Bêtes, Hommes et Dieux [Ferdynand Ossendowsky]

Par le Bison le 7 décembre 2011

Catégorie : 5 étoiles, Europe

Bêtes, Hommes et Dieux.

A travers la Mongolie interdite, 1920-1921.

Ce n’est pas que de la littérature de voyage, un énième compte-rendu d’un écrivain en mal d’aventures, l’écriture d’une expédition folle à travers les contrées les plus reculées et les plus sauvages que m’offre aujourd’hui Ferdynand Ossendowsky. Non. Cela se passe au-delà des simples mots qu’il peut utiliser de sa plume. J’y retrouve de la magie, de la spiritualité, du non-rationnel qui marque d’une empreinte indélébile une telle aventure, le genre de truc à vous transformer un gars jusqu’à la fin de sa courte vie.

Bêtes. Dans ce qualificatif, j’y vois surtout la sauvagerie des hommes, et surtout des « rouges ». Contraint à la fuite sans attendre sous peine de se voir devant un peloton d’exécution, l’auteur prend son fusil, quelques cartouches dans sa besace et affronte le froid, l’hiver, neiges et glaces, pour traverser la Sibérie centrale. Des rencontres parfois humaines, d’autres crapuleuses voire guerrières. Éviter les bolcheviks, les sympathisants, les représailles, les voleurs ou les mendiants prêts à vous vendre ; Se défendre avec son fusil, son couteau, sa machette ; Trouver un abri, s’isoler, se réchauffer, croiser des regards teigneux et impénétrables, sentir les bonnes âmes en un clin d’œil et repartir, toujours plus vers l’Est, toujours plus vers le Sud. Du courage, notre auteur n’en manque jamais, de la ténacité et un certain esprit de survie pour plonger toujours vers l’antre des ténèbres. Préférer le noir aux rouges.

« En contemplant cette fabuleuse retraite des glaces, je restai saisi de terreur et de révolte devant le tableau horrible qu’offrait le Ienisseï charriant dans sa débâcle annuelle les plus affreuses dépouilles : c’étaient les cadavres des contre-révolutionnaires exécutés, officiers, soldates et cosaques de l’ancienne armée du gouverneur général de toute la Russie anti-bolchevik, l’amiral Koltchak. Tel était le résultat de l’œuvre sanguinaire de la Tchéka à Minoussink. Des centaines  de ces cadavres, têtes et mains coupées, visages mutilés, corps à moitié carbonisés, crânes défoncés, flottaient à la dérive parmi les blocs de glace à la recherche d’un tombeau, quand ils n’étaient pas entraînés dans la fureur des tourbillons où ils se trouvaient alors déchiquetés, écrasés, déchirés, masses informes sur le fleuve, écœuré de sa tâche, vomissait sur les îles et les bancs de sable. »

Hommes. Derrière lui la Sibérie, devant la Chine, la Mongolie et le Tibet. Au fur et à mesure de ses avancées dans ces si lointaines contrées, Ferdynand (au bout du second bouquin, je me permets quelques familiarités) y croise des Hommes, de ceux qui possèdent âme et courage, armes nécessaires pour survivre dans une région si hostile et inhospitalière. Des hommes, des paysans, des fonctionnaires toujours prêts à lui apporter leurs aides, à le cacher des espions bolcheviks, à le conduire à travers montagnes plaines immenses et déserts terrifiants. Il troque le cheval contre le chameau, il dodeline plus qu’il ne galope mais l’essentiel est toujours d’avancer, son objectif, et de rester en vie pour me raconter quelques années plus tard ses perceptions de la vie, ses rencontres magiques, ses moments d’intenses émotions qu’une telle aventure lui a octroyé.

« Le houtouktou entra dans le sanctuaire, s’agenouilla, se couvrit les yeux de ses mains, et commença à prier. Je considérai le visage calme et indifférent du Bouddha doré, sur lequel les lampes vacillantes jetaient des ombres changeantes, puis je dirigeai mes yeux du côté du trône. Chose merveilleuse et difficile à croire, je vis réellement devant moi un homme, fort, musclé, le visage bronzé, une expression sévère marquée à la bouche et aux mâchoires ; toute sa physionomie était rehaussée par l’éclat vif de son regard. A travers son corps transparent, drapé d’un manteau blanc, je distinguai les inscriptions en thibétain sur le dossier du trône. Je fermai les yeux puis les rouvris : il n’y avait plus personne mais le coussin de soie du trône semblait bouger.

- C’est de la nervosité, me dis-je ; une trop grande impressionnabilité liée à la tension inhabituelle de mon esprit. »

Dieux. Au-delà de l’immensité des plaines de Mongolie, l’auteur découvre la « religion en jaune ». Dans ces montagnes, règne une atmosphère étrange. Des nuages, des volutes qui surplombent les falaises, des monastères et des hommes qui vivent de prières, de spiritualités, de magie presque. Ce ne sont plus des hommes, ce sont des saints, des Dieux vivants qui font forte impression auprès de notre écrivain-aventurier. Des rencontres marquantes qui frappent les esprits et apportent son lot de mysticisme surnaturelle. Ces hommes en jaune n’ont pas du tout la même vision du Monde, des autres que lui – que nous. Ferdynand au terme de son voyage, en reste profondément perturbé comme si il avait senti un étrange phénomène : celui de se sentir initié à une nouvelle religion qui en profondeur va chambouler votre âme.

Les chroniques de Seth :

Mais l’aspect le plus remarquable du récit est sans nul doute la découvertes des différentes cultures mongoles (soyottes, kalmouk) mais aussi tibétaines avec toute la complexe hiérarchie des prêtres lamaïstes.

Ossendowski décrit longuement les coutumes de ses peuples, leurs histoires et leurs croyances qu’elles soient bouddhistes ou chamanistes.

Le lecteur découvre donc un monde empli de merveilleux, de légendes et de magie et la croyance en un Roi du Monde régnant de manière sous terraine sur le monde, étant même supérieur au Dalai Lama, au Tashi Lama et du Bogdo Khan, principaux dirigeants bouddhistes.

« Le Karma a peut-être ouvert une nouvelle page dans l’histoire. »

La suite est à méditer…

5 commentaires
  1. 8 décembre 2011 , 8 h 18 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    Je ne sais pas si je le lirai un jour mais en tout cas, je le note.

    • 9 décembre 2011 , 22 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Si tu aimes les grands romans d’aventures sans les romances habituelles, si tu aimes te retrouver seule dans la forêt, la taïga ou la toundra. si tu ne refuses jamais une vodka, un aïrag (ou koumiss) ou un arkhi… Si tu te reconnais dans toutes ces raisons, alors oui tu peux le lire un jour. Et si tu préfères le lait non fermenté, tu peux toujours t’installer sur ta terrasse un soir d’hiver, mettre ta chapka, et débuter cette fabuleuse aventure de ton jardin ;)

  2. 8 décembre 2011 , 10 h 15 min - phil prend la parole ( permalien )

    C’est drole, je lis ce billet qui donne bien envie d’aller plus loin peut-etre aussi en Mongolie ?
    Mais je ne peux m’empecher de faire un lien avec « les aventures de Socrate » de Dann Millman. L’auteur du Guerrier Pacifique surement que tu connais …

    • 9 décembre 2011 , 22 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Mais je ne peux m’empecher de faire un lien avec « les aventures de Socrate » de Dann Millman. L’auteur du Guerrier Pacifique surement que tu connais

      Je ne connais pas du tout… :(
      Je devrais ?
      Peut-être – sûrement – puisque tu en parles…

  3. 10 décembre 2011 , 12 h 16 min - phil prend la parole ( permalien )

    je pense ! mais les choix restent personnels.
    si tu veux un avant gout, il y a eu une adaptation de faite du Guerrier Pacifique avec Nick Nolte en Socrate …

    http://www.youtube.com/watch?v=iETQq18A_UM

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