Alaska [Melinda Moustakis]

Par le Bison le 9 juin 2016

« Le reflet de l’île s’étire à la surface de la rivière, tremblote sur l’eau. Rivière, viens-tu ou vas-tu ? La Kenai, un flux laiteux mêlé de rubans verts et bruns, est enragée, est au repos. »

Prends ta mini-jupe en poil de castor, je t’emmène dans le Grand Nord. Là où tout est gelé, même le majeur, là où cohabitent ours, phoques et hommes bourrus et bourrés, la barbe hirsute, l’ermite chevelu. Oui, je m’y vois déjà, retour à l’état sauvage, pas de frigo pour mettre les bières au frais. J’ai mis ma tuque (tu veux tâter mon pompon ?), je te donne la pelle, y’a de la neige à pelleter.

Quelques bières, de la neige, une baleine qui s’échoue, des autochtones violents, des vents violents, des eaux violentes, et une nuit qui n’en finit jamais ou un jour qui ne s’achève pas. La beauté sauvage devant la fenêtre de mon igloo, ou de ma cabane en rondin. Tiens, un vol de lagopèdes à queue blanche… et une baleine bleue échouée… C’est beau une banquise la nuit.

- Dieu tient davantage de la baleine que de l’homme, dit-elle.

Là, le sang s’échoue sur le rivage et fait fondre la glace. Mes pieds nus sont teintés et léchés de rouge. La neige froide. Le sang chaud jaillissant du ventre de la baleine. Ils l’ont dépecée et lui ont tranché un lambeau de chair avec des tronçonneuses. Une baleine hors de l’océan est une montagne, un horizon, une courbe de ciel différente. »

Melinda Moustakis raconte dans ce premier recueil les écueils de la vie en Alaska. Pas de complainte, la graisse du phoque est dans la poêle à pancake, juste de la survie. Survie en milieu hostile, ça ferait une bonne émission de télé, sauf que ici c’est encore plus sauvage, comme le saumon qui remonte la rivière. Alaska, c’est aussi et avant tout une histoire de rivière, son eau glacée coule furieusement comme le sang entre mes veines, elle draine la vallée de sa fougue, de son impétuosité, de son mystère, de sa froidure extrême. L’Alaska, cet état extrême tout au nord où un lagopède pourrait presque passer inaperçu au milieu de la banquise.

« Là, l’œil d’une baleine est petit, comparé à une baleine. Une baleine est petite, comparé au monde. Je découpe l’œil de la baleine et le prends dans le creux de ma main. Il contient un océan, noir et orageux. »

Ils se battent, ils boivent, ils combattent. Les grizzlis, les saumons, les hommes. Tous égaux devant la nature, tous doivent avoir un caractère bien trempés pour suivre le flot sauvage de la Kenai, pour surmonter la sauvagerie de notre monde, encore plus celui de l’Alaska. Et se planter un hameçon sur soi, crois-moi, ça te fait pousser un sacré cri de sauvage.

Entre deux nouvelles de Melinda Moustakis, je te propose de poser ta canne à pêche et de t’offrir au milieu des saumons et d’une grenouille, cette « lecture au rythme de la nature ».

« Là, les ossements de la baleine sont l’immense squelette d’un navire fantôme, quand la chair a été découpée. Les os sont secs et lisses, la colonne vertébrale posée dans la neige. Ils s’étirent vers le haut,  les côtes forment une courbe depuis le sol et se referment au-dessus de moi. Je m’allonge et j’aligne mon corps, ma petite colonne vertébrale contre la colonne vertébrale de la baleine. »

« Alaska », à attraper des engelures au majeur.

10 ans de Gallmeister, l’œil de la baleine sur Lea Touch Book

21 commentaires
  1. 9 juin 2016 , 23 h 02 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    « un vol de lagopèdes à queue blanche » Ben qu’est ce que cet animal ? je connais pas !!!!

    Des engelures au majeur !!!! Quelle dommage !

    ;-)

    • 9 juin 2016 , 23 h 05 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Ben voilà c’est un genre de perdrix. Venant de toi je m’attendais à un truc bizarre ! Je vois que tu es sérieux parfois :)

      Je dormirai moins bête ce soir ;-)

    • 10 juin 2016 , 9 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Perdrix blanche ou perdrix des neiges, de la famille des Phasianidae :)
      Je suis incollable en truc bizarre, surtout les questions vertes.

    • 11 juin 2016 , 9 h 14 min - Goran prend la parole ( permalien )

      C’est ce que je pensais aussi, j’y tiens moi à mon majeur… :-)

  2. 10 juin 2016 , 3 h 43 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

    J’suis pas sûre pantoute que les lagopèdes se rendent en Alaska…
    Peu importe, j’ai trippé à lire ton billet, toujours aussi savoureux (une mini-jupe en peau de castor, y’a que toi pour sortir ça!), de la même manière que j’ai aimé ce voyage en Alaska à travers ces nouvelles.
    Cette étiquette de La Gricole, eh ben dis donc, elle ne paie pas de mine!

    • 10 juin 2016 , 9 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le lagopède à queue blanche occupe les territoires montagneux de l’Alaska et de l’ouest canadien jusqu’au nord du Nouveau-Mexique.

      Tu n’as pas des ours comme ça à Churchill ?

      PANTOUTE :) Excellent, crisse faut que je m’en souvienne…

    • 10 juin 2016 , 16 h 23 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

      Tu trouves le moyen de m’en apprendre sur ces fichus lagopèdes!
      Non, pas d’ours. Juste des chevreuils et des orignaux!

  3. 10 juin 2016 , 7 h 09 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Cap à l’extrême Nord-Ouest dès que possible. Je suis du voyage.

    • 10 juin 2016 , 9 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le cap au Nord t’a sorti de l’hibernation. :D

  4. 10 juin 2016 , 13 h 42 min - Alex-Mot-à-Mots prend la parole ( permalien )

    A se réserver pour un été de canicule, avec toute cette glace bien fraîche.

    • 11 juin 2016 , 12 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ou lorsqu’on a envie d’un pastis glacial et qu’on n’a plus de glaçons…

  5. 10 juin 2016 , 18 h 43 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Un Bison sur la banquise, Tabarnak!!! Attention tu vas t’geler le pompon!!! :D

    Pffffffffffffff « y’a d’la neige à pelleter »! ….. crisse!!! Pendant que tu contemples les envolées de lagopèdes à queue blanche dans la « chaleur » de ton igloo, à siroter d’la bière d’ours polaire et de bdc (oui oui je l’ai vu sur la photo), y’en a d’autres qui pellette la neige à se geler les majeurs en mini d’poils de castor…

    Toujours pas prêt à y mettre du sien!!! Câlisse…….!!! «y’a d’la neige à pelleter»……………………………! Elle est bonne celle-là!!! ^^

    • 11 juin 2016 , 12 h 32 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Attention tu vas t’geler le pompon!!!

      C’est pour mieux me le réchauffer… Tiens, au québec, on appelle ça le pompon ? :D

      envolées de lagopèdes à queue blanche

      crisse de tabarnak, c’est beau ! regarde mais garde la pelle en main.

      Câlisse…….!!!

      Merci pour ce voyage en Alaska !

  6. 10 juin 2016 , 20 h 35 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    Merci pour cette chronique !! :)
    J’ai beaucoup aimé ce recueil moi aussi ^^

    • 11 juin 2016 , 12 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Comme toujours avec Gallmeister, même si les nouvelles ne sont pas toutes égales…

  7. 10 juin 2016 , 20 h 46 min - manU prend la parole ( permalien )

    Un tabarnak de bouquin !!
    J’enfile ma moumoute en poil de castor et j’arrive… :D

    • 11 juin 2016 , 12 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Attention, avec les blizzard, ta moumoute va s’envoler ! :D

  8. 27 juin 2016 , 19 h 16 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Tu veux encore partir dans le grand nord avec le temps que l’on a ? Tu n’as pas plutôt envie de filer dans le sud bien chaud où apprécier une bonne bière fraîche ?

    • 27 juin 2016 , 22 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Même dans le grand nord, j’apprécie une bonne bière bien fraîche :D

  9. 29 juillet 2016 , 11 h 33 min - zazy prend la parole ( permalien )

    Une grande envie de sauvage…. Je me le note

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