peine sorties de leur bourgeon me parait nettement plus plausible…

« Le matin, il se levait avec le soleil et se nourrissait de fruits étranges sur une terrasse ombragée où poussaient des plantes dont le parfum venait lui troubler les sens. »

Mais pour les rencontrer, le voyage ne sera pas de tout repos, cela se mérite une telle passion, je devrai payer de ma personne, car en ce temps lointain, parcourir les profondeurs de la Chine n’est pas sans risque. Mais je suis un aventurier et pour sentir ce parfum si exquis si exotique, je fais fi des périls engagés…

Mais alors que je longe la route du Thé à travers cette Chine ancestrale, je croise le chemin avec la route de l’Opium. Et lorsque Thé et Opium se mélangent dans mon esprit, c’est tout mon âme qui s’en trouve chamboulé. Car avec l’opium, je découvre l’Amour, je découvre cette femme, avec une fleur d’opium tatouée sur l’épaule gauche, si belle, si sensuelle que je n’en dors plus. C’est donc ça le double effet de l’opium.

« Sous l’emprise de l’opium, il finit par s’endormir, apaisé, et il toucha à un bien-être qu’il n’avait jamais connu. »

Cela me donne l’envie de replonger mes sens dans un amour de jeunesse, Charles Baudelaire qui illustre parfaitement la préface de ce livre :
L’opium agrandit ce qui n’a pas de bornes
Allonge l’illimité
Approfondit le temps, creuse la volupté
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l’âme au-delà de sa capacité.

Charles Baudelaire,
Les fleurs du mal.

Après un tel voyage, je ne suis pas près d’oublier cette femme qui m‘a tant troublé et qui se prénomme Opium, ni son auteur qui me transporte dans des univers si différents, si magiques, si sensuels. Mon barda est prêt pour une nouvelle expédition – à la découverte du thé, de la soie ou de l’opium, même si après tout cela ne vaut pas un single malt. Quoique, une rencontre avec Opium, et je pourrais changer d’idée.

« Le consul lui servit une tasse que l’Irlandais but à petites gorgées. Il en trouva le parfum exquis, quoique un peu doux pour un homme habitué à ingurgiter du whisky.
- Ah ! C’est donc cela, le thé !
Le consul le regarda avec curiosité.
- Vous voulez dire qu’auparavant vous n’en aviez jamais goûté ?
- Ma foi non, même pas à Londres !
- On n’en boit pas seulement à Londres mais dans le monde entier. On en produit ici même, en Chine. Délicieux, n’est-ce pas ?
Pearle grimaça en finissant sa tasse.
- Pas mauvais. Mais ça ne vaut pas du pur malt. »

7 commentaires
  1. 18 août 2012 , 9 h 29 min - phil prend la parole ( permalien )

    tant qu’il y a le plaisir, l’ouverture des sens …
    avec opium … attention a la chute …
    a chacun sa tasse de the !

  2. 18 août 2012 , 14 h 16 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    Un roman dont je garde un très bon souvenir, en fait j’aime beaucoup cet auteur, je n’ai jamais été déçue. Bon weekend !

    • 18 août 2012 , 15 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Avec de courts romans, l’auteur sait transporter son lecteur vers les confins de l’exotisme et de l’imagination…

  3. 21 juillet 2013 , 12 h 10 min - Noctenbule prend la parole ( permalien )

    J’ai adoré aussi ce livre. Tu lui rends bien hommage.

    • 21 juillet 2013 , 17 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      T’es sûre ? Je penses que c’est surtout du à cet autre or jaune, le Sauternes…

  4. 22 juillet 2013 , 14 h 39 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
    De ta salive qui mord,
    Qui plonge dans l’oubli mon âme sans remords,
    Et charriant le vertige,
    La roule défaillante aux rives de la mort!

    Magnifique poème et chronique …

    Opium est dans ma PAL, je pense qu’il va bientôt en sortir..

    • 22 juillet 2013 , 22 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le Ranch sans nom décline toute responsabilité envers une nouvelle dépendance à l’opium ou à Baudelaire.

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