A propos d’un nouveau McGuane…

Par le Bison le 16 février 2012

Au centre de la photo

Jim Harrison, Richard Brautigan, Thomas McGuane

1973

Compagnon de route de Jim Harrison depuis plus de trente ans, de ce côté-ci de l’Atlantique longtemps labellisé, comme tant d’autres, « écrivain du Montana » – ce qui ne veut à peu près rien dire, si ce n’est qu’il ne vient ni de New York, ni de l’aguicheuse Californie, ni même du Midwest, mais que l’Amérique qu’il raconte est celle de l’Ouest véritable -, Thomas McGuane a aujourd’hui 73 ans, une énergie et une verve demeurées intactes. A quoi les ans ont ajouté une certaine pente mélancolique – oh, rien de grave, rien d’excessif, juste cette nuance ­infime de gris qui vient, avec le temps, voiler imperceptiblement le bleu du ciel.

Voilà donc de quoi est fait ­aujourd’hui le ton de McGuane, de quoi est faite l’humeur de Berl Pickett – le Dr Berl Pickett, ­acteur et narrateur de Sur les jantes, médecin devenu peintre en bâtiment après une sorte de disgrâce professionnelle dont on va apprendre rapidement les ressorts. On en apprendra d’ailleurs bien davantage au cours du livre, puisqu’en ces pages picaresques le volubile, fantasque, un rien candide Pickett récapitule sa vie dans les moindres détails : parents pentecôtistes excentriques (« Dieu est complètement cinglé », jurait son père…), désormais décédés, conquêtes féminines multiples, heurts, malheurs et dérapages divers jalonnant l’itinéraire d’un individu aimablement inconséquent. McGuane livrant, dans le même geste romanesque, un minutieux tableau de l’Amérique ordinaire, provinciale, qui fut le décor de cette existence rocambolesque – les Etats-Unis côté cour, là où « la conscience des grands sujets planétaires n’était pas vraiment de mise [...]. Nous flirtions avec l’ignorance pour maintenir notre existence sur une échelle viable ». [Source : L'Express]

Voilà donc que ce vieux Thomas McGuane, alias Capitaine Barjot, sort un nouveau roman. Si l’idée de devenir un bison revient à Dan O’Brien, celle d’ouvrir un « Ranch sans nom » lui impute grandement. Thomas McGuane, fait partie de ces auteurs qui, dès qu’une occasion se présente, le Bison se jette dessus. Voilà donc que mon étagère aux rayons –M- s’est entichée de cet auteur. Pourtant, je n’ai jusqu’à présent eu l’occasion de n’effleurer que sa prose avec pour seul fait de gloire de ma part, une unique lecture d’un seul de ses opus, « Une Source Chaude ». Mais j’avais particulièrement apprécié l’univers décrit que depuis j’achète, je stocke, j’achète, je stocke. Achat compulsif de Thomas McGuane (comme tant d’autres auteurs, d’ailleurs). Ma psy me trouve dérangé. Je lui dis que c’est les risques du Montana, une terre hostile et dangereuse pour qui n’est pas prêt à y [sur]vivre. Un hiver rude et enneigé, des grizzlis sauvages et affamés ainsi qu’une impressionnante présence d’écrivains. C’est simple, là-bas, si vous ne faites pas face à un ours, c’est que vous êtes devant un écrivain. Je sais, dès fois la distinction physique est délicate mais le grognement ne laisse pas planer le doute. Les grands spécialistes du genre apprenne d’ailleurs à reconnaître le grognement de l’ours affamé devant un saumon frétillant la queue, et le grognement de l’écrivain hirsute et assoiffé devant une pinte de bière (frétillant sa…). L’Ouest mythique et véritable se mérite.

Je prends donc tout mon temps pour pouvoir apprécier à sa juste valeur ces petits plaisirs du Montana. Souvent quand un auteur me plait, m’emballe, j’achète et je chéris les couvertures, je les regarde, les caresse, m’interroge sur le moment propice à attaquer une telle lecture… Justement, ce n’était pas encore le moment. Si je vous disais que j’ai encore un Jim Harrison non-lu depuis plusieurs années… plusieurs Brautigan… Je n’oublie pas le pionnier et père fondateur de cette école littéraire du Montana en la personne de Richard Hugo et je ne compte même plus les conquêtes inédites du beau mâle Bukowski qui m’attendent (Bon OK, ce dernier n’a jamais mis les pieds à Missoula – trop de ploucs, trop de femmes poilues – quoique ?). J’en frémis par avance de plaisir. J’en jubile presque rien qu’à l’idée un jour, je me les taperai aussi. Est-ce que j’ai peur d’assouvir si vite de tels plaisirs incommensurables ? Peut-être. Suis-je dérangé ? Certainement. Mais je ne vois pas où est le problème. A quand un prochain Thomas McGuane ? Aucune idée, mais avant d’attaquer « Sur les jantes », les dinosaures auront disparu de la surface du Montana, il y neigera certainement en plein mois d’aout, j’aurai péché ma première truite arc-en-ciel après avoir revu la leçon de Brad Pitt dans « Et au milieu coule une rivière »… ou après avoir lu justement ce dernier du Capitaine Barjot de Missoula…

La canne à pêche à deux mains me paraissait légère et efficace. En s’élevant au-dessus de la surface de l’eau, la ligne dessinait un arc de cercle parfait. Sur ses galets blancs, la rivière était vert pale, et d’un vert plus foncé quand elle se faufilait entre les rochers. Sur l’autre rive se jetait un affluent provenant de la face ensoleillée du glacier. Il produisait des remous blancs qui venaient se coller à la rive. Le lancer qui fait vibrer le liège de la poignée, la ligne qui flotte puis qui s’immobilise, l’arc que décrit la canne, le mouvement au fil de l’eau. La seule raison pour laquelle on fait tout cela, c’est le sentiment d’éternité, cette conscience d’être en harmonie avec son propre rythme biologique et de se dépasser.

Que rajouter de plus après une telle citation ? Plus grand chose… Tout est dit. La vie est là-bas, l’âme humaine est à Missoula. Et quand je regarde ma bibliothèque, je jubile d’avance au fait que vous et ma psy allaient devoir encore supporter – lors de ces dix prochaines années – plein de pseudo-chroniques sur mes lectures du Montana.

13 commentaires
  1. 17 février 2012 , 8 h 42 min - manU prend la parole ( permalien )

    En tout cas, comme souvent, tu sais nous donner envie…

    • 17 février 2012 , 16 h 24 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      De ce côté de l’Atlantique, McGuane n’a pas la réputation d’un Harrison ou d’un Brautigan, mais il me semble important de les réunir pour découvrir sous des plumes différentes le Montana et la pêche à la mouche…

  2. 18 février 2012 , 9 h 44 min - phil prend la parole ( permalien )

    et pour ceux qui ont vu « Et au milieu coule une riviere » ca suffit pas ?

    • 18 février 2012 , 15 h 44 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Non, ça suffit PAS !
      « Et au milieu coule une rivière » est un film magnifique, sublime, incontournable mais si tu n’es pas né avec une canne à pèche dans une main, une mouche dans l’autre, il te faut passer à l’étape supérieure : Thomas McGuane !

  3. 18 février 2012 , 21 h 55 min - phil prend la parole ( permalien )

    bon ok je m’en remet a toi

    et si je suis ne avec un Jo dans la main gauche et un boken dans la droite ?

    • 19 février 2012 , 10 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Mets un bout de fil à au bout de ton Jo et essaye d’attirer une truite vers toi… Voilà de quoi faire un excellent exercice de méditation…

  4. 18 février 2012 , 23 h 38 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Tu vas nous l’énerver !
    Lâche ton kimono et mets tes bottes stp ^^

    • 19 février 2012 , 10 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      M’énerves jamais !
      Mais le gars, il n’a même pas de bottes… Il aura qu’à aller à la pêche en zōri !

  5. 19 février 2012 , 12 h 53 min - phil prend la parole ( permalien )

    tu ne veux pas non plus que je joue de la flute sakuhachi style Kwang Chai Ken aussi ???

  6. 19 février 2012 , 22 h 08 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Oh oui la flûte ! ou alors du shamisen …

  7. 19 février 2012 , 22 h 10 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    mais en bottes… avec un kimono de soie et un obi …

  8. 22 février 2012 , 20 h 52 min - phil prend la parole ( permalien )

    euhhhh carnaval c passe et toc !

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