Dérive Sanglante [William G. Tapply]

Par le Bison le 15 juillet 2012

« Calhoun sortit chercher l’anthologie cachée derrière le siège de son camion. Il voulait relire la nouvelle de Faulkner, « L’Ours ». Son expérience de la veille, alors qu’il s’apprêtait à passer la nuit dehors, à guetter Green dans l’espoir de le prendre en embuscade, lui avait rappelé le héros de l’histoire, Ike McCaslin, un garçon de 16 ans qui se prépare à affronter un ours. Comme lui, Calhoun était resté sur le qui-vive, les sens en alerte, excité et terrifié à la fois. Il avait senti l’instinct du chasseur pétiller dans chacun de ses gênes, avec la certitude qu’il avait chassé par le passé, que ses ancêtres chassaient depuis la nuit des temps. »

De toute façon, je n’ai pas peur des ours. Je suis un Bison, un vrai, un fort, qui a décidé de remonter dans le Nord, direction le Maine. Une vieille carabine, pour le cas où, ma canne à pêche fétiche, mes plus belles mouches faites maison, et un bon bouquin de William G. Tapply (à défaut d’un Faulkner). Imaginez que je prenne un jour la foudre… Je me retrouve le poil en pétard, et la mémoire oubliée. Amnésie totale, sacré coup de foudre. Je ne me souviens même plus ce que j’étais, ni qui j’étais. Je me prends pour un certain Stoney Calhoun. Je suis ni flic, ni shérif. Qui suis-je alors ? J’ai juste l’envie de me retrouver dans le Maine, de pêcher la truite et occasionnellement de faire le guide « touristique » dans la région.

« Elle ne viendrait pas ce soir. C’était une certitude.

Le crépuscule tombait quand il s’engagea dans l’allée qui menait chez lui. Ralph au moins serait content de le voir. Ralph était toujours content de le voir.

Un chien, c’est foutrement moins imprévisible qu’une femme. »

Difficile de se projeter un avenir  lorsque l’on ne sait pas qui l’on est vraiment. Cela me fout les jetons, même. Je prendrai bien un coca light. Depuis le coup de foudre, je ne supporte plus l’alcool. D’ailleurs, ça me fait franchement bizarre de m’imaginer boire un vulgaire coke, lorsqu’on me propose une bière ou un sky bien râpeux… C’est ma première expérience littéraire d’abstinence totale d’alcool. Ça ne me ressemble pas du tout, mais bon, si c’est pour le bien de l’histoire, je ferai avec (je me rattraperai plus tard avec un auteur plus alcoolique). Du coup, j’ai moins soif… Mais bon, ça ne va pas intéresser grand monde, si je vous parle des fines bulles de mon coca sans glace lorsque le soleil commence à se coucher sur cette rivière, là où les éphémères commencent à voltiger au-dessus des flots, narguant les grosses truites du dessous…

« C’était comme ça dans la région. Les gens braconnaient, trompaient leur femme, trichaient sur leur feuille d’impôts et conduisaient bourrés. De temps à autre, ils se tiraient dessus, très bien. Mais les habitants du Maine, bon Dieu, ils respectaient la propriété privée ! Jamais personne ne s’était introduit chez lui. »


Sinon, à part la truite et la mouche, il y a aussi le cadavre de mon jeune compère, guide local du terroir, qui flottait au bord de cet étang… sans truite. Et comme je me sens responsable et impliqué, je me dois d’enquêter sur l’affaire… A croire que je fais ça toute ma vie… V’la encore un truc qui me fout les jetons ! Un vrai polar, presque à l’ancienne, sans effusion d’hémoglobine coulant à flot, sans rebondissements tous azimut et souvent incompréhensibles… « Dérive Sanglante ». Le bouquin porte bien son nom… Une longue enquête qui démarre lentement pour prendre le temps de respirer l’air du Maine, de sentir les odeurs de la nature et qui dérive petit à petit vers une sombre histoire policière. Un bouquin donc, pour les amateurs de polar, ou pour les pêcheurs à la mouche.

L’absence d’alcool n’est pas sans conséquence sur mon état, je redeviens donc moi et laisse la place au vrai Stoney qui deviendra par la suite le héros récurrent des œuvres de William G. Tapply avec ‘Casco Bay‘ et ‘Dark Tiger‘… Histoire d’en connaitre un peu plus sur le véritable passé de Stoney et de l’homme en costume gris…

En attendant un petit tour sur Polar, noir et blanc pour découvrir l’homme qui se cache derrière ce bon vieux Calhoun : Je vous avertis tout de suite, tous et toutes, vous allez adorer ce personnage ! Il a tout pour plaire aux amateurs de polars: un passé troublant à découvrir, des fréquentations mystérieuses, du succès auprès des femmes, un côté humain très développé, une intelligence vive, un sens de l’observation assez troublant et une sensibilité à fleur de peau. Il est un ami fidèle et généreux, son intolérance à l’alcool en fait un amateur de Coca et son respect de la nature cadre très bien dans l’atmosphère ce petit village.

« - Je suis pêcheur. Et je pêche tous les jours dans cette rivière. Mais sans canne. Je m’assieds sur un rocher, je regarde les truites, et j’essaie de voir ce qu’elles gobent, ou pourquoi elles ne gobent pas, enfin je pense à elles, quoi. Les truites, ça donne toujours de quoi penser. »

Je regarde les truites, et je ferme les yeux. Et je sens ce parfum envoûtant d’une Chouffe. Les souvenirs remontent à la surface. J’ai les larmes aux yeux. Que de souvenirs, que d’envies qui ressurgissent du passé. L’étiquette a changé, certes, mais pas son parfum, ni son odeur, son goût si particulier et son esprit qui habite ma pensée… Cette Chouffe, je la garde au fond de mon cœur et bien ancrée dans ma mémoire. Elle a une âme particulière. Elle est synonyme de partage et d’amitié profonde. Je la chéris depuis des années et ai décidé d’en déguster au moins une par an, juste pour que je me remémore la beauté de ces souvenirs. C’est l’esprit d’Achouffe ! Brother, this beer is for you…

8 commentaires
  1. 17 juillet 2012 , 8 h 08 min - phil prend la parole ( permalien )

    Alors a l’annee prochaine Chouffe!
    Mais dis moi la-bas dans le Maine, y’a pas de bisonnes je crois, ce sont des « vaches Holstein et Jersey broutant dans les pâturages » non?
    En tout cas, ca fait du bien de perdre sa mémoire, comme ca, parfois, on a des eclairs de conscience qui nous reviennent !

    • 19 juillet 2012 , 13 h 24 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      De fesses bisonnes ou des fesses de Holstein… Qui de nos jours fait la différence ?

  2. 19 juillet 2012 , 12 h 05 min - Laure prend la parole ( permalien )

    Ah ah ah……je le redis : mais combien je regrette qu’on ne puisse passer que trois bouquins avec Stoney qui ravit les coeurs, euh mon coeur de fille ! J’étais déjà prête à me fiancer et à prendre enfin le chemin cahoteux vers sa baraque, le chien m’aurait tout de suite reconnu, c’est dire…

    • 19 juillet 2012 , 22 h 45 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’étais déjà prête à me fiancer et à prendre enfin le chemin cahoteux vers sa baraque

      Je n’irai pas jusque là pour ma part… Enfin jusqu’à sa cabane oui mais pas de sexe ou d’épousailles entre nous… Je reconnais qu’il a bon fond, bon cœur, mais c’est tout simplement pas mon type ! En plus il a quand même un gros, très gros défaut : il ne boit JAMAIS. On ne peut pas faire confiance à un gars qui ne boit jamais !

  3. 31 juillet 2012 , 20 h 12 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonsoir Le bison, j’ai acheté et lu les trois aventures de Stoney Calhoun d’une traite. Il y aurait pu y en avoir beaucoup d’autres si la grande faucheuse n’était pas passée par là: quelle tristesse! Dérive sanglante est à mon avis le meilleur des trois. Bonne soirée.

    • 31 juillet 2012 , 22 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      une passionnée de la pêche à la mouche !

  4. 28 juillet 2014 , 20 h 34 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Allez mon Bison, bonne Chouffe :lol: J’ai noté le livre à cause de Manu (sur babelio) puis j’ai fait un tour sur son site et hop, un lien vers le tien.

    Entre vous deux, on sent que ça colle ! ;)

    • 28 juillet 2014 , 21 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      bonne Chouffe

      Une Chouffe ne peut être que bonne. Et chouffer seul ou à deux fait partie de mon grand plaisir.

      Entre vous deux, on sent que ça colle ! ;)

      Ou la la, un bison et un crapaud… J’aurais vite fait de l’écraser sous mon poids…
      Par contre, entre moi et la Chouffe, ça colle bien ! Le bonheur…

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