La Petite Marchande d’Allumettes [Akiyuki Nosaka]

Par le Bison le 5 novembre 2011

Catégorie : 5 étoiles, Asie

Son roman « Les Pornographes » me donnait envie de m’attabler au comptoir pour déguster de brulants soba ou udon, dans un endroit où les travailleurs causent fort et racontent des blagues graveleuses à la serveuse. Avec sa nouvelle « La Vigne des Morts sur le col des Dieux Décharnés », je m’installais au comptoir d’un sushi bar, très cosy où mon esprit pouvait fantasmer allègrement sur la complicité en cuisine de ce restaurant familial. Je poursuis mes pérégrinations, faites de saveur et de sexe, pour une seconde nouvelle « La Petite Marchande d’Allumettes » dans un bouge minable, partageant, sur un trottoir sal et sombre, mon tabouret et mes yakitoris avec quelques blattes et cafards de la pire espèce.

2. « La Petite Marchande d’Allumettes ».

Comme son nom le laisse présager, ce petit conte rivalise sur l’intensité dramatique à la référence Andersen. Une petite fille, version totalement paumée, se laisse mener par des souteneurs en tout genre, par des marchands de sexe et de pornographie, par des dockers abusifs… Brinqueballant de bras en bras, s’accrochant à tous les sexes à portée de main, Oyasu se laisse manipuler, violer, maltraiter par des hommes juste pour espérer qu’un soir elle tombe sur son père qu’elle n’a jamais connu. A travers cette prostitution dégradante, cette petite marchande d’allumettes recherche simplement l’image de son père (son « Papa ! Papa ! » qu’elle crie à chaque coït bestial avec des hommes beaucoup plus âgés).

« Décontenancée par la sévérité du ton, qui ne soutenait cependant pas la comparaison avec les cris de fureur de son beau-père quand il était soûl, Oyasu obtempéra et, toute nue, indifférente au froid, se laissa glisser sur les nattes brunies par l’usure. L’homme la regarda faire, puis à son signal – « Oï ! » -, quatre de ses comparses pénétrèrent dans la pièce, saisirent les jambes et les bras d’Oyasu pour la maintenir au sol, tandis que l’un d’eux se jetait sur elle. « Papa ! Papa ! » se mit à crier Oyasu, et ses cris incitèrent les hommes à poursuivre de plus belle. Oyasu, quant à elle, essayait de rappeler à elle la vision de son père, et, indifférente à l’acte qu’ils accomplissaient sur elle et qui durait interminablement, l’entrevoyait de temps à autre – au hasard du contact d’une peau rêche, d’une haleine fétide -, sans parvenir cependant à s’immerger totalement dans sa vision. Quand le dernier homme s’écarta enfin de son corps, elle se sentait simplement toute molle et ensommeillée. »

Dans cette seconde et courte nouvelle suivant La Vigne des Morts sur le col des Dieux Décharnés, je retrouve la verve (la verge ?) d’un auteur fabuleusement torturé par le sexe et la dévotion. Tout aussi cruelle et vicieuse que la précédente nouvelle et toujours avec cette même prose poétique qui ferait passer le viol, la pédophilie et la zoophilie pour des actes délicieusement attrayants et totalement normaux. De quoi provoquer à coup sûr bouleversement et émoi.

« La Petite Marchande d’Allumettes », Désespérément Paumée !

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10 commentaires
  1. 7 novembre 2011 , 1 h 31 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Tu bois du lait maintenant ??? … peut-être dû à la chaleur qui règne sur le blog depuis quelques temps ^^

    Bah moi j’ai vu des films, plein de films !
    dont deux suite à tes articles, Même la pluie et La route et un autre … ça doit faire trois ça pas deux, bref.
    Et d’autres dont deux qui pourraient t’intéresser, Amours chiennes et La solitude des nombres premiers.
    Vlà quoi.

    • 7 novembre 2011 , 12 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu bois du lait maintenant ???

      Tout à fait, une variante avec des glaçons et légèrement anisée et réglissée.

      peut-être dû à la chaleur qui règne sur le blog depuis quelques temps

      C’est vrai qu’il y fait chaud, torride même. C’est pour cette raison, les glaçons !

      Bah moi j’ai vu des films, plein de films !

      Pas grand chose. 2-3 dont faut que j’en parle, si j’en trouve le temps

      Même la pluie

      Tu peux laisser une comm’, un avis plus ou moins spirituel, ICI… si l’envie t’en chante

      Amours chiennes

      Il fait partie justement des 2-3 que j’ai revu récemment. Je te donne rendez-vous dans la semaine

      Vlà quoi.

      Vlà quoi. Et quoi d’autres ? Un Henri Bardoin ?

  2. 7 novembre 2011 , 1 h 32 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    et un autre que tu as vu, peut-être « l’autre » oublié donc le troisième
    Away we go.

    • 7 novembre 2011 , 12 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Away we go

      Et si l’envie t’en chante – du folk – tu peux également ma faire partager tes sentiments voir ton côté hippie, ICI aussi !

  3. 7 novembre 2011 , 18 h 00 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    AH oui j’ai vu Lola aussi, un film qui m’a beaucoup plu pour deux raisons, l’histoire des deux grand-mères très humaines, et Manille et sa pauvreté. Et j’ai loupé un film Serbis sur Arte fin octobre, flute qui se passe aussi à Manille, même réalisateur.

    Bon bah vlà, je viens de voir que je l’ai loupé, flute …

  4. 10 novembre 2011 , 16 h 55 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    Jamais lu cet auteur, je note ce recueil de deux nouvelles.
    C’est quoi, la boisson ? Du calpis ?

  5. 10 novembre 2011 , 17 h 02 min - Catherine prend la parole ( permalien )

    Mais si, j’ai lu La tombe des lucioles !!!

    • 10 novembre 2011 , 22 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est son plus grand succès – certainement dû aussi à la retentissante version du manga. Et je compte bien m’y mettre un jour… mais pour le moment, je garde en moi l’émotion de l’animation et ai encore du mal à imaginer de simples mots sur cette histoire tant les images restent ancrées dans ma mémoire.

  6. 10 novembre 2011 , 22 h 06 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Je vote pour l’Anisette… je connais que ça de blanc et d’anisé
    c’est pas ma tasse de thé
    remarque normal pour un verre anisé

    • 10 novembre 2011 , 22 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Les verres n’ont plus aucun secret pour toi…

      Composition : Essence de badiane, Infusions et Alcoolats d’une cinquantaine de plantes et d’épices dont l’anis étoilé ou badiane, réglisse, muscade, clou de girofle, cannelle, sauge, centaurée, poivre noir et blanc, armoise, fève de tonka, cardamome, maniguette…

      Que de bons produits, sains et avec le moins de pesticides (du mois je l’imagine ou l’espère)

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