Des Vents Contraires [Olivier Adam]

Par le Bison le 29 février 2012

Catégorie : 5 étoiles, Europe

Il y a des livres qui vous font voyager, une échappée loin de ma grisaille urbaine. Parfois, il n’est même nul besoin de partir à l’autre bout de la planète pour respirer de nouveau un air frais et pur. Direction la Bretagne, les Bretons et l’univers iodé d’Olivier Adam avec « Des Vents Contraires ».

« - Putain, ce que c’est beau, a dit le grand.

La mer était calme et retirée, d’un bleu tendre et glacé, au loin affleuraient des îlots noirs, et la plage s’étendait sur plusieurs centaines de mètres, lisse et dorée, striée d’eau et parcourue de filets de sable, sinueux et fantomatiques. On a fumé en silence, absorbés par l’horizon. »

Putain, ce que c’est beau, je me dis. Pourquoi que je ne vis pas là-bas, dans cette pas si-lointaine contrée ? Peut-être parce que là-bas, il n’y a que des bretons, qu’il faut y naître pour y vivre et y survivre… Mais voilà, je ne suis pas breton, mais la plume bretonne d’Olivier Adam me transforme à chaque fois. J’en ressors systématiquement retourné, tellement à l’envers que j’ai l’impression de devenir breton, que lorsque je m’avance au comptoir, je commande un verre de chouchen, avant de revenir aux valeurs sûres, un whisky écossais.

« De ma fenêtre en ombre chinoise je l’ai regardée se dévêtir puis passer une chemise de nuit. Tout était calme. Dehors il s’était remis à neiger et dans l’impasse, nos pas étaient déjà recouverts. Emmitouflés dans leurs couettes, les gamins ronflaient, à peine rentrés ils étaient tombés comme des bûches, je me suis demandé si au réveil, ils allaient penser avoir rêvé. Moi-même je n’étais plus sûr de rien. Le whisky me brûlait l’estomac, Neil Young couinait dans le poste et la nuit rechignait à s’assombrir. »


Putain, ce que c’est beau, je me dis. Boire un single malt en écoutant les gémissements de Neil Young. Voilà de quoi, de la part de l’auteur, de m’envoyer un uppercut direct au foie, et de tomber KO sur le Q. C’est comme cela que je conçois la littérature. Des coups directs, pour transpercer ma froide carcasse, me donner des frissons de plaisir, et des émotions de tristesse, pour sentir les gouttes de sueur ou de larmes perlées au goutte-à-goutte dans mon verre de whisky sans glaçon. D’ailleurs, fais trop froid là-bas, trop mouillé, pour penser à mettre quelques cubes glacés dans un verre.

« Quand j’ai rouvert les yeux nous étions gelés tous les trois, le bruit de la mer était devenu le monde entier, nous contenait, nous digérait et c’était doux d’être ainsi dévorés, ensevelis, noyés, oubliés pour de bon. La nuit nous protégeait et à ce moment précis j’avoue avoir pensé que les choses allaient redevenir possibles, ici j’allais pouvoir recoller les morceaux et reprendre pied, nous arracher les enfants et moi à cette douleur poisseuse qui nous clouait au sol depuis des mois… »

Avec toute cette pluie et ce whisky pour m’assommer, je n’ai même pas encore parlé de cette histoire de vents contraires. Car oui, entre deux verres, il y a bien une histoire, terriblement émouvante, profondément touchante, le genre de truc qui marque un bison à vie, mieux que le fer forgé incandescent sur le cuir de ma croupe. Un père, un fils, une fille. Une mère qui a disparu. Est-elle morte, est-elle partie ? Nul ne le sait, pas même la police. Des doutes, des regards, des sentiments contradictoires. Ce père décide de retourner sur ses terres bretonnes pour donner un nouvel élan à la vie de ses enfants, un nouvel espoir même éphémère. Mais il faut bien continuer à vivre, à survivre sans elle. Voilà, je ne vous raconterai rien d’autres, car « Des Vents Contraires » est le genre de bouquin à lire et à se taire. Respect, monsieur Olivier Adam, pour ta littérature Cash.

« L’essuie-glace n’essuyait pas grand-chose et des pans entiers du pare-brise demeuraient troubles. Manon dormait, à moitié affalée sur son frère. J’ai mis Johnny Cash et sa voix s’est fondue dans le bruit du moteur, le chuintement des pneus sur l’asphalte humide. »

Rien à rajouter. Juste me taire. Sentir la pluie et écouter la voix de Johnny Cash !

10 commentaires
  1. 29 février 2012 , 23 h 44 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Pfff faut que je le lise alors …
    Tu devrais écrire des livres et voilà, car je crois que c’est cet article plus que le bouquin qui me plait.
    Mouais ça me disait rien avant..
    En fait en lisant là, je vois un film se dérouler dans ma tête, j’aurai vraiment aimé en faire.
    Pis toi acteur, un jour t’aurais pu dire « Putain, génial …etc »
    et là j’aurai pris la route, parce que non, ça j’aurais pas pu.
    :P

    • 3 mars 2012 , 22 h 23 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Même dans un film muet, j’aurais été mauvais… Je n’aurai pas su parler !

  2. 29 février 2012 , 23 h 59 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    Scotch, carrément !
    Je déteste cette boisson, par contre j’adore Neil Young !

    • 1 mars 2012 , 8 h 23 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Whisky, Neil Young et Johnny Cash, voilà les éléments indispensables de ma survie…

  3. 1 mars 2012 , 9 h 03 min - Stéphanie prend la parole ( permalien )

    Rhaaa, moi j’ai du mal avec Olivier Adam. j’avais beaucoup aimé Falaises, mais quand j’ai ouvert les autres j’ai trouvé qu’il se répétait un peu.
    Suite à ton bel article (tes beaux articles, plutôt), je vais peut-être m’y glisser un nouvelle fois. Pour voir si mon point de vue peut changer.
    Sinon, la Bretagne sans être Breton, c’est possible, j’t'assure.

    • 3 mars 2012 , 22 h 25 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pour voir si mon point de vue peut changer.

      Essaies celui-là, et peut-être tu changeras d’avis. Même si les thèmes sont souvent les mêmes, difficile de ne pas être insensible à sa plume…

      la Bretagne sans être Breton, c’est possible, j’t’assure.

      J’sais pas, j’ai jamais essayé… Mais c’était une réflexion d’Olivier Adam qui m’a marqué, et que j’me suis demandé si cela était vrai ?

  4. 1 mars 2012 , 18 h 13 min - phil prend la parole ( permalien )

    euhhh c le whisky qui te donne des coups dans le foie tu sais !
    et aussi mieux vaut etre precis avec le bison, parcequ si on dit « suite a ton bel article », il risque avec du laphroaig de ne pas penser ce qu’on pourrait penser !
    et avec ces talents litteraires qui se revelent au fil des billets, il nous fera une prochaine nouvelle tout en nuance a la Murakami tiens !
    on se jette un p’tit 10 ans d’age parceque le chouchen t’es gentil mais non !
    sante !
    A l’aise Breizh le bison !

  5. 1 mars 2012 , 23 h 32 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    > « il risque avec du laphroaig de ne pas penser ce qu’on pourrait penser ! »

    Mais si mais si, nous y pensons tous….

    :D

  6. 2 mars 2012 , 9 h 26 min - phil prend la parole ( permalien )

    et lui tu penses qu’il s’abreuve encore de laphroaig ou il broutte L’HERBE de la douce prairie qui avec le printemps doit commencer a etre tendre et pleine de vitalite?

    • 3 mars 2012 , 22 h 26 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le Laphroaig est déjà fini… Mais c’est pas grave, je passe à autre chose…

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