Tristes Revanches [Yôko Ogawa]

Par le Bison le 23 février 2012

Catégorie : 3 étoiles, Asie

Combien d’années se sont écoulées depuis mon dernier roman de Yôko Ogawa ? Trois-Cinq-Sept ? Plus… Après avoir dévoré ses premiers romans, dans ma période faste nippone, j’ai me suis mis un peu à l’écart. Volontairement, je n’arrivais plus à suivre ses histoires et le rythme des éditions sorties. Une pause s’imposait, histoire de me refaire une santé, de souffler et de respirer.

Tristes Revanches, un recueil de 11 nouvelles. 245 pages. Je ne suis pas professeur de mathématiques mais cela donnerait une moyenne de 22 pages par nouvelle. Un rythme par conséquent rapide, peu de place à l’inaction et à la temporisation. Le contrecoup est évident : difficile de s’imaginer un soi à l’intérieur de la nouvelle, difficile de s’identifier à qui que ce soit, difficile de ne pas terminer les dernières pages sans un sentiment de frustration.

Le concept ‘original’ de ce recueil est le suivant : l’un des éléments d’une nouvelle se retrouve présent dans la (ou les) suivante(s). Cela peut être une personne secondaire qui devient protagoniste principale, un fraisier que l’on trouve dans la devanture d’une pâtisserie dans une première nouvelle puis sur la table en train de pourrir dans la seconde. Bon, je ne vais pas vous détailler l’ensemble car c’est par ce tout petit lien, parfois plus qu’anodin ou anecdotique, que toutes les nouvelles se retrouvent liées et édifient ainsi une histoire complète.

« C’était la blouse blanche du maître de conférences. Je l’ai secouée. De la poche est tombée la langue. Celle qui avançait sans arrêt des prétextes. Elle fut suivie des lèvres, des amygdales, des cordes vocales. Elles étaient encore tièdes et souples. »

En fait, si je n’avais pas une bibliothèque trois-quarts à lire encore, cela vaudrait le coup de me replonger aussitôt dans une relecture. Maintenant que j’ai une vue globale de l’œuvre, s’attacher à chaque petit détail serait appréciable pour pénétrer au plus profond l’esprit de l’auteure. Je suis persuadé qu’une multitude de petits riens m’ont échappé lors de cette première lecture…  Je suis persuadé que je découvrirai de nouvelles histoires cachées à l’intérieur de l’histoire… Je suis persuadé que c’est le genre de bouquin qui mériterait d’être lu et relu, quitte à prendre des notes pour chaque nouvelle.

« Pourquoi tout le monde mourait-il ainsi soudainement ? Alors que la veille encore ils étaient vivants. »

Quand aux thèmes des nouvelles, il ne change pas beaucoup aux fils des histoires (et de ces précédents romans). Souvent, il y est question de mort, de deuil ou de maladie, de solitude et de vieillesse, le tout bercé dans un monde rempli d’étrangeté et de mystère. Souvent, j’apprécie ses histoires et surtout l’ambiance que l’auteure arrive à retranscrire dans ses romans. Romans ! Je préfère effectivement ses romans à ses nouvelles car il me donne le temps de m’immiscer dans l’atmosphère étrange qu’elle a su créer et envoûter ; dans ses nouvelles, je n’ai pas le sentiment d’y pénétrer, j’ai l’impression de frôler les lieux, je reste derrière la porte, j’ai beau toquer, personne ne m’ouvre, et lorsque je fais le tour de la maison, je ne vois aucune fenêtre entrouverte par laquelle je pourrais m’introduire…

Ana résume ces tristes revanches, pour plus de détail de chaque nouvelle…

Comment présenter ce livre sans être ridicule… Certes, j’avais dit que je ne lirai plus de romans d’Ogawa pendant un moment mais… ce n’est pas un roman, non, c’est un recueil de nouvelles ! La narration et le concept y sont différents ! L’autre raison est que Sôseki ne rentre pas dans mon sac et que la lecture sera donc plus lente.

Je n’ai pas ce souci, mon prochain Sôseki rentre parfaitement dans mon sac… Sôseki, voilà un auteur que j’ai découvert, de-ça quelques années, et dont la lecture m’impressionne par son univers poétique. Peut-être serait-ce l’occasion d’exhumer de vieilles chroniques venues d’ailleurs ? Le 210ème jour ou Oreiller d’herbes. Après tout, j’ai peut-être quelques fidèles mais aussi des nouveaux lecteurs-lectrices… Ça dépendra donc de vos avis, de vos commentaires, de vos supplications.

17 commentaires
  1. 23 février 2012 , 19 h 29 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Ah ah ah !!!

    • 23 février 2012 , 20 h 33 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Oui, je veux qu’on m’aime ! Je veux qu’on me supplie ! Je veux qu’on me traite de vieux con ! Je veux qu’on m’offre une bière ou un whisky !

  2. 23 février 2012 , 20 h 01 min - Centrino prend la parole ( permalien )

    Oh oui, une tite chronique à propos d’ « Oreiller d’herbes »…
    Il pose dans ma biblio; donc donne-moi envie de le lire ^^

    • 23 février 2012 , 20 h 38 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      1 Vote « POUR »
      0 Vote « CONTRE »
      Je comptabilise…

  3. 23 février 2012 , 22 h 19 min - phil prend la parole ( permalien )

    c nippon, alors je dis Hai !
    et en parlant d’Ogawa j’ai un livre (encore actes sud) qu’un bibi-ami m’a offert y’a deja …. oulala et c’etait « parfum de glace » ! voila des senteurs du Soleil Levant comme on aime et qui rehabilite Yoko dans ce qu’elle sait bien faire !

    • 24 février 2012 , 15 h 23 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      2 Votes « POUR »
      0 Vote « CONTRE »
      Le vote est toujours ouvert…

  4. 23 février 2012 , 22 h 24 min - phil prend la parole ( permalien )

    je cite : »Oui, je veux qu’on m’aime ! Je veux qu’on me supplie ! Je veux qu’on me traite de vieux con ! Je veux qu’on m’offre une bière ou un whisky ! »

    passes donc dans la Yaute, tu auras droit a tout cela !

  5. 23 février 2012 , 22 h 25 min - phil prend la parole ( permalien )

    non mais je reve de la binouze en canette alu maintenant ! le livre t’a vraiment decu pour en arriver la !

    • 24 février 2012 , 10 h 33 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est la CRISE ! La cannette est moins chère que la bouteille. Et puis c’est mon côté PUNK qui ressort…

  6. 24 février 2012 , 15 h 13 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Punk aussi °°°

    Alors pour Yokö Ogawa, j’aime beaucoup son écriture et son imaginaire, grinçant mais aussi poétique, un doux mélange.
    Les tranches de vie touchent l’absurde mais pas tant que ça, le loufoque qui y apparait est peut-être un concentré de nos pensées ?
    Je ne sais pas trop là expliquer vraiment ce que j’ai ressenti, on peut voir dans ces romans ou nouvelles, des travers humains ciselés au scalpel non ?

    Je n’ai pas lu les deux derniers La mer et Manuscrit Zéro, et puis Les paupières aussi tiens, j’avais également besoin d’une pose mais après avoir lu tous les autres. Je finissais par mélanger les histoires en même temps un intérêt est peut-être de ressentir l’univers de l’auteur comme un tout, pas si mal.

    Un livre qui m’a particulièrement touchée et qui est peut-être le moins absurde, proche d’une réalité c’est La formule préférée du professeur,

    • 24 février 2012 , 15 h 23 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un livre qui m’a particulièrement touchée et qui est peut-être le moins absurde, proche d’une réalité c’est La formule préférée du professeur

      Je garde toujours une préférence pour ses premiers romans. Mon coté nostalgique, certainement qui ressort…

  7. 24 février 2012 , 15 h 14 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    au

    pau

    paus

    pause

    Merci ^^

  8. 24 février 2012 , 15 h 18 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Le Bison susurre :
    C’est la CRISE ! La cannette est moins chère que la bouteille. Et puis c’est mon côté PUNK qui ressort…

    Est-ce recyclable ?

    • 24 février 2012 , 15 h 25 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Est-ce recyclable ?

      Je ne sais pas mais au moins, je peux me les fracasser sur le front. J’ai plus de mal avec les bouteilles…

  9. 24 février 2012 , 22 h 48 min - zazy prend la parole ( permalien )

    Je suis en train de lire « la formule préférée du professeur » et je m’y ennuie.
    Si tu dis que, avec ces nouvelles, tu ne peux t’installer dans l’histoire, je ne crois pas que je le noterai dans ma LAL.
    J’avais eu la même impression avec un recueil de nouvelles de Delerm.
    Titre de ta photo : enfant au doudou dans une bière !!!!!

    • 25 février 2012 , 9 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je suis en train de lire « la formule préférée du professeur » et je m’y ennuie.

      Ce ne fut pas mon préféré non plus. Trop commun par rapport à son univers habituel. Moi, je garde d’EXCELLENTS souvenirs de ‘La Piscine’, ‘Une Parfaite Chambre de Malade’, ‘Amours en Marge’…

  10. 25 février 2012 , 8 h 16 min - phil prend la parole ( permalien )

    « je peux me les fracasser sur le front »

    et une tete de bison, meme si y’a plein de delicatesses a l’interieure, ca a la tete dure ou c’est tout simplement le nouveau Kyôsaku de l’éveil qu’on trouve dans les prairies plus à l’ouest de l’est?

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