Winter [Rick Bass]

Par le Bison le 20 janvier 2012

Rick Bass, et son épouse, quittent tout ou presque pour quitter la civilisation (ou presque) et partent s’installer dans une contrée reculée du Nord Montana, près de Yaak. De ce lieu, Rick écrira de fabuleuses chroniques de Yaak, mais en attendant l’inspiration, il nous sort son carnet de bord, journal intime d’un hiver (celui de son arrivée) dans un lieu où la neige est attendue avec impatience. Impatience, certes, cette première neige dans un tel lieu, magique et mystique, mais aussi avec appréhension. L’isolement et le froid font peur. Rick est littéralement terrifié à l’idée de tomber à court de bois de chauffe. De fait, il passe ses journées, non pas à écrire comme un écrivain le ferait dans un endroit isolé, mais à couper du bois. Tous les jours, tel est son rituel : couper du bois, entasser du bois, amasser du bois, pour que l’hiver venu, la cheminée ne tombe jamais en rade. Sans bois, il le sent, la mort l’attend. Là-bas, la civilisation la plus proche se retrouve à plusieurs dizaines de bornes, ce qui en termes de conduite automobile sur neige et glace signifie plusieurs heures de routes. Par conséquent, la prudence et l’inquiétude sont le lot quotidien d’une vie de l’auteur dans ce ranch sans nom du Nord Montana. Le bois est devenu sont obsession. Il n’est plus écrivain, il est bucheron apprenti.

« Ce n’est pas comme si nous étions de véritables ermites ; simplement, comme disait Thoreau, la plupart d’entre nous veulent examiner leur vie, en même temps que le monde qui les entoure – un monde qui, ici dans les montagnes, vous me croirez si vous voulez, n’est pas tant contrôlé par les autres que par soi-même. »

Thoreau. Henry David Thoreau. J’ai découvert ce nom avec un certain Christopher Alex Supertramp McCandless. Souvenez-vous, un jeune qui part à la découverte du monde et de la vie sauvage dans le Grand Nord et l’Alaska. « Into the Wild », bien entendu où la lecture de chevet de ce jeune est le roman de Henry David Thoreau, « Walden ou la vie dans les bois » (1854), où le naturaliste-écrivain livre quelques réflexions sur une vie simple menée loin de la société, dans les bois. Je me suis dit à cette époque qu’il me fallait également découvrir cet essai.

«  Nous jubilons de voir qu’il fait si froid ! Je ne connais pas la température exacte – on ne capte plus aucune des stations de radio – mais jamais le froid ne nous a paru aussi vif. Moi, à vue de nez, je dirais dans les moins neuf. J’ai dû tenir mon stylo au-dessus du poêle ce matin, pour le réchauffer jusqu’à ce que l’encre soit de nouveau liquide : un simple stylo à bille bon marché, des plus ordinaires. (Larry Lewis, qui est un grand poète, utilise un Parker noir ; je l’avais oublié jusqu’à cet instant. Si Larry Lewis dit qu’il faut faire telle ou telle chose quand on écrit, il vaut mieux que je le fasse. Et à présent, je me souviens du conseil de Jim Harrison : stylo noir le soir, stylo doré dans la journée. Tout ce que dit Harrison, idem.) »

Idem, j’aurai tendance à rajouter. Tout ce que dit Jim Harrison, je le lis avec passion, avec ferveur, avec envie et entrain. Il n’y a pas de Montana sans le grand Jim. Car quand on décide de s’installer dans ces forêts du Montana, pour y passer un hiver ou une vie, on se doit de connaître ses classiques sur le coin et ses environs, sur ses habitants. Chien Brun est peut-être fictif, mais il doit y avoir une part de vérité dans son caractère, un amour de la vie et du Montana. Car pour vivre dans cette contrée mi-reculée mi-sauvage, il faut sacrément l’aimer, et ne pas avoir peur de la solitude qui peut frapper au beau milieu de l’hiver par -40°C. Il faut trouver à s’occuper aussi quand l’encre du stylo est gelé, quand les doigts sont gelés et que les touches de la machine à écrire ne répondent plus… Justement, il me reste du bois à couper, l’occupation principale et essentielle de ce premier hiver de Rick Bass dans la vallée du Yaak. D’ailleurs, mon prochain roman du Montana sera un retour aux sources avec le Grand Jim. C’est décidé et cela ne sera pas autrement.

« Je me suis soulé en ingurgitant onze bières au Dirty Shame, pendant que je regardais Denver battre Cleveland de justesse (Kosar a marqué quinze points sur dix-sept en seconde mi-temps, incroyable), après quoi j’ai mangé deux hamburgers et une portion de frites, tous maison. Je suis rentré au chalet et j’ai relu un roman (The Bushwhacked Piano, de Tom McGuane) sans lever le nez, d’un bout à l’autre. »

Et voilà une nouvelle référence 100% pur jus du Montana. Thomas McGuane et son « Embuscade pour un piano ». D’ailleurs, c’est décidé Tom sera ma prochaine œuvre du Montana. Il ne peut en être autrement. C’est devenu une évidence même si je me contenterai de 9 bières. L’avantage par rapport à Rick Bass, c’et que moi, je ne vais passer ma journée à couper du bois.

Donc, si je résume « Winter » est un roman du Montana truffé de références à d’autres auteurs du Montana sur un écrivain qui passe son temps à couper du bois et qui prend chaque jour des notes sur le fait qu’il passe son temps à couper du bois. Il y en a que cela peut passer au-dessus, moi j’adore !

Un Espace, du Temps, de la Liberté, voilà qui définit également ce roman de Rick Bass. Un nom prédestiné pour parler de cette ‘aventure humaine’, direction le blog ‘Espace Temps Libre‘ :

Cette volonté de retrouver du calme, d’être proche de la nature, de vivre plus simplement, isolé de l’agitation du monde contemporain, fort peu propice à la création (il est écrivain et elle est peintre).

La simplicité même de la VIE en harmonie avec sa NATURE.

8 commentaires
  1. 20 janvier 2012 , 23 h 01 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    Avec la musique et la littérature américaines, tu devrais vraiment participer au challenge 50 états, 50 billets !
    Bon weekend.

    • 22 janvier 2012 , 14 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      50 états, 50 billets !

      ça me fait penser au projet fou de Sufjan Stevens qui voulait faire un album pour chaque état. Tellement fou, qu’ au bout de Deux, il a jeté l’éponge. Mais quels albums !
      Essaies Sufjan Stevens – 1 artiste et 2 états – et découvres les fabuleux ‘Michigan‘ et ‘Illinoise‘ ; On fait difficilement mieux en matière de pop-folk d’aujourd’hui !

  2. 23 janvier 2012 , 1 h 59 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    Oui, je connais ;-)
    Il a aussi fait un album avec des chants de Noël !
    Bonne semaine.

    • 23 janvier 2012 , 8 h 33 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il a aussi fait un album avec des chants de Noël !

      L’un de ses meilleurs qui se déclinent maintenant en 5 volumes (ou 6 ?). De quoi chanter Noël toute l’année…

  3. 1 février 2012 , 12 h 38 min - manU prend la parole ( permalien )

    Quelle culture !
    Je ne connais pas toutes ces références mais voilà un livre qui me tente et j’adore la couverture…

    • 1 février 2012 , 13 h 25 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Une couverture qui me donne envie d’aller m’installer là-bas…. surtout en HIVER !

  4. 2 février 2012 , 9 h 38 min - manU prend la parole ( permalien )

    Au risque de devenir « un écrivain qui passe son temps à couper du bois et qui prend chaque jour des notes sur le fait qu’il passe son temps à couper du bois » ?…

    • 2 février 2012 , 12 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ?…

      Il ne se passe pas un jour sans que notre bon vieil ami Rick ne coupe du bois. Et il ne se passe pas un jour sans que dans son bon carnet il ne consigne par écrit le fait qu’il coupe du bois.
      Rick s’est ‘retiré’ du monde civilisé pour justement avoir du temps à lui et se retrouver seul avec sa machine à écrire… sauf que pour ce 1er hiver dans cette contrée reculée du Montana, il passe le plus clair de son temps avec sa hache. Il est devenu en l’espace de quelques jours, par force, plus un bucheron qu’un écrivain.

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