Plein Soleil [René Clément]

Par le Bison le 7 juin 2011

Non, Non, Non ! Vous ne me verrez jamais lire du Patricia Highsmith. Jamais, même sur une île déserte (d’ailleurs, je n’aurais pas eu cette perversité d’amener un de ses romans sur cette île déserte, chaude et ensoleillée, baignant d’une lumière étincelante, entourée d’un infini à l’horizon couleur bleue azure). Pourtant, je reconnais à l’auteure son immense succès en matière de polar. Juste que l’envie n’y est pas et n’y sera certainement jamais. C’est ce que mon psy appelle un à-priori négatif. Par contre, voir son adaptation au niveau 7ème Art, je ne dis pas non (je reconnais en l’auteure également son pouvoir à créer un certain mystère, sinon elle ne vendrait pas autant de livres ; les gens ne sont pas si stupides à lire des livres sans intérêt). Et quand j’entends 7ème Art, je n’hésite pas à mettre un grand A majuscule car il s’agit avant tout d’un chef d’œuvre appartenant au panthéon cinématographique des grands films du siècle dernier…

René Clément à la caméra, nous sommes en 1959, une mer azure, la Méditerranée, Naples et une Italie de rêve et de vacances et surtout l’un des premiers grands succès d’Alain Delon. Monsieur Alain Delon et son regard aussi azur que la Méditerranée qui à l’époque n’avait pas encore été surexploitée et mazoutée (je parle de la Méditerranée et pas de Monsieur Alain Delon ou de son regard)… Sortez vos Ray-Ban. Plein Soleil.

Philippe Greenleaf (Maurice Ronet), jeune mâle américain, fils de milliardaire, coule de paisibles et oisives vacances au milieu des charmes ensoleillées du sud de l’Italie avec sa compagne Marge (belle Marie Laforêt, sublime même). Son richissime père a chargé Tom Ripley (bel Alain Delon) de convaincre le fiston de retourner en Californie pour s’occuper de la Société familiale. Ripley, étrangement talentueux et profondément perturbé, camarade homme à tout faire humilié, monte un meurtre machiavélique pour prendre la place de Philippe…

René Clément signe ici, un fabuleux thriller avec un Delon formidable mais inquiétant au regard de braise et de feu et avec une magnifique Marie Laforêt au regard tout aussi puissant pour lequel j’aimerai bien plonger dedans. A défaut, je me contenterai de plonger dans l’azur de la Méditerranée, l’autre vedette du film. Une mer belle bleue, Naples sans ordures ménagères dans les rues, sans scooters sur les trottoirs, sans portables aux terrasses des cafés. Cela  ressemblerait au paradis, mais pour Alain Delon, cela pourrait être le début de l’enfer… A noter (en pointillé et en minuscule, tant la comparaison pourrait paraître anecdotique) qu’en 1999, Anthony Minghella réalisa un remake, « le talentueux Mr Ripley » avec le trio Matt Damon, Jude Law et Gwyneth Paltrow, remake de moindre mesure qui n’a pas pris la dimension psychologique que René Clément avait su insuffler à son histoire et ses acteurs (Pourtant avec Matt Damon et Jude Law, on se serait attendu à mieux – comme quoi le physique et la plastique ne font pas tout ; et pourtant, Matt Damon, j’adore ; et pourtant Jude Law, surtout dans « My Blueberry Nights », j’adore aussi).

De My Blueberry Nights à In The Mood For Cinema, il n’y a qu’un clic de souris :

Acte de naissance d’un mythe, thriller palpitant, personnage délicieusement ambigu, lumière d’été trompeusement belle aux faux accents d’éternité, « Plein soleil » est un chef d’œuvre du genre dans lequel la forme coïncide comme rarement avec le fond, les éléments étant la métaphore parfaite du personnage principal. « Plein soleil », un film trompeusement radieux par lequel je vous conseille vivement de vous laisser éblouir !

Une mortelle Dolce Vita pour un thriller démoniaque et intemporel.

Sur ce, je remets mes Ray-ban et pars en virée sur mon voilier…

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