Dans la chaleur de Tennessee

Par le Bison le 23 mai 2011

« Hystérie » vient du mot qui signifie matrice dans l’une des langues anciennes, grec ou latin. Je sais cela parce qu’une femme subit une hystérectomie totale ou partielle lorsqu’on lui retire chirurgicalement en totalité ou en partie ses organes féminins par suite d’une maladie ou d’un caprice sadique d’un chirurgien.

[…] Je ne puis me retenir de lire les brefs petits commentaires des éditeurs. Les dames sont uniformément plus douces que les hommes, lesquels sont uniformément acerbes. L’un écrit simplement : « Hystérique, voyez un médecin. » Un autre : « Une libido enflammée suggère qu’on mette de la glace sur la tête et le bas-ventre jusqu’à guérison. »

Le soleil commence à percer les nuages, les terrasses ne devraient pas tarder à se remplir. J’ai mes billets pour THE concert à ne pas manquer sur la capitale. Ouf, de justesse. Je respire ; La charmante vendeuse qui utilise ses chèques vacances pour prendre le bateau me signale qu’il ne reste plus que 4 places… Où part-elle ? Vacances corses, Jersey, Guernesey ? J’aurai peut-être du demander au lieu de faire fonctionner mon imagination qui vire aussitôt au fantasme. Je l’imagine déjà sur une plage de sable fin, au tréfonds d’une crique escarpée, et moi la fixant un verre de Pietra à la main, une tartine de chèvre dans l’autre et les yeux rivés sur l’ondulation de ses cheveux. Ou alors, je la fixe descendant de sa bicyclette, ciré jaune (je n’ose regarder dessous), de l’autre côté de la fenêtre d’un pub d’une de ces îles anglo-normandes. Quelques sourires après, je récupère mes billets et n’ait plus qu’à porter mon regard libidineux vers d’autres cieux…

« La libido est dans l’inconscient, qui dépend du thalamus, qui se trouve dans la partie postérieure du cerveau, ce qui me ramène à mes classes de géographie à Thelma dans l’Alabama et au triste mais amical souvenir de Miss Florida Damestre professeur de géographie. […] »

Plus que 4 places…

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4 – 2 = 2. Qui seront les deux derniers prochains chanceux ? Je n’ai pas pu payer mes billets de concert avec mes chèques vacances (tant pis, je m’en servirais quand je partirais en vacances sur les autoroutes de notre contrée) mais j’ai MES billets ; je suis bien, je suis heureux et il est temps de se sustenter quelque peu à cette heure du déjeuner, dans la chaleur suffocante et impudique du Tennessee. Et là, j’ai déjà ma petite idée, mon envie ou mon péché-mignon, appelez cela comme vous voudrez…

Pour décompresser d’une demi-journée de boulot : une bonne bière, fraîche et forte ! Ma première surprise est de voir le coin vide…Où sont passés tous les parisiens ? Tant mieux, les dernières fois que j’avais été dans ce coin, il était loin d’être vide, loin d’être silencieux. J’aime le silence, celui que j’entends lorsque le brouhaha incessant des pipelettes cesse et lorsqu’ainsi je peux écouter tranquillement la sono du pub. Et là, je suis gâté : j’ai eu le droit à quelques morceaux de Led Zepellin, entrecoupés de quelques longues bravoures des Doors et parsemés de quelques petits titres de vieux Bowie. Que demander de plus dans la vie : des billets pour un concert, une charmante serveuse, un beau sourire pour me décrire la bière du mois, et une bière (pas celle du mois) ! Avec ça, comment voulez-vous que je retourne bosser…

« Où la libido est-elle située, où commence-t-elle à brûler ? Dans l’inconscient, c’est aussi évident que l’île de San Cristobal est située à l’extrémité occidentale de l’archipel nommé Louisiade ; mais elle brûle de façon beaucoup plus forte, et avec une plus vive couleur depuis qu’elle est enflammée de l’infidèle […]

« Hystérique, voyez un médecin. »

Peu importe la géographie et Miss Dames…

Et si je m’envolais pour l’île de San Cristobal avec la vendeuse… ou avec la serveuse ! Avec des pensées comme ça, comment voulez-vous que je retourne bosser…

D’autant plus qu’après « Black Dog » s’enchaîne « The Gallows Pole » qui succéda à « Heartbreaker » avant de laisser la place à « Whole Lotta Love ». Le répertoire essentiel du rock, tendance heavy-blues, est là, puissant, sauvage et sensuel. La serveuse, entre deux morceaux de bravoure de Jimmy Page et deux déhanchements langoureux de Robert Plant, m’apporte mon délice, au sourire toujours aussi ravissant. C’est ma journée aujourd’hui, faut que j’en profite un max’. Que de beaux sourires pour une journée qui s’annonçait pourtant morne et banale. Réflexion : je ne sais pas à quoi (ou à qui) cela sert cette dizaine de pressions – vu que personnellement, je m’arrête presque toujours sur La Chouffe, sans même lire les suivantes. La même que la bière du mois mais en plus forte, en plus mâle, en plus sauvage, dixit la serveuse au jolie sourire. Silence, je respire, je sens, je hume, je fais honneur à  ce plaisir et ce parfum fruité incomparable tandis que Jim Morrison prend le relais. Pour ma part, je sors de ma poche mon petit bouquin de poche. Un étrange roman fait de perversité et de réflexions libidineuses sur un écrivain qui se dit raté, un pur paumé au comportement dingue, et homosexuel, œuvre chaude et désespérée signée Tennessee Williams. Le roman idéal pour savourer sur une terrasse de café, sous le soleil chaleureux de l’été, un jour où toutes les femmes sortent leur plus beau sourire ravageur… L’heure du café approche, toujours sur une musique des Doors… Zut, c’est le serveur qui me l’apporte, gentil et amical mais je préfère quand même sa collègue. Tant pis pour moi, je rattraperai son sourire lorsque j’irai régler à la caisse. Pour info, ce fameux bar où je me suis senti si bien l’espace d’une heure (si vide le midi, mais si plein et si bruyant le soir que mes esgourdes ont du mal à sentir la musique ambiante), reste pour moi l’un des rares endroits de la capitale où l’on peut boire une bière en connaisseur et connaissant, même dans un quartier aussi touristique et de passage que peut l’être Montparnasse, est le Falstaff.

« Qu’est-ce que la vie, sinon le souvenir de culs et de cons que l’on a pénétrés ? »

Tennesse Williams, Une Femme Nommée Moïse (Moïse and the World of Reason).

4 commentaires
  1. 29 janvier 2012 , 13 h 56 min - manU prend la parole ( permalien )

    J’aime beaucoup Tennesse Williams, j’ai lu beaucoup de ses pièces, je ne connaissais pas celle-ci, merci.

    • 29 janvier 2012 , 17 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      A l’inverse, je ne connais que cette oeuvre – une femme nommée MOISE -, mais elle vaut le détour ! (même si certains l’avoir trop crue, d’un auteur sur la fin de sa carrière). Moi j’ai adoré. Va falloir que je voie maintenant plus loin que cette Moïse…

  2. 1 février 2012 , 12 h 55 min - manU prend la parole ( permalien )

    Dans les pièces que j’ai lu, tout est beaucoup plus suggéré donc moins cru que dans ce livre visiblement…

    • 1 février 2012 , 13 h 22 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      tout est beaucoup plus suggéré donc moins cru que dans ce livre visiblement

      oui, apparemment, c’est souvent ce qui ressort des différents commentaires. Et je pense que c’est aussi une question de mœurs et d’époque, entre ce roman sur sa fin de vie et ses principaux écrits datant des années 50.

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