Incendies [Denis Villeneuve]

Par le Bison le 10 avril 2012

« J’aime les films qui arrachent le spectateur à son quotidien. Je voulais débuter Incendies dans l’envoûtement, l’hypnotisme. La première scène devait plonger le public dans un ailleurs immédiat, le dérouter. L’énigme posée ici crée une tension qui propulse les scènes suivantes. La chanson de Radiohead (You and Whose Army), j’y ai pensé quinze secondes après avoir commencé l’écriture de la scène : je cherchais un certain lyrisme, une mélancolie, un rapport au sacré. Et les paroles (“You can take us on / You and your army / You and your cronies”: “Vous pouvez nous prendre / Vous et votre armée / Vous et vos copains”) étaient parfaitement adaptées à ces images d’enfants soldats… »

Je débute donc sur ses quelques mots du réalisateur, Denis Villeneuve qui comme son nom l’indique est un québécois (Tabernacle !) pour présenter « Incendies », une tragédie familiale sur fond de guerre civile en Palestine. L’œuvre originale est en fait une pièce de théâtre de Wadji Mouawad, auteur canadien d’origine libanaise dont ses écrits se trouvent publiés chez Actes Sud.

Le sujet est fort, la mise en scène sobre et efficace (comment ça, ça ne veut rien dire ??). Toujours est-il que ce film est l’un des plus intenses de la production canadienne qui m’ait été donné de voir. Quelques mots sur le synopsis – bref, concis tout en raccourcis pour ne pas gâcher votre envie de découverte : une mère meurt, un notaire lit le testament à ses deux enfants, jeunes adultes canadiens ignorant tout du passé familial et de leurs racines.

Toujours aussi bref et concis, il en ressort que leur père est vivant et qu’ils ont également un frère. A leurs charges de les retrouver tous les deux pour leur remettre une dernière lettre.

Voilà, l’histoire est plantée. Le décor, quand à lui, sera celui d’un Canada où beaucoup de jeunes canadiens de source étrangère sont à la recherche de leurs racines, sera aussi de la Palestine en plein conflit religieux où le fanatisme détruira des vies aussi bien du côté des chrétiens que des musulmans, représailles succédant aux représailles, indéfiniment, sera aussi le combat d’une femme, puis d’une mère pour sa liberté, la liberté des opprimés.

Le tout sur une musique hypnotique de Radiohead, sur quelques scènes extrêmement fortes, choquantes, violentes. Je découvre une nouvelle facette du cinéma québecois après les excellents « C.R.A.Z.Y. » de Jean-Marc Vallée et «J’ai tué ma mère » de Xavier Dolan. Oui, le cinéma canadien se porte, s’exporte bien. Quant à Wadji Mouawad, je vais fureter quelques livres d’occasion pour voir sur papier ce que cela donne, si les images sont aussi fortes, pour ne pas laisser partir ses écrits en fumée…

Et puisque mon avis ne veut pas dire grand chose, voici ‘succinctement’ quelques récompenses-trophées-nominations sur Incendies :

  • Prix du meilleur film de la section Venice Days, Mostra, Venise, pour « Incendies »
  • Prix du meilleur film canadien, Festival de Toronto, pour « Incendies »
  • Prix de la meilleure actrice, Lubna Azabal, Festival de Abu Dhabi, pour « Incendies »
  • Grand Prix du Festival de Varsovie, pour « Incendies »
  • Prix du meilleur film canadien du Festival de l’Atlantique de Halifax pour « Incendies »
  • Prix du public du Festival de Namur pour « Incendies »
  • Prix du public du Festival de Valladolid pour « Incendies »
  • Prix du public du Festival de Rotterdam pour « Incendies »
  • Prix du meilleur film canadien de l’Association des critiques de Toronto pour « Incendies »
  • nomination aux 5 meilleurs films étrangers du National Board of Review (USA) pour « Incendies »
  • Nomination aux Oscars dans la catégorie « Meilleur film en langue étrangère » pour Incendies.
  • Prix Génie du meilleur film et de la meilleure réalisation pour Incendies.
  • Prix Jutra du meilleur film, du meilleur scénario et de la meilleure réalisation pour Incendies.

En bref, un film qui fait l’unanimité de part et à travers le monde, même si la plus belle récompense reste celle du Prix du meilleur film dans le salon du Ranch Sans Nom – Catégorie Unibroue.

12 commentaires
  1. 11 avril 2012 , 17 h 51 min - phil prend la parole ( permalien )

    decidement on part encore en voyage avec toi !

    moi qui pensait voir des etendues de forets aux cimes plus hautes que des immeubles qui se font miroir sur les eaux calmes de grands lacs
    sacre voyage celui-la !

    et oh fait, y date de quand ce film ?

    • 11 avril 2012 , 20 h 10 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et oh fait, y date de quand ce film ?

      Excellente question, mon cher Docteur !
      Il est vrai que, n’allant que très peu dans les salles obscures, je suis souvent en retard sur le monde culturel avant-gardiste.

      Toujours est-il que ce film date de 2010 et que par nos contrées éloignées, le film est sorti en janvier 2011.

  2. 12 avril 2012 , 1 h 09 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Ok je note, il est en DVD, j’ai eu des bouquins de l’auteur mais je ne crois pas les avoir encore ou du moins sous le coude, si je trouve je te dis.
    Merci pour cette piste !

    • 12 avril 2012 , 8 h 37 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je crois qu’il a surtout écrit des pièces de théâtre… Quelques romans ? à vérifier…

  3. 12 avril 2012 , 21 h 13 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Oui oui des pièces de théâtre mais bon c’est un peu normal vu mon boulot de dans le temps ^^
    C’est pour ça que je n’ai plus sous la main.
    Pouet !

  4. 29 septembre 2013 , 16 h 30 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Incendies! Ah oui…… Un chef d’oeuvre du cinéma québécois. Je l’ai tout simplement adoré. Déjà Villeneuve j’ai tout vu de lui et un tout dernier film vient de sortir à Montréal: Prisonniers. J’irai le voir ce soir! Pour revenir à Incendies, le sujet est contemporain, le cinéaste de talent. Inspiré avec justesse de la pièce de Mouawad et de fortes ressemblances avec Oedipe roi de Sophocle, l’inceste notamment. Il y a peut-être une surabondance de coïncidences mais ça me m’a pas choquée. Les acteurs sont bien choisis, bien que Rémi Girard (le notaire), n’a pas rayonné dans ce ilm alors que c’est un comédien de grand talent au Québec. Plusieurs scènes sont très touchantes, celle de l’autobus notamment.
    Bref, un grand moment de cinéma. Je l’ai vu 3 fois:)
    Bonne journée
    Nadine

    • 29 septembre 2013 , 20 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Une vraie fan de Villeneuve ! Et je soupçonnerai même qu’elle est québecoise !
      Tavernier, une Blanche de Chambly pour la demoiselle…
      Je ne l’ai vu qu’une fois, mais oui, c’est un grand film, et voir la pièce de Mouawad doit être aussi intense.
      Merci de ta participation…

  5. 30 septembre 2013 , 21 h 49 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Québécoise pure laine comme on dit au Québec. Et en plus, la Blanche de Chambly est l’une de mes favorites:) Elle est brassée non loin d’ici, Chambly étant à une trentaine de minutes de Montréal.
    Bonne soirée
    Nadine

  6. 30 septembre 2013 , 21 h 53 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Ah oui, j’oubliais! hi hi
    Au Québec on dit « Tabarnak » mdr
    Je crois bien que celle-ci a fait le tour du monde! Quoi que…. tabarnak en chinois, j’ai mes doutes….
    Re-bonne soirée
    Nadine

    • 21 décembre 2015 , 18 h 37 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Alors, on dit comment Tabarnak en chinois… Je ne sais toujours pas. Et ne vas pas mautadiner à la place !!

    • 22 décembre 2015 , 0 h 30 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      Attends je vais vérifier ça…
      Voilà: 他 人 :D
      C’est mautadinement exotique en tabarnak non? ^^

    • 23 décembre 2015 , 12 h 34 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      presque aussi exotique qu’un hostie de câlisse !!

Ajouter un commentaire

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS