La Vigne des Morts sur le col des Dieux Décharnés [Akiyuki Nosaka]

Par le Bison le 3 novembre 2011

Catégorie : 5 étoiles, Asie

De Nosaka Akiyuki, j’avais déjà parcouru avec une certaine délectation « Les Pornographes ». Trois compères, aux caractères lubriques et grivois, tentent de professionnaliser le métier du plaisir et de pénétrer le marché de la chair sans tabous. Shows érotiques, vente de culottes féminines déjà portées, films pornographiques, organisation de partouzes, ces messieurs s’intéressaient avant tout au côté humain et passionnel du sexe.

Je retrouve ainsi cet auteur, encore plus passionné, dans deux petits « contes », cruels et vicieux mais avec cette même prose poétique qui ferait passer l’inceste pour un acte délicieusement exquis. De quoi provoquer à coup sûr bouleversement et émoi.

1. « La Vigne des Morts sur le col des Dieux Décharnés ».

« Cette fleur se nourrit du sang des morts, elle ne peut pas pousser sur un terrain ordinaire. A preuve, après qu’un cadavre était mis en terre, les sarments de vigne poussent autour de la nouvelle pancarte funéraire, et y trouvent leur subsistance. »

Fabuleux. Construit comme une véritable légende d’antan, je suis happé dans cette région entre terre et mer à la découverte d’une saga familiale cruelle et surprenante à la tête d’une mine de charbon. Surprenant comme la beauté de ces fleurs de vigne. Il parait que ces fleurs, si blanches, si immaculées, se nourrissent de sang et ainsi ne poussent que sur les tombes du cimetière de ce petit village retranché.

Mais ce qui semble encore plus fabuleux, c’est la démesure dans laquelle l’auteur m’embarque. Une démesure proche de la démence, folie douce et destructrice, qui pour avoir de si belles fleurs, les gens en sont à tuer les nouveaux nés, à violer leurs filles, à s’ébattre avec leurs sœurs, leurs mères, leurs grand-mères, sans plus aucun tabou. La vie n’est même plus respectée, l’amour encore moins. Seul compte ces magnifiques fleurs de vignes qui poussent sur la tombe de cadavres frais.

« Il n’était pas rare non plus qu’un père viole sa fille, se disant que si, de toute façon, cette enfant qu’il avait élevée avec les soins les plus tendres, devait voir son corps à peine nubile violenté par un homme, autant qu’il soit le premier, et il abusait d’elle, sans cesser pour autant de coucher avec la mère, qui d’ailleurs ni voyait aucune objection si cela pouvait permettre à sa fille de tomber enceinte, elle lui donnait même volontiers un coup de main pour maintenir une fille récalcitrante. Les aînées couchaient avec leurs cadets, les frères ainés violaient leurs petites sœurs… »

Un conte de fée surprenant et cruel. Inimaginable même. Je me demande comment un auteur peut aller aussi loin dans sa folie, si ce village a existé et cette mine qu’est-elle donc devenue ? Mais au-delà des viols à répétition, des coïts à outrance et de la débauche de ce petit village, il y a toute la poésie de Nosaka Akiyuki qui donne un visage si charnel et si aimant que rien ne me choque dans ses propos. Bien au contraire, j’y ressens une certaine plénitude extatique, un bien-être surréaliste en me persuadant que ces fleurs de vignes doivent être d’une telle beauté…

« La Vigne des Morts sur le col des Dieux Décharnés », Totalement Dingues !

« … et dès lors la folie s’empara de tous. Chacun divaguait en hurlant à tue-tête, on violait des fillettes de dix ans à peine, des adolescents culbutaient des grands-mères à l’article de la mort, des vieilles délaissées brandissaient des rivelaines et frappaient dans le dos des couples couchés l’un sur l’autre. Des hommes s’empoignaient, une folle dansait nue dans la neige… Des couples s’étranglaient mutuellement en plein coït, et s’écroulaient mort en même temps, un vieillard violait un jeune homme occupé à sucer le sexe d’une vieille, des jeunes gens se promenaient au milieu de cette orgie, donnant des coups de pieds dans les testicules des hommes, enfonçant des pieux entre les cuisses des femmes, sans distinction des morts et des vivants… »

La vision de Potomac :

Récit à la fois merveilleux (au sens des contes de fée) et sinistre, plein d’érotisme et d’horreur, écrit dans une langue parfaitement classique qui, selon moi, en rend la lecture pleinement jouissive.

Totalement dingue et pleinement jouissif !

2 commentaires
  1. 12 novembre 2014 , 21 h 54 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Je suis curieuse de par ton billet mais je ne sais pas si je suis prête à lire ce genre de livre même si je suis certaine qu’il y règne une poésie comme savent si bien transmettre les écrivains japonais…

    J’y viendrais certainement un jour… mais je me contenterai pour le moment des Ogawa qui m’attendent dans ma bibli…

    Et quel plaisir la littérature japonaise

    • 12 novembre 2014 , 22 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il faut être un peu dingue dans sa tête pour lire ce genre de truc. Mais c’est un petit roman totalement déjanté d’un cynisme pur et d’un érotisme complètement jouissif. Mais je crois qu’effectivement, tu n’es pas encore prête…

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