Sans même nous dire au revoir [Kentarô Ueno]

Par le Bison le 28 avril 2012

Catégorie : 5 étoiles, Asie

Kentarô Ueno est un mangaka (pour les néophytes, un dessinateur de mangas). Il habite, avec sa femme et sa fille de 10 ans, dans une petite maison dont le premier étage lui sert également d’atelier d’écriture. Sa femme semble souffrir d’une étrange maladie – la dépression. Hormis ce détail, la vie coule paisiblement dans ce foyer ordinaire. Jusqu’au jour où, alors qu’il s’apprête à se coucher, il la retrouve allongée face contre terre, morte. « Sans même nous dire au revoir » raconte ce qui s’est passé ensuite dans la vie de l’auteur jusqu’à aujourd’hui. Un manga autobiographique sur la mort de son épouse et le deuil qui va s’en suivre. Une idée qui s’est imposée naturellement, une façon d’exorciser la douleur en la transcrivant sur quelques planches à dessins.

Le dessin au crayon et à l’ancienne n’est pas sans me rappeler certains Jirô Taniguchi, notamment dans les scènes de rue où les détails foisonnent de toute part jusqu’à l’amoncellement des fils électriques au milieu de la rue. Si l’auteur a plus de mal à dessiner les visages des personnages, souvent d’une rondeur grossière avec un léger manque d’expressivité, il a su rendre la vision telle que je l’entends du Japon que j’aime… Et l’histoire… d’une tristesse profonde et émouvante. Normal, vous me direz, pour parler d’un deuil. Mais quand le deuil est aussi proche que peut l’être entre un  mari et sa femme, cela n’avait rien d’évident au départ.

Je n’y connais pas grand-chose en bande dessinée, très peu en manga à part les seuls et uniques Jirô Taniguchi que je vénère tant. Mais lorsque la proposition m’a été faite par Babelio pour découvrir d’un peu plus près le monde des bulles japonaises (non, je ne parle pas de saké pétillant), je me suis tout naturellement porté vers cet auteur car je sentais déjà une forte ressemblance avec des monuments tels que « l’homme qui marche » – aussi bien sur le plan du croquis que sur l’intensité émotive de la narration.

Dans le jargon populaire, il s’agit d’une œuvre « one-shot », unique et incomparable au reste de son œuvre, car comme l’auteur le précise lui-même en préambule de son récit, il est avant tout un auteur de manga comique ! Malgré son inexpérience dans ce genre de domaine, « Sans même nous dire au revoir » est une formidable réussite tant j’ai ressenti l’émotion voulue par l’auteur, son incompréhension face à ce genre d’évènement, son inacceptation à un tel drame. Tous les détails sont présents pour nous impliquer – la découverte du corps, l’appel des pompiers, la venue des gendarmes, la crémation, la dispersion des cendres – jusqu’à l’achèvement du manga et à la reconstruction de l’auteur vers une seconde famille. « The Show Must Go On », dans la musique. Ici, pas de musique mais la vie doit continuer également…

Sombre et mélancolique.

Brut et émouvant.

Watashinokutsuça veut dire « mes chaussures » en japonais :

Ce manga aurait pu être un “regardez-moi” ou “un coup commercial”. Mais c’est tout l’inverse : juste un “voici mon histoire et la manière dont je l’ai vécue” et un “je t’aime”. Vous l’aurez compris, ce manga n’est pas un manga ordinaire… Vous aimerez, ou pas, mais je suis sûr qu’il vous marquera… Et si ça m’arrivait ?

5 commentaires
  1. 29 avril 2012 , 20 h 08 min - Pasdel prend la parole ( permalien )

    En effet ça à l’air pas mal pour un non fan de manga.

    • 29 avril 2012 , 21 h 32 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      En effet tout dépend de l’histoire. Fan ou pas, le script a son importance. Il y a tout un tas de manga qui ne sont pas faits pour moi – mais c’est comme pour la littérature ou la musique. Il faut faire un choix et là ça peut se compliquer quand on a que effleurer le sujet…

      Mais avec celui-là, je suis bien tombé. Pas besoin d’être fan de manga pour apprécier, faut juste aimer les histoires (la littérature) japonaises.

  2. 30 avril 2012 , 0 h 06 min - manU prend la parole ( permalien )

    Très tentant en effet !

  3. 1 mai 2012 , 18 h 30 min - phil prend la parole ( permalien )

    puisque super bibi se tourne vers le manga, je lui conseille suicide island de Kouji Mori.

    • 1 mai 2012 , 19 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      une version de « Battle Royal » en plusieurs tomes ?

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