la Muraille de Lave [Arnaldur Indridason]

Par le Bison le 4 juillet 2016

Catégorie : 3 étoiles, Europe

2h du mat’, le silence, la nuit, le noir. Histoire d’un soir, je sors un polar. Pas un bruit, seulement le bruissement des pages qui se tournent et se retournent. Elles défilent devant mes yeux rougies par des crises d’insomnie ou de questionnements sur ma vie. Envie de me sortir une bouteille de vin. Ou mieux, une bouteille de Skoll et devenir un Viking. Yeah, je suis un viking, de cette race barbare qui chevauche les flots et les côtes pour ramasser toutes les pièces d’or trouvées sur la plage abandonnée, pour violer toutes les femmes abandonnées sur le sable. Oh, oui j’aurais aimé être un Viking. Seule sur la plage, les yeux dans l’eau. Elle me regarde avec mon casque en pointe, et mon envie qui pointe de tourner frénétiquement les pages de mon bouquin. Une éternité que je n’avais pas battu la campagne islandaise, l’air abattue, l’air distillé d’un mélange de souffre volcanique et d’iode maritime. A cette époque, il faisait même encore jour, c’est dire le temps qui s’est écoulé sur cette île, qui compte plus d’alcooliques que de footballeurs.

« Elle a l’impression que tout le monde est devenu complètement cinglé, que les gens passent leur temps à copuler comme des bêtes et de tous les côtés. »

3h du mat’, même une éruption volcanique ne serait perturber ma lecture. Je suis islandais, Erlendur a disparu, parti en vadrouille, en vacances, qu’en sais-je, personne ne sait d’ailleurs. Je ne suis pas inspecteur, juste lecteur, et pourtant je m’interroge sur sa disparition. Cependant, tu t’en fous, à cette heure-ci, tu ne penses qu’à boire ta bière de viking, d’ailleurs, il y a cette femme qui a sauvagement été agressée. Sauvageons islandais, un encaisseur probable avec sa batte de base-ball. Et dire que je n’ai pas de batte de base-ball chez moi, tout juste un marteau en tant que digne descendant de Thor. Mais pourquoi un encaisseur, dette de jeu, dette de drogue, dette de sexe. Les trois, peut-être. Le monde dans lequel j’appartiens est si pourri. Sigurlur mène l’enquête.

4h du mat’, la bouteille de Skoll est vide, Sigur Ros plane sur la platine, mon esprit patine sur la lave. Les yeux rougis par les vapeurs d’alcool, ou les fumeroles du volcan. Le sommeil me guette, enivré par la musique éthérée de Sigur Ros devant l’apathique Sigurlur. Et puis, il y a ce gars mi-sdf mi-fou, les deux en même temps si ça se trouve. Dans le genre alcoolique en plus, le genre à boire une Skoll en pleine nuit ou en plein match de foot. Il cherche lui aussi Erlendur… Mais puisque je te dis qu’il a disparu ! Disparu… Il a l’air dérangé, un truc qui le tracasse, un truc de pédophile. Le monde dans lequel j’appartiens est vraiment pourri. Et pendant ce temps les banques empruntent à d’autres banques, des crédits, des emprunts, et le miracle économique islandais. Je comprends rien à ces trucs de la finance. Il parait que les marchés financiers sont de plus en plus tendus, que la bourse est à cran. Moi, tout ce qui m’intéresse c’est que le string soit bien tendu et que je puisse délester mes bourses de son flux aussi millésimé qu’un vin de Toscane.  Quelque chose m’échappe, alors je continue de boire ma bière, seul dans le noir, en pensant à cet encaisseur, ces requins de la finance, cette pornographie pédophile. Le monde dans lequel j’appartiens est définitivement pourri.

« Ils se turent un long moment. Le vin italien venu de Toscane avait un goût aussi doux que fruité sur leurs papilles. La musique qui tombait du plafond était italienne, tout comme le plat qu’ils attendaient qu’on leur serve. Seul ce silence entre eux était islandais. »

5h du mat’, j’aime la nuit, j’aime le silence et me baigner nu dans une source volcanique. Alors, escalader la muraille de lave en planant sur Sigur Ros ne me fait pas peur.

« La muraille de Lave », la ballade islandaise.

12 commentaires
  1. 4 juillet 2016 , 23 h 56 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    18h00 du soir. Je te lis et j’ai les yeux brillants. Parce qu’il y a l’Islande et des questionnements sur la vie. Une odeur de souffre et une source d’eau chaude. Un Viking et sa Skoll pas trop loin, puis Sigur Ros pour bercer la nuit… Il ne manque qu’une aurore polaire pour venir à bout de la nuit silencieuse et salvatrice, pour venir à bout de ce monde de fous…

    18h00 du soir et je me dis que je dois lire cette histoire, de nuit. Une nuit blanche à escalader la muraille de lave et découvrir le monde tel qu’il est… J’ai les yeux brillants! Merci pour ce beau moment Bison…

    • 5 juillet 2016 , 9 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je ne sais pas si c’est un beau moment, en tout cas, bien que je ne sois pas un grand spécialiste des polars encore moins de la littérature islandaise, je suis d’avis à penser que ce n’est pas le meilleur Arnaldur Indridason…

      Crisse, j’avais oublié l’aurore polaire pour me baigner nu dans le bain de vapeur soufré et sulfureux dans cette nuit silencieuse. Savais-tu qu’on pouvait décapsuler la Skoll juste avec son majeur ?

  2. 5 juillet 2016 , 11 h 20 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Je me suis frotté aussi il y a peu à cette muraille. J’aime bien Erlendur et Arnaldur, de temps en temps. Je viens de finir mon quatrième, Hypothermie. Skoll de l’ami Eeguabdur Alfredson.

    • 5 juillet 2016 , 15 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ce n’est que ma deuxième plongée en terre islandaise. Et même si je prends de moins en moins de polar à mon actif, j’ai les premiers Erlendur et Arnaldur…

  3. 5 juillet 2016 , 18 h 53 min - Alex-Mot-à-Mots prend la parole ( permalien )

    Sacrée ballade….

  4. 5 juillet 2016 , 20 h 20 min - manU prend la parole ( permalien )

    Dépaysement garanti avec l’Islande, a fait envie !
    Quant à ton « flux millésimé », il va te falloir en produire pas mal avant d’arriver à remplir une barrique… :D

    • 5 juillet 2016 , 22 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ne t’inquiètes pas, je distille beaucoup :D

  5. 6 juillet 2016 , 6 h 47 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonjour le Bison, peut-être pas le meilleur Indridason mais j’avais aimé. J’aime beaucoup la narration d’Indridason qui prend son temps. Bonne journée.

    • 6 juillet 2016 , 9 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      De temps en temps, il apporte un vent de fraîcheur… A moins que ça soit la Skoll…

  6. 7 juillet 2016 , 8 h 13 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Indridason et moi, c’est une longue histoire d’amour et son Erendur, je l’aime bien aussi, mais pas au point de me rouler sur le sable avec lui… :lol:

    Je n’ai pas encore celui-ci… j’essaie de les faire dans l’ordre.

    « Seule sur la plage, les yeux dans l’eau. (on dirait du Roch Voisine) Elle me regarde avec mon casque en pointe, et mon envie qui pointe… Distille bien ton flux millésimé ! :P

    • 7 juillet 2016 , 8 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu connais les grands classiques de la chanson francophone :D

      j’essaie de les faire dans l’ordre.

      Peu importe l’ordre. Je choisis une Skoll au hasard dans son pack de 6 !

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