Traîne pas trop sous la pluie [Richard Bohringer]

Par le Bison le 24 juin 2012

Catégorie : 5 étoiles, Europe

« Traîne pas trop sous la pluie.

C’est pas Bogota, c’est Paris.

Il y avait du cygne blanc dans cette fille-là, mon pote. Et puis du cygne noir. »

Richard Bohringer, Richard cœur de lion en plein délire. Il pleut, il fait nuit, il arrive à l’hosto. La fièvre, l’Hépatite C. La lutte. Rester à bord, continuer à gouverner au-delà des flots, être le capitaine de tous les bateaux. Ou alors, rejoindre là-haut l’aéronef avec à son bord ses amis, Mano Solo, Philippe Léotard et Bernard Giraudeau – entre autres.

« Je suis arrivé devant l’hôpital posé à quai comme un cargo la nuit. Ses lumières immobiles sous la pluie.

Planté là sous le néon, dégoulinant de l’averse. Le vent frissonne sur les flaques.

Quelqu’un marche vite. Un taxi ferme sa lumière. J’y suis.

J’ai demandé au toubib, perdu au milieu des chariots, des pompiers, avec des coups de froid glacé, balancé par cette putain de porte électrique, qui s’ouvre, se ferme, sous les poussées des civières ensanglantées, des lumières qui tournent sur des uniformes, et des rouges et des bleus, dans un tragique ballet de Playmobils.

Blanche solitude. Petits blancs souffrent comme l’Afrique, sur le banc balafré par le néon.

La voilà donc, cette putain de nuit de l’humain perdu au milieu des humains. »

[diwp:901508]

Richard délire de plus en plus. Son souvenir navigue de Paris à Bogota, du Benin à Cayenne. Son esprit est voyageur, un grand voyageur écumeur des flots. Il devient poète. Mais la fièvre n’y est pour rien. Poète, je l’ai déjà connu dans « C’est beau une ville la nuit ». Poète dans l’âme. Ce type-là, il m’émeut. Ses écrits, ils m’émeuvent. Même empreints de fièvre et de passion déraisonnée. De toute façon, par définition, la passion va à l’encontre de la raison. C’est pour cela qu’elle est intense, et qu’elle vous brule l’âme et le cœur.

« Traîne pas trop sous la pluie » est le genre de p’tit bouquin que j’ai envie de garder dans ma poche pour pouvoir le ressortir à n’importe quel instant de ma vie. Juste quand je ressens un besoin irrésistible de poésie, comme quand je me sers un grand verre de bourbons sans glace. Ce bouquin, je vais le trimballer, partout où mon âme me guidera, qu’elle soit dans la puanteur des chiottes, dans la puanteur d’un métro ou sous la puanteur d’un pont.

« Aujourd’hui je vais me raser.

Un oiseau sur le bord de la fenêtre.

L’infirmière va venir. Elle swingue.

Il fait jour. Je sortirai bientôt. »

La fièvre de Richard, elle est bénéfique, elle le maintient en vie. Je la bénis cette fièvre, juste pour qu’il me ressorte un tel bouquin, juste parce que j’aime sa vie, j’aime son Afrique, j’aime son courage et sa façon de vivre. Je t’aime, Richard, capitaine de tous les bateaux. Et franchement, à chaque fois que je te lis, même une page, je reste sur le cul, perclus par tant d’émotion. J’ai envie de citer toutes tes phrases, tellement qu’elles sont belles, tellement qu’elles me touchent. Mais faut que je laisse d’autres lecteurs s’approprier par eux-mêmes tes écrits, qu’ils se plongent dans ton univers pour naviguer sur ton vieux rafiot à chevaucher toutes les mers chaudes, des Caraïbes aux côtes africaines.

« Fièvre, ma fièvre chérie, ne me quitte pas. Emmène-moi chez les âmes du fleuve. »

Et puis, maintenant que j’ai tourné la dernière page, que j’ai gardé une pensée pour Léotard ou Giraudeau, j’ai envie de me servir un verre de Monbazillac et de partir vers des rêves maritimes jusqu’à Dakar, jusqu’à Cotonou, de suivre les étoiles dans le ciel en furetant d’un œil l’aéronef de tes grands amis. Je sais que je te relirai, ce bouquin, et d’autres, parce que ta poésie est plus que touchante, elle attaque mon cœur et mon âme.

« Capitaine de tous les bateaux de la mer, je taillai la route avec cette putain de boule au creux du ventre. Ne pas être aimé ! J’en voulais pas de cette vie sans trace ! J’ai appelé la mort plus tard. Elle voulait rien savoir. Malgré la came, l’alcool. Elle ne voulait pas de moi. »

24 commentaires
  1. 25 juin 2012 , 0 h 01 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    Ben, dis donc, tu en parles vachement bien !
    J’avais trouvé ce roman tendre et percutant aussi.
    Bonne semaine.

    • 25 juin 2012 , 20 h 01 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ben, dis donc, tu en parles vachement bien !

      Faut pas faire attention, j’ai pris deux verres de Monbazillac, alors je ne sais plus trop ce que j’écris…

  2. 25 juin 2012 , 10 h 41 min - phil prend la parole ( permalien )

    C’est effet un et avec « ard » qui les unis, se sont des personnages entre richard qui nous montre son grand coeur de lion, pas assez re-connu a mon gout tout comme Leotard, Bernard et les autres. Mais c’est peut etre parcequ’ils etaient en dehors de la lumière qui nous aveugle et dans le vrai qu’ils nous touchent. ET eux, la lumière, ils la touchent.

    • 25 juin 2012 , 20 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      avec « ard » qui les unis

      Bel analyse. J’avais pas fait le rapprochement avec le « ard ». Pourquoi je ne m’appelle pas Richard ou Bernard ? Mais où je vais planter mon dard ?

  3. 25 juin 2012 , 13 h 01 min - manU prend la parole ( permalien )

    Un bien beau billet en effet comme seul Monsieur Le_Bison sait nous en écrire…

    • 25 juin 2012 , 20 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un bien beau billet

      Après les deux verres de Monbazillac, j’ai du m’enfiler une Leffe Triple.

  4. 25 juin 2012 , 13 h 29 min - Stéphanie prend la parole ( permalien )

    Borhinger,- comme Léotard et Mano Solo-, fait partie de ma bande depuis longtemps déjà.
    Leurs écrits se baladent au fil de mes étagères et tables de chevets et sacs et voiture et j’en passe.
    Je suis justement en train de lire « traîne pas trop sous la pluie », quand je dis en train c’est qu’il fait partie de mes 7 ou 8 livres en route du moment.

    • 25 juin 2012 , 20 h 05 min - Stéphanie prend la parole ( permalien )

      J’ai rippé sur le h, pardon.

    • 25 juin 2012 , 20 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      en train ou en voiture ?
      Je crois que j’ai trop bu…
      Par contre je connais pas trop Mano Solo. Mais Léotard, j’adore. Faudra que j’en parle. Suite à cette lecture, j’ai ressorti mes vieilles galères galettes de Léo.

    • 25 juin 2012 , 21 h 53 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

      >> mes vieilles galères de Léo.

      … lapsus … effet kissalcool …

      galette ? galère ? …
      on s’y perd

    • 25 juin 2012 , 22 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est pas possible… Y a des gens qui me lisent en plus jusqu’au bout !

      Bon Ok, après les deux verres de Monbazillac, le verre de Leffe Triple, j’ai enchaîné avec un Jack Daniel’s !

  5. 25 juin 2012 , 14 h 20 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Pourquoi quand je tape météo je tombe ici sur ton blog ? hein…
    Je note le titre, j’aime aussi le bonhomme, je vais y aller de ce pas d’ailleurs, histoire de commencer la semaine sur une note sympathique. Peut-être la lecture va me revenir.

    • 25 juin 2012 , 20 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pourquoi quand je tape météo je tombe ici sur ton blog ?

      C’est parce qu’il pleut tout le temps… et pas qu’en Bretagne ou en Normandie. Alors « Traîne pas trop sous la pluie » !

      Je note le titre

      Note, note !
      Il vaut le coup et il sera lu et relu, même par Monsieur Le Bohémien lorsqu’il ressortira une galette de Pink Floyd…

    • 25 juin 2012 , 22 h 02 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

      Ouep c’est parti ! enfin presque mais je le reçois vite.
      Bon bien j’attends.

      Si ça se trouve je le lirai dans 10 ans !

    • 25 juin 2012 , 22 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Si ça se trouve je le lirai dans 10 ans !

      Pfff… Dans 10 ans, tu l’auras lu au moins 10 fois !

    • 29 juin 2012 , 0 h 08 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

      Voilà que je reçois le livre sous une chaleur accablante, j’espère que le bouquin sera à la hauteur de l’envie suscitée hein…
      C’est le monde à l’envers ;)

      Ce weekend peut-être !

  6. 25 juin 2012 , 21 h 12 min - Stéphanie prend la parole ( permalien )

    Tu devrais partir en errance chez Mano Solo, tu pleureras pas pareil qu’avec Léotard, mais…
    Rien que d’écrire son nom à ce beau Léo, je l’entends me chanter à l’oreille, je l’avais vu sur scène pour mes 20 ans, dans un joli théâtre. Il pleurait tellement qu’il avait dû s’interrompre plusieurs fois. Il s’excusait il était désolé. Le bel homme. Désolé. Et moi j’étais désolée de ne pas pouvoir le serrer dans mes bras.
    Au bistrot derrière le théâtre, après, il était là. Moi aussi. Je n’ai pas osé aller lui dire à quel point il m’émouvait. Je trouvais ça déplacé, mais j’aurais tellement aimé ses yeux dans mes yeux et une fois son sourire-fossette pour moi.
    Tu vois, là, je repleure

    • 25 juin 2012 , 22 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je l’avais vu sur scène pour mes 20 ans, dans un joli théâtre.

      Si je ne savais pas que Léo est dans cet aéronef depuis quelques années, j’aurai dit que c’était hier…

      En tout cas, tu en parles très bien… C’est juste émouvant de lire ce petit truc sur lui, comme ça, après une chronique de Richard Bohringer. Je vais quand même pas me mettre à chialer. Je suis un vrai Bison, moi… Mais sa voix, c’est quand même… à chialer un max même avec de la testostérone…

  7. 26 juin 2012 , 8 h 57 min - Stéphanie prend la parole ( permalien )

    C’était presque hier…

    Pour un Bison qui chiale, le problème ce doit être d’avoir une poche assez grande pour ranger son mouchoir.

    • 26 juin 2012 , 19 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’ai un doudou parfumé à la bière… Ça rassure !

  8. 26 juin 2012 , 9 h 29 min - phil prend la parole ( permalien )

    Ne vous inquietez pas les gazelles, bibizon saura surmonter l’epreuve en s’enfilant encore un doux breuvage ou il ira gambader dans les vastes plaines « plus à l’ouest, au sud de la frontière » et planter son dard euhhh son drapeau sur le terrain conquis par la purete de son coeur.

  9. 26 juin 2012 , 9 h 43 min - Hahasiah prend la parole ( permalien )

    Si j’ai bien tout compris, il faut avoir 3 grammes d’alcool dans le sang (et dans chaque bras!) pour écrire un billet aussi juste et aussi beau…
    Barman, sers-moi un deuxième whisky, sans glace et sans faux col! (c’est pas ça qu’on dit ? ) ;)
    Du Monbazillac tu dis? Je préfère le Pacherenc…Les goûts et les couleurs…
    Essaie d’écrire à jeun pour voir…Juste une fois…Mais non, ça ne te tuera pas!

    Merci pour ce remarquable texte…

    • 26 juin 2012 , 19 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      il faut avoir 3 grammes d’alcool dans le sang

      C’est le minimum pour avoir les idées claires…

      Du Monbazillac tu dis? Je préfère le Pacherenc…

      J’aime bien aussi le Pacherenc-du-vic-bilh. Il est un peu plus doux en bouche, un peu moins sucré. Pendant qu’on est dans le coin, j’ouvre une bouteille de Jurançon…

  10. 26 juin 2012 , 20 h 37 min - Stéphanie prend la parole ( permalien )

    Ouf

Ajouter un commentaire

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS