Hiroshima, fleurs d’été [Tamiki Hara]

Par le Bison le 28 mai 2011

Catégorie : 4 étoiles, Asie

« Une neige poudreuse tombait depuis le matin. Un voyageur qui venait de passer la nuit dans cette ville, attiré sans savoir pourquoi par le charme de la neige fine, s’en allait à pied en direction du fleuve. »

Certaines lectures me plongent directement au cœur du roman. Je me sens investi d’une mission, celle de m’identifier au héros d’un jour, d’une page. Il me n’en a pas fallu guère plus que ces trois lignes, pour que mon esprit se sente au cœur du Japon, et ressente ces flocons de neige d’un blanc immaculé venus recouvrir les trottoirs de la ville, comme les pétales de cerisiers sur le parc Ueno un après-midi d’avril où la brise s’est levée… Cette entrée en matière dans la ville d’Hiroshima pourrait être une ode à la beauté, un instant poétique pour une âme vagabonde. Sauf que l’action se situe en plein été de 1945.

Tamiki Hara propose ainsi 3 courtes nouvelles sur Hiroshima, avant, pendant et après l’explosion de la première bombe atomique. Une horreur pure me plonge dans un regard extatique et profond de ce qui est la terrible violence de l’humanité. Je me demande toujours comment l’Homme possède en lui autant de cruauté et d’irresponsabilité pour massacrer aveuglément ses concitoyens. Assurément, la date du 06 Aout 1945, 8h15, marquera de façon indélébile la défaite de l’humanité.

« … Shôzô pensait que l’alerte n’allait plus tarder. Effectivement, l’imposante sirène se mettait à hurler dans le noir, venant de toutes les directions à la fois. Quelle horrible plainte, à la fois basse et suraigüe ! On aurait dit les gémissements d’une bête blessée. Comment les historiens la qualifieraient-t-ils plus tard ?… »

Tamiki Hara, né en 1905 à Hiroshima, s’est imposé rapidement dans le paysage littéraire et contestataire japonais. Ce 6 août 1945, il est à nouveau dans sa ville natale pour se recueillir après le récent décès de sa femme. Il survit à l’atrocité innommable mais restera traumatisé par cette bombe, lâche et cruelle. Il continuera d’écrire, sans relâche, pendant quelques années, toujours avec virulence pour dénoncer les atrocités de ce monde, jusqu’à se jeter sous un train de banlieue en 1951 dans ce qui apparait comme un dernier cri de protestation contre la folie des hommes.

« J’eus la vie sauve parce que j’étais aux cabinets. Ce matin du 6 août, je m’étais levé vers huit heures. La veille au soir il y avait eu deux alertes aériennes mais rien ne s’était passé. Un peu avant l’aube je m’étais déshabillé et, chose que je n’avais pas faite depuis longtemps, je m’étais couché en kimono de nuit. Je me levais et entrai dans les cabinets  sans répondre à ma sœur qui, en me voyant encore en caleçon, grommela que je me levai bien tard.

Quelques secondes plus tard, je ne sais plus exactement, il y eut un grand coup au-dessus de moi et un voile noir tomba devant mes yeux. Instinctivement je me mis à hurler et, prenant ma tête entre mes mains, je me levai. Je n’y voyais plus rien et n’avais conscience que du bruit : c’était comme si quelque chose telle une tornade s’était abattu sur nous. »

Toute ressemblance avec un drame survenu récemment dans cette même région du globe serait fortuite. La bombe est fait pour tuer. Depuis cette date, elle est censée nous protéger. On l’a domestiqué (parait-il) et on l’utilise pour en faire un bien de consommation. Une nouvelle énergie est née de ce mois d’aout 1945, une énergie formidable, puissante, révolutionnaire et presque propre (mis à part quelques tonnes à stocker en sous-sol pour nos générations futures). Vous me direz : « cela n’a strictement rien à voir, cher bison utopique broutant son herbe sauvage dans un ranch qui n’a même pas de nom. » Sauf que Dame Nature est plus forte que le petit homme savant qui peuple sa terre et que même si cette énergie n’est pas enfermée dans une bombe, elle peut devenir encore plus incontrôlable et provoquer des drames humains nettement plus important que Nagasaki et Hiroshima.

« …avancions sur des maisons effondrées, aplaties, évitant les obstacles… De derrière une construction détruite une voix hurla soudain : « S’il vous plait, monsieur !… »

Et parce que dans une précédente chronique sur Richard Ford, j’ai pompé sans scrupule sa façon de mettre en valeur ses bouquins, je lui rend ce clin d’œil – petit tour Chez Gangoueus pour nous parler de cet Hiroshima, Fleurs d’été.

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