Nagasaki [Eric Faye]

Par le Bison le 4 juin 2011

Catégorie : 5 étoiles, Asie, Europe

Le Nouvel Obs : « Eric Faye méritait depuis longtemps un grand prix littéraire. Il a fallu, comme souvent, qu’il publie son moins bon livre pour que l’Académie le couvre d’honneurs justifiés par ailleurs. »

Je commence donc par le moins bon, d’après ce canard, Grand Prix du Roman de l’Académie Française tout de même. Je me demande ce que devait être ces précédents romans car pour ma part, ce dernier paru en 2010 m’a totalement subjugué et conquis l’espace de deux petites journées. Le roman n’est pas bien épais, à peine 110 pages, mais pas un mot de trop pour une histoire tirée d’un fait divers paru dans plusieurs journaux japonais dont l’Asahi.

Shimura-san est un météorologue, la cinquantaine, célibataire, un peu maniaque, un peu dépressif. Il vit seul dans une maison silencieuse de Nagasaki où chaque chose est rangée à sa place. Un quotidien d’une banalité effarant où Shimura-san ne fait strictement aucun écart de conduite à sa vie parfaitement réglée. Un jour, des soupçons envahissent son esprit. Il a le sentiment qu’un pot de yaourt a disparu et que le niveau du jus de fruit s’est légèrement abaissé… Il ne lui en faut pas plus pour installer une webcam dans sa cuisine et surveille ainsi, de son travail, la porte de son frigo… Jusqu’au jour où l’ombre d’une femme, ni belle ni jeune, apparait sur l’écran de son ordinateur…

Comment décrire un tel livre, si court mais si humain. Je me revois lorsque je découvrais « Neige » ou « Soie », deux autres courts romans écrits par des occidentaux sur le Japon. Comme ces deux précédentes œuvres, j’ai eu le sentiment que l’auteur s’était mis au diapason de la littérature nippone. La plume aurait très bien pu être tenue par un auteur japonais sans que l’esprit du roman n’en soit affecté dans un sens ou l’autre. Et pour rester dans les impressions asiatiques, tout en lisant ce roman, je revoyais des images du film de Kim Ki Duc, « Locataires », le sentiment de découvrir en cette ombre parue furtivement sur la webcam de Shimura-san, une « visiteuse » venue s’apaiser dans cette maison vide et absente de son propriétaire…

Il y a des livres qui semblent vous marquer plus que d’autres. Ce « Nagasaki » en fait partie. Juste une impression, celle d’avoir entrevue des sentiments humains dans ces deux personnages (et c’est suffisamment rare de nos jours). Je sais que je ne me contenterai pas de cette simple lecture. Le livre est rangé dans ma bibliothèque, à l’abri de la poussière et de la lumière vive, à coté des autres romans japonais, et dans quelques mois, je le ressortirai et reprendrai plaisir à ressentir ces mêmes émotions… et sûrement à en découvrir d’autres…

Un petit tour sur Hop Blog :

« Nagasaki » est un roman bien à l’image des récits japonais dans lesquels les auteurs attachent beaucoup d’importance aux petits détails du quotidien, à la valeur du temps qui passe, au plaisir de la lenteur, au souvenir des lieux fréquentés durant la jeunesse, avec toute la mélancolie qui peut s’en dégager.

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