La Petite-Fille de Menno [Roy Parvin]

Par le Bison le 13 juin 2016

« - Je vous conseille un whisky à l’eau avec des glaçons, dit-il. Rien de tel quand on est dans un train.

Lindsay éprouvait la morsure de l’alcool au fond de la gorge, sensation pas du tout déplaisante. Ils restèrent ainsi à siroter leur verre tandis que le train filait à travers la prairie noyée dans les ténèbres. »

Lindsay, divorcée, la quarantaine. Whit, brillant écrivain mais piètre mari, l’a abandonné il y a quelques années pour une autre femme dont elle ignore tout jusqu’à son nom. Il est décédé, maintenant. Et la vie de Lindsay est toujours au point mort. Trouver un prétexte, rendre visite à ses parents qui habitent la côte Est, New-York. Trop rapide de prendre l’avion, même à la fin des années 50. Le train s’impose. Plusieurs trains même. De belles locomotives à vapeur encore rutilante et les paysages qui défilent.

L’Idaho, le Montana, le Wyoming… et puis… quelques minutes d’arrêt. Une tempête de neige, un blizzard à cacher la grandeur des Bighorns. Des rencontres dans le train, autour d’un café ou mieux d’un whisky qui brûle la gorge mais qui enivre de sa chaleur provocante comme une douce sensation de mystère. Le train n’ira pas plus loin. Attendre que la tempête se calme, que la voie soit déneigée, que la fièvre tombe. Fièvre des grands espaces, fièvre humide d’une peur indicible.

« Elle entendit un sifflement et aperçut dans le lointain un train de marchandises qui fonçait dans la nuit, chapelet presque interminable de wagons frigorifiques, de wagon-tombereaux et de wagons-trémis, semblables aux breloques d’un bracelet. »

La femme de Whit, petite-fille de Menno, veuve maintenant, sur le quai vide de monde, entouré du silence profond de la neige. Je suis la lente transformation de Lindsay. Elle avance au rythme de ces vieux tchou-tchou de métal brillant, de charbon ardent. Elle regarde défiler le paysage, ces grandes plaines presque vides de sens, je la regarde procéder à son introspection. Elle avance dans sa vie, là où le train s’arrête. Intempéries salutaires, whisky chaleureux.

Pour les amoureux cinéphiles, cette nouvelle de Roy Parvin a été adaptée par Claude Miller sous le titre « Voyez comme ils dansent » avec dans les rôles titres Marina Hands et Maya Sansa.

« Elle se demandait si elle avait jamais admiré plus beau spectacle que ce ballet et ce déluge de flocons, étoiles décochées vers un ciel d’encre. Elle n’était pas femme à s’émerveiller du labeur des hommes et des machines, mais le tableau du train qui fendait la neige avait quelque chose d’exaltant. »

Un beau portrait de femme, le regard plongé dans le Wyoming.

« La Petite-Fille de Menno » et prendre un whisky dans un wagon couchette.

10 commentaires
  1. 14 juin 2016 , 2 h 40 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

    Ben là, tu me tentes en maudit, et ce, malgré tes trois petites étoiles!

    • 14 juin 2016 , 8 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un bon livre, malgré tout. Un peu trop court à mon goût pour pénétrer pleinement dans l’intimité de l’histoire. Les paysages de Californie au Wyoming défilent un peu trop vite, mais difficile de glisser la lenteur et la langueur du nature-writing dans une centaine de pages. Cela reste un beau portrait de femme, une belle histoire de femme.

  2. 14 juin 2016 , 19 h 51 min - manU prend la parole ( permalien )

    Les grands espaces, le train, la tempête de neige, tu m’as déjà embarqué… :)

    • 14 juin 2016 , 22 h 22 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et quelle tempête de neige ! A faire sortir les grizzlis du Yellowstone…

  3. 15 juin 2016 , 0 h 38 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Prendre le train ça a un charme incroyable, emplie de nostalgie, j’adore… On voit les paysages défiler, comme une impression d’être transporté hors du temps. Une façon, comme Lindsay, de porter un regard sur sa vie et de prendre le temps de se poser. Une tempête de neige et son « silence profond », il n’y a rien de mieux pour l’introspection… <3

    p.s. : ton pouce a vraiment d’la classe… mais ton majeur lui??? :D
    C'est quoi les chances qu'on puisse le voir? ^^ ^^

    • 15 juin 2016 , 9 h 05 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      La nostalgie des trains d’antan. C’est bien beau de voir les trains d’aujourd’hui avaler les kilomètres à une vitesse qui empêche de regarder les vaches nous regarder. Un vieux tchou-tchou bringuebalant, ça c’est top pour voyager et faire des rencontres dans le compartiment couchette.

      Mon majeur, je le réserve justement pour le wagon couchette, et pas le wagon-bar ! :D

  4. 15 juin 2016 , 20 h 16 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    J’aimerais beaucoup le lire !!!

    • 15 juin 2016 , 21 h 57 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ça peut être une histoire pour ton univers…

  5. 17 juin 2016 , 21 h 57 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    « Un peu trop court à mon goût pour pénétrer pleinement dans l’intimité »… Comme quoi, la taille aurait peut-être de l’importance ! :lol:

    Je ne note pas, mon Bison, trop de livres à lire !!

    • 17 juin 2016 , 22 h 21 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      La taille a toujours son importance. Surtout pour un verre de bière.

Ajouter un commentaire aux belette2911

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS