Un garçon d’Italie [Philippe Besson]

Par le Bison le 19 août 2016

Catégorie : 4 étoiles, Europe

Luca, Anna et Leo. Le triptyque de l’amour. Luca aime Anna. Luca aime Leo. Anna ignore l’existence de Leo. Leo se prostitue sauf avec Luca où il lui fait l’amour. La Fiorentina joue, les supporters crient, et Luca se noie. Début de l’histoire, fin d’une histoire. Luca, de sa mort me parle. Anna, aussi, de son désespoir. Luca continue le dialogue. Trois voix qui s’interpellent pour me raconter l’amour selon Philippe Besson.

Tour à tour, ces trois voix se racontent. L’une est morte, la seconde s’interroge, la troisième continue à vivre. Luca, la tête dans la boue, le corps en décomposition, a vécu des jours heureux auprès d’Anna, et de Leo en même temps. Et de son trépas, il me parle de ses deux amours, de ses rencontres qui ont basculé le sens de sa vie, de ses verres de vins bus ensemble, de ses images de carte postale qui donnent à l’amour un sentiment de nostalgie, comme quand la Fiorentina était une grande équipe. Car l’autre personnage principal de ce roman est Florence et son fleuve l’Arno.

Anna est en deuil. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Pourquoi ? Elle semble ignorer tant de chose de Luca. Elle l’aimait vraiment. Mais lui… ? Beaucoup de questions traversent son esprit, et la police florentine ne fait qu’en rajouter. Accident, Suicide ou Meurtre ? L’arrivée inattendue de Leo dans sa vie ne fait qu’augmenter sa confusion. Et je crois bien que ses questions resteront en bonne partie sans réponse.

« Aux hommes de passage, je demande de me suivre dans les toilettes de la gare. Je marche devant eux, d’une démarche qui s’est assurée avec les années. Je les sens dans mon dos, je sens leur honte, leur précipitation, leur trouille de se faire piquer, d’être reconnus. Je montre une porte d’un seul hochement de tête. Je précise que je n’embrasse pas. Pourtant je m’en fiche. Le tarif a été fixé dès les premiers mots échangés. L’argent passe de leurs portefeuilles, qu’ils soupèsent en tremblant, à la poche de mon jean. Les hommes glissent le long de mon corps, plongent leur visage entre mes jambes, dégrafent le pantalon, s’emparent de ma chair. Je suis habitué à leur brusquerie, à leur gaucherie, à leur violence quelquefois. Je sens le rebord de leurs lèvres humides sur ma queue. Ca ne dure pas longtemps en général, cette scansion maladroite. C’est souvent hâtif, bâclé, risible. Quand les hommes se relèvent, je rajuste mon jean. J’aperçois qu’ils essuient leurs visages, une sueur au front, un résidu au coin de la bouche. Nos regards ne se croisent pas. Ils sortent en premier, toujours. Ils se perdent vraisemblablement dans la foule. »


Leo porte en lui et à l’intérieur de son jean tous les mystères de ce roman. Grace à lui, ce n’est plus une simple d’histoire d’amour. Les composants habituels que compose cet amour, un homme et une femme, évoluent. Avec lui, un homme, une femme et un autre homme. Et l’amour bien que sincère devient caché, mystérieux, à en devenir parfois triste. Car l’amour peut aussi faire souffrir. Luca en avait bien conscience. Et lorsque Leo tapine dans un coin de la gare de Florence, l’enquête policière se dirige vers lui. Forcément, le meurtre repasse en première position. Mais, saurai-je un jour ce qui a poussé Luca à boire l’eau de l’Arno ?

Qu’il est beau ce petit roman de Philippe Besson, charentais d’origine (tu connais Barbezieux ?), qui m’emmène chanter la sérénade, un verre de Chianti, la trompette d’Enrico Rava, le piano de Stefano Bollani, dans la cité florentine. Tiens, et si je me commandais une calzone pour accompagner cette histoire et cette Birra Moretti ? La calzone de l’amour…

« J’ai vécu des années heureux. Et, un jour, j’ai été plus heureux encore.

Un dimanche sur deux, j’allais au stade voir jouer la Fiorentina. Je m’asseyais au milieu d’une foule de visages qui me sont devenus peu à peu familiers. Je criais avec les cris. Je levais les bras quand les bras se levaient. Je tapais du poing et mes cuisses étaient toutes endolories. Je fermais les yeux aux instants cruciaux et nous étions un peuple d’aveugles. J’injuriais l’arbitre et le fait de n’être pas le seul à l’injurier m’ôtait toute honte. Je voulais embrasser les joueurs mais ils auraient croulé sous nos étreintes. Au bout de deux heures, nous étions épuisés, pantelants, et nous nous promettions de ne jamais abdiquer notre chauvine ferveur.

Le soir, souvent, je mangeais la pasta avec des amis, ou Anna. Ca s’enroulait autour des fourchettes, ça dégoulinait de sauce, ça cognait à nos mentons, ça nous obligeait à ouvrir grande nos bouches et à nous livrer à des contorsions, des pantomimes, ça nous brûlait la langue, ça calait nos estomacs, ça déclenchait nos fous rires.

Le soir encore, nous buvions du vin. Celui de Toscane est le meilleur, personne ne songerait à prétendre le contraire. J’ai encore le goût du chianti dans ma gorge. Et les étoiles qu’il faisait danser dans ma tête. J’ai parfois bu plus que de raison. J’ai recherché le roulis que procure l’ivresse.

Anna me souriait, m’aimait.

Je ne demandais rien de plus. Il est arrivé Leo.

Il y a des hommes chanceux, trop chanceux, même. Je suis de ceux-là. Sauf que je suis mort noyé. Mais qui sait si cela même n’est pas une chance ? »

« Un garçon d’Italie », lui + elle + lui = une histoire d’amour.

10 commentaires
  1. 19 août 2016 , 21 h 49 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Non, pas pour moi ! ;)

    • 20 août 2016 , 11 h 46 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pourquoi ? Tu es contre les plans à 3 ?

  2. 21 août 2016 , 16 h 59 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Philipe Besson, un auteur à découvrir!

    C’est ben beau les triptyques de l’amour, mais il va forcément manquer de majeurs quelque part, ce serait dommage qui en ait pas pour tout l’monde, Tabarnak! :D

    lui + elle + lui = une histoire d’amour à 6 majeurs….

    • 21 août 2016 , 21 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      à découvrir effectivement. Pas évident pour un gars de Barbezieux, le trou du cul de la Charente. Pons, à côté, c’est la grande ville ! c’est dire que Philippe Besson est parti de loin, très loin…

  3. 22 août 2016 , 10 h 00 min - manU prend la parole ( permalien )

    J’aime beaucoup l’écriture de Philippe Besson mais je n’ai pas encore lui celui-là.
    Dis donc Barbezieux, c’est pas ce trou paumé où les bisons font leur transhumance l’été sans passer saluer les grenouilles des environs ?…

    • 23 août 2016 , 9 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je crois bien que c’est ce même coin perdu… :)

  4. 22 août 2016 , 16 h 35 min - Alex-Mot-à-Mots prend la parole ( permalien )

    Une belle lecture que j’avais bien aimée.

  5. 30 août 2016 , 20 h 20 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Heureusement que tu as précisé qu’il était beau (le roman) parce que j’avais quand même l’impression que l’ambiance était un peu plombée. J’entends souvent cet auteur mais je n’ai pas franchi le pas.

    • 30 août 2016 , 22 h 23 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Justement, le roman n’est ni triste ni mélo. Il n’arrache pas de larmes inutiles, il est juste beau.

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