Sunset Park [Paul Auster]

Par le Bison le 19 février 2012

Génération désenchantée. Comme chaque année ou presque depuis plus de quinze ans, j’ai le droit à mon Paul Auster. 2012, l’année de « Sunset Park ». Mon Paul Auster de début d’année ! Oui à chaque nouvelle lecture, je suis un peu fébrile, peur de recevoir une décharge électrique de désappointement. Et le rituel est immuable ; je prends le livre entre mes mains, le vénère, le caresse. Je scrute la couverture, imagine d’après la photo ce qu’il pourra cette fois-ci me raconter. Je le retourne et retourne, alternant la couverture et son dos pour lire le petit speech de l’éditeur. Déjà, il est dans mon cœur, déjà je me prends à rêvasser sur ses contes passés tout en continuant de caresser le doux grammage du papier « Acte Sud ». Quelle belle maison d’édition ! Un format bizarre au départ qui dénote une originalité dans ma bibliothèque, plus haut qu’à l’accoutumée, moins large que les concurrents, et cette couverture si riche et ce grammage si imposant, prévus pour durer, prévus pour multiplier les lectures. Et puis, après ces quelques préliminaires, il est temps d’attaquer sérieusement l’approche. Et comme à l’accoutumée, dès le début, je suis happé par l’histoire, et je me dis que cela a du bon de rester fidèle, j’en suis récompensé alors pourquoi aller voir ailleurs… Vous me suivez ? Paul Auster et moi c’est comme une histoire d’amour, mais platonique, où la passion dépasse ce qui peut être imaginable. Je parlerai ainsi plus d’alchimie et de connivence lecteur-écrivain. Il y a des auteurs où ce genre de relation ne peut s’expliquer par de simples mots. Depuis sa Trilogie New-Yorkaise, il m’étonne, m’encourage, m’initie, me fascine… Je ne l’explique pas, tout comme le fait que j’ai toujours eu un mal fou à décrire ses histoires et à faire ressortir mes émotions…

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« Il ne sait pas quoi faire de lui-même. A part ses conversations quotidiennes avec Pilar, qui ont tendance à durer entre une et deux heures, sa vie n’a plus rien qui le structure. Il déambule dans les rues en essayant de se familiariser avec le quartier, mais il perd vite tout intérêt pour Sunset Park. Il y a quelque chose de mort dans cet endroit, trouve-t-il, le vide lugubre de la pauvreté et du dur combat des immigrés, c’est une zone sans banques ni librairies, juste des boutiques où l’on peut encaisser les chèques et une bibliothèque municipale décrépite, c’est un petit monde à l’écart du monde, et le temps y passe si lentement que peu nombreux sont les gens qui se soucient de porter une montre. »

Génération désillusionnée. « Sunset Park » est un lieu, vide et délabrée, avec vue sur le cimetière abandonnée. Un endroit squatté par nos 4 protagonistes principaux au centre d’une histoire où chacun porte en lui ses propres et profondes blessures. Cette bande des 4 ont au moins un truc en commun, celui de ne plus avoir foi en soi ni en quoi (ou qui) que ce soit. Nathan Bing, grand organisateur et fondateur d’un « hôpital des objets cassés », le rebus d’une société de consommation voué à la casse et à l’oubli. Alice qui fait une thèse cinématographique dont le sujet unique est un vieux film des années 50, « Les Plus Belles Années de notre vie », film de William Wyler, qu’elle considère comme l’emblème d’une Amérique brisée par les guerres et par la violence. Ellen qui cherche dans la peinture et le dessin une façon de ne pas mourir, une issue pour échapper vers sa voie qui à coup sûr la mènera vers nulle part et qui dessine des nus, des pénis en érection et de vagins en gros plan. Et puis, le dernier à rejoindre la bande, Miles Heller, le « héros » central de cette aventure qui vagabonde depuis sept années sans donner signe de vie à sa famille et qui n’a entretenu qu’une correspondance avec Nathan, un vague camarade de faculté d’antan. Miles a quelque chose à se reprocher, et sa culpabilité l’a conduit à fuir et tout quitter, pour justement ne pas oublier et tenter de se reconstruire pour selon ses propres termes « devenir meilleur ».

Autour de ces 4, je retrouve le père de Miles, Morris Heller, et sa belle-mère qui l’a certainement plus élevée que sa propre mère, Mary-Lee Swan. Morris est à la tête d’une maison d’édition. Mary-Lee est devenu une grande actrice de cinéma, sitcom et théâtre… Sur fond de crise (crise de l’Amérique et crise de l’édition), tous ces personnages vont tenter d’avancer, de se surprendre, d’oublier les blessures. Et comme toujours avec Paul Auster, je regrette que le livre s’achève aussi vite, comme toujours j’ai envie que le roman se prolonge et s’étire éternellement. Je n’ai pas envie de mettre une fin à ses romans, je n’ai  pas le cœur à tourner la dernière page car cela signifie pour moi, la fin de quelque chose, alors que j’étais si bien dans cette histoire. Et je me dis à chaque fois, comment est-ce que je pourrais arriver à jeter deux-trois phrases sur le sujet, comment pourrais-je intéresser d’autres personnes à un auteur qui me plonge dans un univers si personnel et qui engendre de telles émotions que j’ai presque envie de les garder égoïstement pour moi…

Impressions sur livres :

J’ai en fin réalisé, en commençant ce livre, que j’avais oublié la plupart des derniers Auster. J’en ai regardé les titres, et mis à part Le livre des illusions et longtemps avant, Tombouctou, je n’avais retiré de la lecture des œuvres de ce grand nom qu’un plaisir momentané, qui ne restait à peu près pas. Ironique, lorsqu’on constate que Sunset Park se termine justement sur une note suggérant que rien, jamais rien, n’équivaut au moment présent.

Et en cet instant présent, je lève mon verre de whisky en direction de la lune en vénérant Paul Auster, auteur sacré qui me comble à chaque lecture. Faut toujours profiter de l’instant présent, de Paul Auster et d’un verre de Whisky (The Speyside). La sainte trinité de ma philosophie nocturne.

13 commentaires
  1. 20 février 2012 , 14 h 08 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    Un auteur que je n’ai encore jamais lu et qu’il faut que je note ! Sunset Park est un de ses meilleurs romans donc ?

    • 20 février 2012 , 15 h 47 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un de ses meilleurs, comme TOUS les autres… même si je suis nostalgique de ces premiers romans.

      Un conseil, un indispensable : Moon Palace !

  2. 22 février 2012 , 21 h 06 min - phil prend la parole ( permalien )

    Alors quand je lis ceci:

    « Je ne l’explique pas, tout comme le fait que j’ai toujours eu un mal fou à décrire ses histoires et à faire ressortir mes émotions… »

    « Et je me dis à chaque fois, comment est-ce que je pourrais arriver à jeter deux-trois phrases sur le sujet, comment pourrais-je intéresser d’autres personnes à un auteur qui me plonge dans un univers si personnel et qui engendre de telles émotions que j’ai presque envie de les garder égoïstement pour moi… »

    pauvre Calimero va, et avec ca, tu en es a combien de pages sur ce blog ???
    et pi y’a la perle de ce billet :

    « qui dessine des nus, des pénis en érection et de vagins en gros plan »

    ben voila, tu as trouve, ca ca donne envie de lire, merci !

    • 3 mars 2012 , 22 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      « qui dessine des nus, des pénis en érection et de vagins en gros plan »

      ben voila, tu as trouve, ca ca donne envie de lire, merci !

      T’as raison ! Moi aussi, vu comme ça, ça me donne envie de le relire !

  3. 22 février 2012 , 21 h 11 min - phil prend la parole ( permalien )

    Quand a Acte Sud, c vrai que le papier est sympa, mais je vais te donner ceux que j’ai parceque ce format ca va pas malgre tout! ca jure dans la ligne de la bibliotheque !

    • 23 février 2012 , 9 h 24 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’ai jamais été déçu par un Actes Sud, même si ça jure dans la ligne de ma bibliothèque !

  4. 23 février 2012 , 19 h 34 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Deux idées comme ça tardivement …

    une, n’avoir que des Actes Sud !

    deux, les poches de chez eux, (collection Babel) s’intègreNT bien

    et moi j’ai passé ma vie à vouloir faire un élément esthétique des piles de livres, j’ai pesté en mon temps aussi mais après on se fait une raison (sagesse ou aigreur selon)
    et les CDs alors ? …. Lavilliers qui ressort tout le temps de beaux et bons coffrets, soit pourquoi pas, mais jamais dans les mêmes hors formats ! rhaaaaaa cette vie qui n’est pas carrée, comment voulez-vous que le monde tourne rond ???

    pfft

    • 23 février 2012 , 20 h 36 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pourquoi voudrais-tu que le monde tourne rond ? Pure UTOPIE !

  5. 23 février 2012 , 22 h 28 min - phil prend la parole ( permalien )

    parceque le tao c ca, c rond voila ! les elements sont inscrits dans un cercle c tout !
    et des livres bien ranges, empiles, en ligne ben c carre !

    • 24 février 2012 , 10 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et une livre de Lao Tseu, c’est carré ou rond ?

      « Trop loin à l’est, c’est l’ouest. »

  6. 3 mars 2012 , 12 h 23 min - manU prend la parole ( permalien )

    J’ai un souvenir de Paul Auster à la fac, je n’avais pas du tout accrocher alors que j’étais très emballé au départ. J’ai bien peur que ce soit un peu trop intellectuel pour moi… :(

    • 3 mars 2012 , 12 h 56 min - manU prend la parole ( permalien )

      accroché !!!!

    • 3 mars 2012 , 22 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’ai bien peur que ce soit un peu trop intellectuel pour moi…

      On n’est pas obligé de voir le côté intellectuel de ses écrits. On peut juste se laisser trimballer par ses histoires et son imagination…

      accroché !!!!

      COOL !

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