Survivant [Chuck Palahniuk]

Par le Bison le 15 décembre 2011

« … Il énumérait les groupes l’un après l’autre en comptant sur les doigts. Il y a eu les stoïciens. Il y a eu les épicuriens. Il y a eu les tribus d’Indiens de Guyane qui se suicidaient afin de renaître dans la peau d’hommes blancs.

Plus proche de nous, le suicide collectif du Temple du Peuple en 1978 a laissé neuf cent douze cadavres.

Le désastre des Davidiens en 1993 a laissé soixante-seize cadavres.

Le suicide collectif et les meurtres de l’Ordre du Temple Solaire ont tué cinquante-trois personnes.

Le suicide des Portes du Paradis en 1997 en a tué trente-neuf.

Culturellement, ce truc de l’église creedish n’a été qu’un petit détail de rien du tout, dit-il. Ce n’était qu’un autre de ces suicides collectifs prévisibles quand un monde rempli de groupes dissidents qui déclinent jusqu’à ce qu’un adversaire les affronte… »

Vivez en paix mes frères, baisez en chœur mes jeunes sœurs.

Je vais vous raconter une drôle d’histoire sur les Creedish.

Ne me dites-pas que vous n’avez jamais entendu parler de cette communauté ?

Non ?

Bon OK, je reprends depuis le début.

A l’origine de l’humanité, il y avait un gars qui se prénommait Adam et une nana dont j’étais trop bourré pour me souvenir de son nom.

Puis plus tard, il y a eu les Amish, les Mormons, les témoins de Jéhovah et toutes ces autres bandes spirituelles avec des déguisements du siècle dernier, des chapeaux de paille et des brettelles pour tenir le futal.

Bon, vous me suivez ?

Alors on les oublie tous ceux-là. Trop gentils, trop mièvres, trop « Gloire à mon Seigneur », trop « Ayez pitié de moi ». En somme, trop vivant !

Là je vous parle d’une communauté qui s’accomplit dans le suicide, à l’instar des Portes du Paradis, de Charles Manson ou du Temple Solaire. Voilà comment on peut remercier son créateur, en fusionnant tous ensemble dans une même mort.

Il ne doit en rester qu’un !

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A l’origine il y a Adam, creedish mâle à qui on donne une épouse, creedish femelle, que l’on prénommera Biddy. C’est joli, Biddy. Ca fait presque Birdie, ça fait presque oiseau mais sans r et donc sans aile. Pas la peine de l’attacher, femme, tu ne t’envoleras point et tu te soumettras à ton gentil époux Adam.

Adam et Biddy ont eu des enfants et c’est là que l’histoire se complique. Dans la tradition creedish, le premier fils s’appellera toujours Adam, les autres se prénommeront tous Tender, quand aux nanas, elles porteront toutes par défaut le nom de Biddy. A 17 ans, tous les Tender sont chassés de la communauté, pour devenir des genres de « femmes » de ménage ou « hommes » de maisons chez des gens bien, genre bourgeois qui planifieront quart d’heure par quart d’heure toutes vos tâches à faire pendant des décennies. Les Biddy seront mariées à un Adam, et ainsi de suite, pour des siècles et des siècles, Amen.

Je vous avez prévenu (Non ?). L’histoire est compliquée, loufoque, surréaliste. D’ailleurs, j’ai bien failli abandonner en cours de route. Mais j’avais lu des avis dithyrambiques sur le sujet, même si par fois je fais fi de ce genre d’avis. Et surtout l’histoire m’est contée par Chuck Palahniuk. L’envie était trop tentante, trop irrésistible. Car Chuck Palahniuk est avant tout l’inventeur, le créateur, le conspirateur du Fight Club ! Alors j’ai résisté à la tentation (non pas du mal, mais de fermer définitivement le bouquin). Et là, le Seigneur m’a sauvé, il m’a redressé dans le droit chemin jusqu’à la page ultime ’0′ du bouquin (Ah, je ne vous l’avais pas dit, le livre commence à la page 365 et se termine à la 0, compteur inversé des chapitres également). Il est loufoque ce type. Il m’a lu ce passage :

« …Vous vous rendez compte que les gens prennent de la drogue parce que c’est la seule aventure personnelle qui leur reste dans leur petit monde de loi et d’ordre, tellement limité en temps, entièrement obnubilé par la propriété individuelle omniprésente.

C’est uniquement dans la drogue et la mort que nous verrons un tant soit peu de neuf, et la mort maîtrise bien trop l’individu.

Vous vous rendez compte qu’il ne sert à rien de faire quoi que ce soit si personne ne regarde.

Vous vous demandez : s’il y avait eu un faible taux de participation à la crucifixion, auraient-ils reprogrammé l’évènement ?

Vous vous rendez compte que l’agent avait raison. Vous n’avez jamais vu un crucifix avec un Jésus qui n’était pas tout nu. Vous n’avez jamais vu un Jésus gras. Ou un Jésus poilu. Tous les crucifix que vous avez vus, le Jésus en question, il aurait tout aussi bien se montrer torse nu et faire de la pub pour des jeans de grande marque ou une eau de toilette de renom.

La vie est exactement comme a dit l’agent. Vous vous rendez compte que si personne ne regarde, autant rester à la maison. A vous tripoter. A regarder la télé. »

…et là j’ai tout compris. J’ai compris que tout avait pu être organisé, planifié depuis des années pour nous vendre de la peur, pour nous vendre de la religion, pour nous vendre du malheur, pour nous vendre de la spiritualité, pour nous permettre de nous racheter une âme. Ne me dites pas que vous l’ignoriez ? Ces organisations existent bel et bien. La planification, c’est leur truc : les attentats du 11 septembre, la crucifixion de Jésus ou sa résurrection, la crise économique, la flambée du prix de l’orge malté, le cancer de ta voisine ou le viol de ton voisin, le suicide d’une communauté entière. Tout est prévu, de manière totalement cynique, organisé, planifié. D’ailleurs est-ce vraiment des suicides ? Et puis ce pauvre Tender, qui suivant les humeurs de sa psychothérapeute, devient exhibitionniste, obsédé, alcoolique, drogué, impuissant, avant de se révéler comme le grand Prédicateur que toute la Terre entière vénère même à la mi-temps de la finale du Super Bowl. Je vous avez déjà prévenu, l’histoire est totalement folle, carrément dingue, un truc d’aliéné pour vous aliéner. Un scénario de ouf, déjanté qui oscille entre cynisme et jubilation.

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