un Privé à Babylone [Richard Brautigan]

Par le Bison le 10 mai 2012

« Ma cliente savourait une bière.
La boire lui procurait un plaisir infini. Elle ne buvait pas comme on aurait pu s’y attendre. Elle n’avait rien d’une dame dans sa façon de boire sa bière. Elle buvait de la bière comme un docker le jour de paye. »

C. Card aurait pu faire un bon flic. Il aurait pu devenir un excellent inspecteur s’il avait réussi son examen d’entrée. Seulement en plein milieu de l’épreuve, il s’est mis à rêver de Babylone. Et lorsque son esprit s’éprend de Babylone, il peut y rester des heures dans ce paradis. Alors C. Card est devenu détective, « un privé à Babylone ». La réussite n’est plus vraiment au rendez-vous, plus de bureau, plus de secrétaire, plus de voiture, et même plus le moindre sou pour se payer quelques balles pour charger son revolver vide. La misère et la déchéance d’un privé qui rêve trop. Parce que la vie est belle, dans ses rêves : une magnifique secrétaire, belle et intelligente, amoureuse de lui ; il est le plus beau, le plus fort, le maître de Babylone. Mais le rêve fini, la chute brutale dans la réalité est encore plus dure.

« J’ai fais signe à la serveuse de nous apporter une autre bière. Pendant ce temps-là, ma cliente terminait celle qu’elle avait devant elle. Je crois qu’elle venait de battre le record du monde des femmes riches buveuses de bière. Je ne pense pas que Johnny Weismuller serait arrivé à se taper une bière aussi vite. »

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Mais cela va changer ! C. Card est sur un coup, le genre de coup qui vous permet de vous renflouer, qui va lui permettre de relouer un bureau, de repayer une secrétaire, et une belle en plus ! Il a déniché une nouvelle cliente, la femme idéale (si, si ! Vous ne me croirez peut-être pas, mais elle ‘semble’ exister) : belle, riche et capable de boire des litres de bière sans éprouver le besoin d’aller aux toilettes (cette femme est unique ! – je l’aime déjà !).

« Elle était assise tout près de moi et son haleine ne sentait pas du tout la bière. Quand je pense qu’après avoir fini les six bières elle était tout de suite remontée en voiture sans aller aux toilettes : à se demander où la bière avait bien pu foutre le camp. »

Je vous le dit : ça c’est du roman policier ! Un vrai polar américain avec un privé doux rêveur mais tout aussi philosophe. Un régal désopilant qui fait de ce roman de Richard Brautigan plus qu’un simple pastiche de polar : l’histoire d’un homme seul qui à force de rêver à Babylone atteint le sommet de la déchéance humaine ; même le pauvre aveugle SDF au bas de sa rue semble mieux loti que lui, mais C. Card s’en fout carrément car il a une chose bien plus précieuse que les quelques billets pouvant lui servir à louer un bureau pour son agence ou à payer une secrétaire, même moche avec des boutons : il a un RÊVE !

C’est vraiment très beau à Babylone. Je suis allé faire une longue promenade le long de l’Euphrate. Il y avait une fille avec moi. Elle était très belle et portait une robe longue à travers laquelle je pouvais voir son corps. Elle avait un collier d’émeraudes.
Nous avons parlé du président Roosevelt. Elle était Démocrate, elle aussi. Le fait qu’elle ait de gros seins bien fermes et qu’elle soit Démocrate faisait d’elle la femme idéale, à mes yeux.

Une lecture JUBILATOIRE !

Une couverture signée Edward Hopper – Nighthawks (1942)

2 commentaires
  1. 10 mai 2012 , 23 h 25 min - Yspaddaden prend la parole ( permalien )

    Boire à deux, c’est certainement mieux ue boire tout seul, je ne sais pas, je ne bois pas. Par contre, je vois bien que j’ai tort de ne pas avoir encore lu Brautigan…

    • 11 mai 2012 , 9 h 24 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      2 torts donc : ne pas boire et ne pas avoir lu Brautigan.
      On peut facilement en réparer un…
      Qu’est-ce que je te sers ?

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