The Story of Anvil [Lips]

Par le Bison le 4 octobre 2011

L’histoire remonte au début des années 80, un concert à Tokyo, évènement rock’n’rollesque des métalleux de l’époque. En compagnie de Scorpions et Whitesnake, Anvil se produit sur scène, Steve « Lips » Kudlow (guitariste-leader et fondateur du groupe) fait son show, harnais de cuir façon SM et vibromasseur en guise de médiator. Le délire est là, la reconnaissance est proche. Trente ans après, où en est Anvil, ce groupe qui influença Guns’n’Roses, Anthrax, Motorhead ou Metallica ?

« The Story of Anvil », documentaire de Sacha Gervasi, fan de la première heure, tente de faire le point sur ce groupe canadien qui aurait inspiré toute la scène métal des années 80 sans obtenir le moindre succès. Comment expliquer ce relative anonymat, à comparer des succès planétaires de groupes tels que Megadeath ou Metallica ? Comment expliquer, alors qu’Anvil proposait le renouveau d’une musique plus Hard, plus Trash, plus Heavy que Led Zeppelin, Deep Purple ou Black Sabbath, ils n’aient jamais obtenu le moindre succès populaire bien que les critiques et estimes furent dithyrambiques ?

Question de chances, d’origines ou de managements ? Une chose est sûre, on ne peut remettre en cause la passion et la volonté de Lips et son groupe, sacrifiant leur vie et leur famille pour leur musique. Certains verront en Lips un pathétisme flagrant frôlant le ridicule, moi je préfère regarder en lui son abnégation totale envers sa passion et une foi intraitable envers son avenir. Les journées ne sont pas simples quand on rêve de remplir des stades et qu’on doit, pour survivre, faire un job purement alimentaire tel que distribuer dans les écoles d’une banlieue froide et enneigée du Canada les repas destinés aux cantines : une semaine hachis Parmentier, la suivante pizza et vice-versa.

Du courage et de la volonté, il en faut pour continuer à croire en ses rêves, sans perdre ses illusions, surtout quand son « manager », plus fan que manager d’ailleurs, l’envoie en tournée dans les Carpates dans des salles pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes, et qu’on final le nombre de spectateurs ne dépassent pas la cinquantaine, ingénieurs du son et personnels de sécurité compris. Que dire lorsque le patron, en guise de salaire, ne lui propose qu’un bortsch fumant, qu’en lieu et place d’hôtel miteux, le groupe dort à même l’aéroport ou la gare… Par moment, le documentaire frôle la comédie burlesque, ce qui me donne le sourire face aux aventures rocambolesques de Lips en tournée européenne. Mais, la réalité est tout autre, et le documentaire n’est pas là pour se moquer de ce vieux quadragénaire à l’âme adolescente. Bien au contraire, j’y vois un vibrant hommage à un type formidable…

Duffman, pour Inside Rock :

L’inconscience ou la beauté du parcours d’Anvil, c’est de toujours y croire, et de prendre du plaisir, quoi qu’il arrive. Autant Some Kind of Monster qui décrivait les errements des milliardaires de Metallica donnait un résultat aussi hilarant que pathétique, là l’empathie prend le dessus et c’est avec la boule dans la gorge qu’on découvre les propos désabusés de l’entourage des deux éternels hardos. On oscille donc entre franche rigolade, car ces deux-là sont quand même de sacrés zozos, et tristesse, notamment lors d’une engueulade particulièrement touchante entre Lips et Robb.

Anvil !, plus qu’un hommage à ce groupe si particulier, rend ainsi justice à tous les musiciens qui ont galéré et qui galèrent encore, bien plus nombreux que ceux qui réussissent.

Juggernauts of Justice, dernier album en date de Anvil – 2011 – une tuerie signée Les éternels :

Juggernauts of Justice est un album puissant et assez spectaculaire avec ses solos et ses chansons au rythme implacable. Doté d’une ambiance heavy old school et très soigné au niveau de la qualité du son et de la réalisation, il permet au groupe de poursuivre sur sa lancée depuis le coup de projecteur qu’avait constitué le documentaire qui leur était consacré en 2008.

Même pour ceux qui suivent de très loin le trash-metal, ce documentaire est une bouffée d’oxygène entrecoupée de quelques riffs sauvages à coups de vibromasseurs. Peu importe si ce genre musical vous laisse de marbre, froid comme une plaine enneigée du Montana, voir même du Canada en l’occurrence, car avant tout, il est question de passion et de musique, du choix que l’on décide de faire dans sa vie justement pour suivre sa passion, de l’énergie à mettre en commun pour ne pas subir de profonde désillusions… et surtout de n’avoir aucun regret dans la vie que l’on a choisi !

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