Trash Circus [Joseph Incardona]

Par le Bison le 11 mars 2012

Catégorie : 4 étoiles, Europe

« Entre deux auvents, une pluie froide et grasse mouille son visage mais il s’en fout. Il a replié son bonnet sur la tête de façon à laisser les oreilles dégagées tout en protégeant son crâne. A l’intérieur de son bomber il a chaud. Et à l’intérieur de lui-même il bouillonne malgré l’air humide et les rafales de vent : la défaite à domicile contre Auxerre (2-3) et cinq babys d’après-match avec les gars du Kop ont fini de lui retourner le cœur et l’estomac. »

Première phrase du bouquin, première défaite ! Je jubile, je suis aux anges. Je sais déjà que ce livre va m’entraîner dans une spirale infernale faite de tourmente et de désillusion. Là où, je ne me doutais pas encore de la puissance de cette introduction, c’est que j’allais descendre encore plus bas, dans les profondeurs de la perversion et de la dépravation…

Frédéric Haltier est supporter du PSG, une tare génétique inculquée par son paternel. Mais ce qu’il aime supporter le plus, c’est les à-côtés du match. La fête n’est pas dans l’arène, un cirque où 22 clowns tournent autour d’un ballon, mais tout autour. Le stade, il y va pour se détendre après quelques bonnes bastons avec les autres « supporters » ‘visiteurs’ ou quelques malheureux arabes passant au mauvais moment au mauvais endroit. Mais à son grand regret, le PSG n’est pas Chelsea, les bastons sont moins fréquentes, moins virulentes. Casser de l’étranger ou du flic se fait de plus en plus rare. A cette seule évocation londonienne, je me  rappelle de cet excellent bouquin de John King, Football Factory ! (Un indispensable à lire pour comprendre le hooliganisme).

Frédéric Haltier se revendique hooligan. En dehors de cette activité qui ne l’occupe que quelques week-ends dans l’année, il bosse dans une boite de production, genre boite à fabrique de shows décadents et de téléréalités – de grosses merdes en somme faites de trash et de merdes. C’est là que le TRASH entre en compte. C’est là que toute notre société devient malade.

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« Sans baston, sans femelles, sans autre joie que celle de la victoire, seulement la bière et la fatigue, et un grand vide demain matin au réveil dans une piaule mal chauffée où l’humidité fait gondoler le poster géant et déjà collector du bon vieux Pauleta. »

Soyez la bienvenue dans un monde fictif – voir totalement absurde – où se mêlent sexe, drogue, cynisme et argent. En fait, ce monde n’est pas si irréel pour Frédéric Haltier. Il le revendique et est fier de faire partie d’une telle catégorie d’Hommes (notez le grand H) où la longueur de sa queue est tout aussi importante que le nombre de 0 sur son relevé de compte en banque. Canal 7 est le lieu de perdition de Frédéric Haltier et de ses quelques « collègues », tous plus ou moins déconnectés du monde réel de la vie. Une vie qui passe aussi bien du travail au sexe, laissant derrière lui une famille qui n’a guère compté. Une vie où la violence du monde télévisé est comparable à un face-à-face entre deux groupes de supporters ultras (l’un venant des Pays-Bas, l’autre de la capitale - ce n’est qu’un exemple). Pour revenir un petit peu au football, le PSG vient de faire un pauvre et minable 0-0 face aux jaunes de Dortmund. Je jubile toujours !

« Maintenant, j’en suis à mon troisième cocktail, assis sur ce tabouret en regardant le barman doser ses mélanges pour une rombière sur le retour installée un peu plus loin. Une couche de fond de teint épaisse comme un steak farde son visage. Les nombreux bracelets cliquettent sur le comptoir, cherchant à attirer mon attention. Le genre d’être humain parfaitement inutile, à effacer de la surface de la terre, je suis pour certains génocides. »

Mais une telle vie, avide de sexe, de violence et de pouvoir, entraîne forcément de la jalousie, de la haine. Sans en comprendre les aboutissants, Frédéric Haltier va voir, en l’espace de quelques mois, son univers sombrer et s’étioler jusqu’à se décomposer en poussière. Tout ça n’est qu’un jeu pour lui. Son monde n’a été que factice depuis le début, mélangeant herbes opiacées aux comprimés de Xanax, lignes de cocaïne aux cocktails Tequila-Gin-Vodka. Mais si le jeu était terminé ? Le monde de la téléréalité est sans pitié… Alors lorsqu’on s’enfonce dans les dérives sexuelles, lorsqu’on s’embringue dans un monde de violence, lorsqu’on n’a plus de conscience et qu’on perd les codes essentiels de la Moralité…

« Je trouve une de ses culottes, la déplie. Elle est légèrement tâchée là où le tissu entre habituellement en contact avec sa chatte. Le coton est un peu rêche, un peu cartonné à cause des fluides séchés. Je porte le slip à mon visage, respire son odeur, je vacille, inspire encore, m’en imprègne tandis que je m’astique comme un malade. J’ouvre le robinet pour couvrir mes halètements. Sur le point de venir, j’enroule ma queue dans la culotte, mon gland entre en contact avec la partie rembourrée, celle de l’odeur et des liquides échappés à son insu, c’est là que son clito a frotté pendant des heures, au bureau, dans la rue, dans la voiture, et je décharge. »

Joseph Incardona a un langage que je qualifie de « cru ». Chaque page de son dernier livre « Trash Circus » mérite son lot de vulgarité, de dépravation, et de sauvagerie totalement immorale et misogyne. Sur chaque page, à l’odeur de sperme se mêle celles des menstruations. A chaque page, une fille se fera tringlée, un mec se fera pompé ou inversement, une nana se fera violée, un arabe ou un pédé se fera tabassé. J’adore ! Qu’est-ce que vous voulez ? A mon âge, on ne se refait pas ! Je suis un obsédé ! Une littérature totalement perverse qui s’adresse à un public averti (principalement la gent masculine avec fort taux de testostérone). Et puis, le PSG vient de se faire éliminer en coupe de la ligue après une prolongation de folie. Je jubile toujours plus, limite de la jouissance. Oui, un livre pour jouir de la vie et du sexe, un roman noir pour ne considérer les nanas que comme des objets purement sexuels voués aux seuls plaisirs du mâle insatiable que je suis.

« Aucun cul, aussi beau soit-il, n’en vaut vraiment la peine. A moins que ce soit de l’amour, mais c’est un territoire qui m’est étranger. »

7 commentaires
  1. 11 mars 2012 , 15 h 25 min - manU prend la parole ( permalien )

    Quel billet !
    Du Bison dans toute sa splendeur…
    Du vrai, du pur, du dur, du sévèrement burné !! ^^

  2. 11 mars 2012 , 15 h 29 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    Oh la, ça parle de foot, je laisse tomber…

    • 11 mars 2012 , 18 h 33 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Non, ça ne parle pas de foot ! ça parle du PSG (ça n’a rien à voir avec le foot) et puis ça parle plus de bastons, de violence et surtout de SEXE !

  3. 12 mars 2012 , 8 h 03 min - phil prend la parole ( permalien )

    Mr le Bizon, c’est le printemps oui oui ! et si elles sont pleines et bien remplies depuis cet hiver, il devrait aller chercher Bizone au plus vite afin de ne pas souiller sa belle prairies qui commence a verdir !

  4. 12 mars 2012 , 8 h 04 min - phil prend la parole ( permalien )

    ou c la biere en canette alu, tu t’y fait pas !

    • 13 mars 2012 , 22 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Difficile de se mettre dans la peau d’un supporter parisien, alors la canette (et ses 12°) était une étape obligatoire…

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