A Single Man [Tom Ford]

Par le Bison le 8 novembre 2011

Étrange film que je viens de voir. Un film qui ressemble à une publicité pour un parfum Yves Saint-Laurent où tous les hommes sont bien habillés, style Yves Saint-Laurent grosses lunettes noires en prime. Mais un film qui me plonge également en 1962, époque insouciante où les femmes – maitresses de maison – sont tous coiffées façon Jackie Kennedy, où les jeunes garçons ont un look de James Dean, où les voitures ont l’intérieur cuir et boisé. Magnifiques voitures qui ont une âme et ne sont pas simplement un amas de matières plastiques et métalliques agencés tous identiquement. « A Single Man », signé Tom Ford, couturier chez Gucci et Yves Saint-Laurent. Voilà pourquoi le film est si beau, si esthétique. Chaque plan séquence se déroule comme un défilé de mode, les regards sont intenses, bleu azur, les costumes gris, sombres d’un classicisme chic. Et puis il y a les ralentis sur musique lancinante, façon « In the Mood for Love », le qipao étant remplacé par le costume bon chic, bon genre.

Le deuil, 1er thème du film.

«  A Single Man » dresse le portrait de George Falconer, professeur d’université d’âge mur, qui vient de perdre dans un accident de voiture, son compagnon, amour depuis plus de 16 ans. Comment retrouver le goût de la vie après un tel évènement ? Le film montre les journées banales de George qui n’a pas pu faire le deuil de son amant et qui tout au long du film se demande si la vie vaut-elle encore le coup ? Un professeur d’université californienne a une vie terriblement banale, et à l’aube de la cinquantaine se retrouver seul, plus personne à se confier, plus personne avec qui partager, plus personne pour se projeter vers un avenir. Dans ces conditions-là, pourquoi ne pas en finir rapidement, un revolver, quelques balles, le canon sur la tempe ou dans la bouche, et en un éclair tout deviendra plus lumineux.

Le suicide, second thème.

Car, lorsque dans les années soixante, on est homosexuel, on fait partie d’une minorité. George fait peur – mon Dieu, il est homosexuel !-, il dérange et on ne l’autorise donc pas à faire le deuil de son amant. Comme toute minorité, elle effraye plus qu’il n’en faut, et George se retrouve donc à l’écart de tous, voisins compris. Se retrouver seul, le soir quand on rentre chez soi, n’a pour conséquence que de poursuivre son malaise, la sensation de ne plus avoir sa place dans cette société. Et même si, par de moments furtifs, il tente de militer pour le droit à la différence, le droit à être homosexuel – ou blonde et intelligente – le droit simplement d’être soi-même tout en s’intégrant à la société.

Le droit à l’homosexualité, 3ème thème.

Et si le film peut être particulièrement lent – voir presque insipide – où il ne se passe presque rien, c’est ce « presque » que j’ai tant apprécié, car beaucoup de choses se passent dans les regards, dans le déhanchement d’un twist, dans le verre de scotch qu’on se boit pour oublier l’espace d’un instant cette peine trop lourde. Et c’est justement pour cette raison que dès le clap de fin, j’ai envie de le revoir, pour me replonger dans cette ambiance à la Kennedy, et dans le décolleté de Julianne Moore, clope au bec et verre de scotch à la main.

Dans le rôle de George Falconer, Colin Firth prix d’interprétation masculine à la Mostra de Venise. Julianne Moore, toujours aussi belle et pétillante, joue à merveille la copine délurée qui aurait pu être son amant si ce dernier n’avait pas raté sa vie en devenant homosexuel. Et mesdames-demoiselles-et-homosexuels de tout bord, je n’oublie pas la présence de Nicholas Hoult (dont je conseillerai sans restriction les 2 premières saisons de la série anglaise « Skins », une plongée trash et sans tabou dans le monde lycéen de la jeunesse anglaise).

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From The Avenue fait le comparative film-roman, car si je ne l’ai pas précisé jusqu’à maintenant, le film trouve son inspiration dans le roman éponyme, un homme singulier, de Christopher Isherwood :

[…]dans le roman, c’est avant tout l’histoire de George, homosexuel certes, mais homme ordinaire qui nous livre sa vision du monde, de cette nouvelle société de consommation (nous sommes en 1962 en pleine crise de Cuba). Il nous parle des minorités. Celles qui mettent soit-disant en péril la majorité, la masse bien pensante et consumériste. Les homosexuels de l’époque, les « invisibles » tels George et son ami Jim obligés de cacher leur vie aux yeux des autres. Pourtant l’homosexualité n’est pas le thème majeur du livre (ni du film d’ailleurs). N’arrivant pas à se libérer de son passé et de l’image de Jim, George est en quête du présent tout simplement.[…]

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