La Source Chaude [Thomas McGuane]

Par le Bison le 24 mai 2012

Né en 1939 dans le Michigan, Thomas McGuane réside maintenant à environ 2000 km du Michigan… dans le Montana… Pendant les années 70, McGuane a été surnommé Capitaine Barjot, à cause de la vie de bâton de chaise qu’il y a mené durant quelques temps, et souvent avec son complice Jim Harrison. Tom McGuane et Jim Harrison se sont rencontrés sur les bancs de l’université … C’est Tom McGuane qui va conseiller à Jim Harrison, alité pendant un mois suite à une blessure à la colonne vertébrale, d’en profiter pour écrire un premier roman. Ce sera « Wolf », qui fut dédié à Thomas McGuane, et qui parut aux États-Unis en 1971.

Rapide présentation de l’auteur pour signaler surtout sa connexion importante avec Jim Harrison. Ce dernier est nettement plus médiatique dans notre contrée, mais les deux font la paire, et l’un ne va pas sans l’autre. Comme Laurel et Hardy. Qui s’éprend de passion pour Jim doit se nourrir de Tom. Et vice-versa ou réciproquement. On voit mal le coyote tenir le devant de la scène sans la présence de Bip-Bip. Ou inver-sement. Après donc quelques lectures de Jim Harrison, je me devais de plonger dans l’univers de Thomas McGuane. Et pour démarrer une nouvelle lecture du Montana, j’ai choisi de m’immerger totalement dans ce paysage naturel, couvert de boue des pieds au sexe, du sexe au torse… dans « La Source Chaude ». Seuls dépassent ma tête et mon coude pour lever le verre… Sans alcool bien viril, je ne tiendrai pas longtemps dans la rudesse du Montana.


Pour Lucien Taylor, mon alter ego littéraire du jour, les choses ne sont pas aussi si simples qu’une vie paisible et plaisante dans une contrée retirée et sauvage du Montana. Son cœur se partage l’amour de deux femmes, laquelle choisir ? Il sait que ces deux femmes entraîneront sa vie dans des chemins diamétralement opposés…

« Pendant sa première année d’université, il sortait avec deux filles de chez lui, Emily et Suzanne. Avec Emily, il tiendrait un ranch et serait peintre de sujets sportifs à la manière de Thomas Eakins. Avec Suzanne, il s’accrochait désespérément à ses excellents résultats aux examens, se plaçait parmi les pourcentages les plus élevés, ne s’étant préparé que de façon générale, et irait en Amérique latine pour l’Agence d’information des États-Unis, et distribuerait des tracts aux millions de mestizos. Il épousa Suzanne. »

Et la source chaude ? Elle est où cette source chaude que je puisse badigeonner mon corps de boue et batifoler dedans comme au bon vieux temps de l’adolescence…

Après quelles années et un fils dans une vie bien rangée, Lucien décide de remettre tout à zéro : retour au Montana avec Emily la sauvage, Emily la recherchée…

« L’hiver arriva comme une suite de couleurs en demi-teintes ; Lucien peignait avec application les valeurs qui pâlissaient. En mars quelque chose devint tout à fait évident : Lucien n’avait aucun talent. Boire et courir les femmes lui sembla la seule solution. Aussi, brusquement, le solitaire mystérieux quitta son ranch pour devenir un pilier de bistrot. Il apprit à dormir sur le juke-box. Il ramenait souvent ses compagnes à la source bleue, où ils jouaient, se trempaient et se traînaient dans la boue chaude pour faire l’amour comme des ivrognes. Toute tentative joyeuse ne faisait qu’enfoncer plus profondément la partenaire dans la boue. Grogner en pataugeant pendant que ses membres faisaient des bruits de succion, Lucien s’en rendait compte, était une façon de briser la glace pour les filles les plus timides. Lucien espérait un jour transformer l’endroit en source thermale. »

Un roman qui se déchiffre comme une peinture ; les images se dévoilent et se cachent dans la beauté des couleurs, la fluidité des ombres et des teintes qui masquent la rigueur du Montana. Il est drôle par moment, et corrosif par endroit où la description des rapports sociaux et humains sont sans compassion aucune. Thomas McGuane. J’ai plusieurs romans en stock (trois supplémentaires si le compte est bon – j’oublie ceux qui sont enfouis dans la poussière et ne compte même plus ceux dont les pages restent collées par une immersion trop prolongée dans la boue séchée) qui n’attendent qu’un geste de ma part pour s’ouvrir et dévoiler leurs feuilles ; si vous êtes prêt à me suivre sur les longs chemins rudes et torrides du Montana…

15 commentaires
  1. 25 mai 2012 , 0 h 05 min - Yspaddaden prend la parole ( permalien )

    Je tenterais bien ce McGuane mais la comparaison avec Harrison me refroidit car globalement, cet auteur m’ennuie…

    • 25 mai 2012 , 8 h 51 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Peut-être n’as-tu pas lu les Harrison qui te conviennent.
      Je pense à ‘Un Bon Jour pour mourir’ qui est une folle épopée dans les années 70 et le Middle-West.
      Je pense à ‘Retour en Terre’ qui est une puissante chronique humaine pour se rapprocher de la Nature et de ses Ancêtres.
      Je pense à…

      Quand à la plume de McGuane, elle se veut plus critique et plus acerbe – surtout envers ses concitoyens – que celle de Jim.

  2. 25 mai 2012 , 7 h 46 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Lu McGuane avec Outsiders.Globalement j’aime bien ces auteurs là.

    • 25 mai 2012 , 8 h 52 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ‘Outsiders’ fait partie également de mes projets.

  3. 28 mai 2012 , 22 h 28 min - Choco prend la parole ( permalien )

    Merci pour cet avis ! Mais je reste malgré tout sur ma réserve avec McGuane et me demande toujours si cet auteur est pour moi… ! J’attends tes autres critiques ! ;)

    • 28 mai 2012 , 22 h 34 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et va falloir attendre… Je vais entamer une période asiatique. Donc cela ne sera pas pour toute suite… C’est le truc que j’ai trouvé pour que tu me suives pendant encore plusieurs mois…

  4. 29 mai 2012 , 14 h 14 min - phil prend la parole ( permalien )

    voyage voyage …

    • 29 mai 2012 , 14 h 22 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      voyage et peinture… de quoi faire de ce roman de belles estampes de carpes…

  5. 29 mai 2012 , 20 h 10 min - Choco prend la parole ( permalien )

    C’est un très bon truc, je dois dire ! :D

  6. 7 juin 2012 , 15 h 29 min - Glacha prend la parole ( permalien )

    Je suis une grande adepte de Jim Harisson, et je n’ai toujours pas lu de roman de Thomas MGuane, ne sachant par lequel commencer.. Peut-être par La source chaude du coup!
    Merci pour les critiques toujours superbement écrites.

    • 7 juin 2012 , 16 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pour le moment, j’ai beaucoup plus lu Harrison que McGuane… Mais j’espère aussi inverser la tendance.

  7. 7 juin 2012 , 15 h 30 min - Glacha prend la parole ( permalien )

    HaRRiSon, bien sur..

    • 7 juin 2012 , 16 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Bien sur… ;)
      (je fais également souvent l’erreur)

  8. 1 juin 2013 , 13 h 53 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Déçu pas mal avec L’ange de personne.Why?

    • 1 juin 2013 , 15 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je ne l’ai pas lu.
      Et du coup de ne peut te dire s’il est représentatif de son œuvre. Il est souvent comparer avec Harrison (pour beaucoup en moins bien). Mais au-delà du lien d’amitié qui les unit et du Montana qui rassemble leurs écrits, le style est bien différent. Et leurs histoires également.
      Moi j’aime bien mais je n’en ai pas lu assez encore, à mon grand désespoir (alors que je crois que y’en a au moins 3 qui m’attendent sur mes étagères). Pourquoi n’ai-je pas le temps de lire plus…
      Faut que j’arrête de regarder la télé, d’écouter de la musique, de boire et d’aller bosser. (Enfin, je retire ‘de boire’)

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