Le Cerveau de Kennedy [Henning Mankell]

Par le Bison le 21 avril 2012

Catégorie : 4 étoiles, Afrique, Europe

« Henrik était couché sous la couverture. Sa tête reposait lourdement sur l’oreiller. Il était étendu sur le dos, une main pendant vers le sol, l’autre ouverte sur sa poitrine.

Elle comprit sur-le-champ qu’il était mort. Dans une tentative désespérée de se libérer de cette vision, elle poussa un cri. Mais il resta sur le lit, sans bouger.

Ce vendredi 17 septembre, Louise Cantor fut précipitée corps et âme dans un gouffre sans fond. »

Aucune trace de violence, c’est un suicide. Incontestablement. Indubitablement. D’une hypothèse, la police en vient rapidement à cette conclusion. Aucune raison d’en douter, pas besoin de faire appel à la bande des experts en blouses blanches, sur-chaussures bleues et bonnets ridicules. Sauf que Henrik Cantor était en pyjama… Sa mère, Louise ne peut donc y croire ; Henrik a toujours dormi tout nu. Une mère sait ce genre de détail intime. De suicide, elle ne veut en entendre parler. Oui, il s’agit bien d’un meurtre. Et elle est bien décidée à mener l’enquête pour établir la vérité sur cette mort plus que suspecte. Elle appelle alors l’inspecteur Kurt Wallander, tombe sur son répondeur : « Bonjour, je suis l’inspecteur Kurt Wallander, mais je ne suis pas en mesure de vous aider. Je suis à la retraite en train de pêcher dans la Scanie profonde, à manger un bon sandwich bien mayonnaisé. Ou alors je suis déjà mort, enterré dans le cimetière communal d’Ystad. Par conséquent, vous devrez résoudre cette enquête sans mon aide. » Ah, oui, j’avais oublié : ce Henning Mankell n’est pas un Kurt Wallander.

« Elle eut une révélation, une des rares choses dont elle se souvint toute seule. Le temps était un navire qui s’éloigne. Elle demeurait à quai, les horloges de la vie ralentissaient leur tic-tac. On l’avait abandonnée, laissée à l’écart. Ce n’était pas Henrik qui était mort, c’était elle. »

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Louise se retrouve donc toute seule pour découvrir la vérité, triste vérité, cruelle vérité. La paranoïa s’installe, les disparitions autour d’elle s’enchainent, les meurtres sauvages s’accumulent, les morts s’amoncellent. Mais la vérité est ailleurs. Peut-être dans l’odieux complot du monde moderne. Le genre de complot que même un Kurt Wallander, en poids de forme et à l’instinct aiguisé, n’aurait su résoudre. Alors comment est-ce que cette pauvre mère de famille pourrait obtenir la Vérité, The Truth comme on dit en Australie en buvant une Forster’s, la Veridad comme on dit à Barcelone en buvant une San Miguel… Et que dire de la Mac Mahon que je bois à Maputo, Mozambique. Je fais un tour du monde des bières en compagnie de Mankell, l’auteur 50% suédois, 50 % mozambicain. L’histoire de Louise débute en Grèce dans les fouilles archéologiques. Le mort repose en Suède. L’ex-mari et père du suicidé  se cache en Australie. L’enquête se débine à Barcelone. L’énigme prend sa source au Mozambique… Pour tous ces trajets, j’ai le droit à des escales en Afrique du Sud et à Francfort (tiens si je prenais une Paulaner pour tremper ma saucisse).

« Ce n’était pas le premier blanc à débarquer dans un pays pauvre d’Afrique et à se jeter sur les femmes noires. Rien n’est plus important pour un homme blanc que de pénétrer entre les jambes d’une femme noire. Pareil pour un Noir avec une femme blanche. »

Bon, OK, Kurt Wallander ne fera son apparition. Sa fille n’a pas repris le flambeau familial, encore moins son gendre. Il faut que je m’en remette à moi-même, à Louise pour mettre à jour cette conspiration d’ordre mondial. Alors, je regarde la couverture, et je vois cette femme triste, et ses yeux morts… Voilà une piste à suivre. Comment elle s’appelle, Ernestine, Julietta ou Lucinda. Peu importe, elle est noire, je suis blanc. Vous voyez le tableau. C’est la réalité de la vie, du monde, des rapports humains. Je ne peux changer, le monde non plus. Je suis ainsi fait. Mais derrière les yeux de Lucinda, je croise toute la détresse du continent africain, sa misère et son désespoir. Toutes les horreurs perpétrées sur ce continent, oppressé depuis des lustres. Car derrière la mort d’Henrik se cache d’autres morts, beaucoup plus nombreux, beaucoup plus cruels. Mais chut, je n’en dis pas plus. Louise a du mal à accepter la Vérité.

« Personne. Un silence oppressant. Elle sortit de la voiture, gagna l’une des cases et ouvrit la porte. D’un seul coup, elle entra dans un autre monde, celui des malades et des morts.

Plus rapidement encore qu’à sa première visite, elle sentit l’odeur âcre. La mort prend à la gorge comme un acide. C’est l’odeur des cadavres, avant la putréfaction.

La pièce était crasseuse, pleine d’ordures et d’angoisse. Les malades étaient pour la plupart recroquevillés en position fœtale sur des civières ou à même le sol […] »

Et moi-même, le fait de lire ce bouquin, j’ai le sentiment de m’être mis également en danger. Je me sens épié. Des ombres tournent autour de moi. Mais je vous mets en garde : si un jour, vous me retrouvez mort dans mon lit, en pyjama, vous pouvez en conclure que cette mort est plus que suspecte. Et vous auriez bien raison d’enquêter à mon sujet !

Vous savez ce qu’est devenu le cerveau de Kennedy ? Non ? Rappelez-vous, la vérité est ailleurs…

5 commentaires
  1. 21 avril 2012 , 22 h 01 min - phil prend la parole ( permalien )

    vl’a qu’on va elucider des meurtres, enquete policiere ou policee?
    a ce sujet, Crossfire, de MIYABE Miyuki tu connais ??

    • 23 avril 2012 , 9 h 10 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je connais l’auteur de nom, mais n’ai pas eu encore la possibilité de découvrir sa plume.

  2. 23 avril 2012 , 18 h 58 min - phil prend la parole ( permalien )

    si ca fait comme le Yoichi, je connaissais aussi de nom jusqu’a qu’un jour un dromois nous amene une bouteille apres un cours d’aiki et bien une fois goute, c encore bien meilleure car on se fait sa propre idee et ca passe par le corps !

  3. 15 octobre 2012 , 16 h 32 min - conceptualisthic prend la parole ( permalien )

    je suis en train de le lire ça mets du temps a démarrer ma foi …

    • 17 octobre 2012 , 20 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ma foi, cela doit être le temps que la Flag se rafraichisse dans le lit de la rivière…

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